‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 12 sur 135 · L ABBE GAY · texte numérisé non relu

L ABBE GAY

vivantes, Pitalien et l'espagnol. Il avait envoyé plusieurs mémoires à des congrès religieux, en France et en Belgique, qui avaient reçu des mentions honorables, et des articles de polémique aux journaux de la capitale, qui avaient été vivement remarqués.

» Son travail le plus sérieux a été le livre de la Chute de Vhmame en Adam, dont la précision et l'exactitude théologiques, dans une question si ardue, lui ont mérité les témoignages les plus flatteurs de la part de plusieurs cardinaux et évêques de France. « Nous croyons, écrivait un savant professeur de notre Faculté des lettres, devoir appeler l'attention de la presse religieuse sur la Yue philosophique de la Chute en Adam, dont la Voix cfe/at?^W<^adéjàrendu compte. Ce livre, comparable aux travaux des grands apologistes, est un êminent service rendu à la Religion. Le dogme, que les philosophies rationalistes du temps combattent toutes de préférence, parce qu'il les atteint toutes directement au cœur, est là posé, défendu avec une science, une vigueur, une beauté de style et une éloquence qui persuadent, entraînent, subjuguent. Pour qui sait comprendre, la cause de la vérité de la Chute est finie, après un ouvrage pareil. Quiconque l'aura lu n'osera plus même mentionner les difficultés opposées jusqu'ici à ce fait. La pierre de scandale qui obstruait, pour tant d'esprits, l'entrée du Christianisme, est décidément écartée. Les erreurs, les passions, sorties du naturalisme panthéistique, reçoivent un coup mortel. U Exposition raison-

née du dogme ferait, à elle seule, de la Vue de la Chute un ouvrage hors ligne. Le rationalisme demande sans cesse de la philosophie dans le fait ; il en trouvera ici, plus peut-être qu'il l'eût désiré.

• En parlant de la forme du livre de M. l' abbé Gay^ M. Laurentie a écrit dans V Union: «On dirait la langue retrouvée de l'abbé de Lamennais en ses beaux jours. » Nous ne craignons pas d'ajouter^ à propos du fond: On dirait la pensée retrouvée de M. de Maistre; et d'autres l'ont déjà dit avant nous. Que les journaux religieux, que le clergé nous viennent en aide pour faire connaître ce livre, et mettre sur le chandelier une grande lumière trop longtemps cachée dans un* presbytère de village. Il le faut d'abord dans l'intérêt du bien que l'œuvre de l'abbé Gay ne peut manquer de produire ; il le faut ensuite pour l'encourager dans le travail dont il s'occupe, nous le savons, pour établir de nouveau, contre le naturalisme, la misère de la nature, la nécessité, la réalité, la puissance de la grâce de la Rédemption, telle que la dispense l'Eglise j car c'est sur ce terrain qu'il transporte, avec toute raison, la controverse religieuse actuelle. Tout gît, après tout, dans la double démonstration de la chute et de la réhabilitation.

» M. l'abbé Gay, en faisant hommage de cette œuvre à M*' Thibault, disait : « La vie d'un prêtre appartient tout entière à l'Eglise qui l'a consacré. Lors donc qu'il a évangélisé, de la voix, cette partie du troupeau que la foi rassemble autour de sa chaire,

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il doit encore, s'il lui reste des forces, évangéliser par Vencre et le papier *, comme a dit un apôtre, les hommes du dehors *, ceux que Pindiffèrence et l'incrédulité éloignent du temple. C'est ce que j'ai osé entreprendre, peut-être avec plus de zèle que de science. Mais voyant, de ma solitude, le mal du naturalisme tuer cette génération ; voyant l'oubli de la grâce jeter notre société dans une faiblesse, dans des périls, des souffrances, qui peuvent nous faire craindre la fin de tout, j'ai voulu employer les loisirs que laissent, au village, les soins du ministère spirituel, à combattre ce funeste naturalisme, à plaider la cause de la grâce réparatrice et de l'Eglise chargée d'en dispenser les trésors. Dans ceUe pensée, j'ai mis la main à une démonstration de la chute ; car établir ce dogme, en donner au siècle la foi, le sentiment profond, c'est du même coup l'enlever au culte de la nature, et le ramener aux autels du Catholicisme, où ce qui a péri trouve le salut. »

» Et l'auteur terminait son livre par ces mots : « Si mon désir ne m'abuse, ami lecteur, je vous laisse sur les ruines d'Eden, méditant, la foi dans l'àme, la chute de l'humanité en Adam. Peut-être, si le temps m'est donné, nous retrouverons-nous bientôt, méditant sur le Calvaire sa Réhabilitation en Jésus-Christ.

» L'impression de ce second ouvrage était déjà

* I1I« Epit. de saint Jean, v. i 3.

« 1I« Epit. de saint Paul aux Thés., ch. IV, v. 12.

commencée ; mais la mort a frappé son auteur avant qu'il ait pu livrer au public le fruit de ce long travail, qu'un prêtre très- versé dans les sciences philosophiques et religieuses qualifiait ainsi : cadre immense, 'plan effrayant.

» Espérons que le goût des études sérieuses et l'attrait des vertus sacerdotales susciteront dans le jeune clergé des sujets capables de consoler le diocèse des pertes douloureuses qu'il vient de faire. « Celle de l'abbé Gay, disait-on dans la cérémonie de ses funérailles, sera difficile à réparer. »

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Vicaire général

La mort réclamait encore on double holocauste : quelles seront ses nouvelles victimes î Sans hésiter devant Timmense douleur qui allait éclater dans notre cité et dans tout le diocèse, elle a frappé, presque en même temps, deux hommes à jamais regrettables, MM. les abbés Martin (d'Agde) et Seyvon : Tun participant à l'administration générale du diocèse, et l'autre placé depuis vingt-quatre ans à la tête d'une grande paroisse de la ville.

Un biographe anonyme a consacré les lignes suivantes à notre regrettable vicaire général * :

« M. l'abbé Seyvon est mort le 24 mai, après avoir reçu, avec l'expression de la plus vive piété, les sacrements de l'Eglise. M^ Ramadié, évêque de Perpignan et notre compatriote, arrivé la veille à Montpellier, s'était empressé d'apporter à M. Seyvon ses consolations d'ami et lui avait donné sa bénédiction épiscopale. M. Seyvon a vu arriver la

* Chronique méridionale, 27 juin 1868

mort avec une calme résignation et a manifesté devant elle les plus nobles sentiments. Pour le juste, la mort n'est-elle pas un aflfranchissement et Tintroduction aux récompenses éternelles? Or ces récompenses, M. l'abbé Seyvon s'en était rendu digne par une vie consacrée tout entière à l'accomplissement du bien.

» A peine initié à la prêtrise, ses vertus, d'une maturité précoce, et le bon sens pratique qui le caractérisaient, le firent nommer par M.^ Fournier, d'illustre mémoire, missionnaire diocésain.

y* Alors, sous la direction du vénérable M. Guibaud, il évangélisa successivement les différentes parties du diocèse. Son zèle produisit des fruits abondants et merveilleux; sa charité laissa des traces si profondes, qu'il ne se célébrait aucune fête dans les paroisses qui l'avaient autrefois entendu sans qu'il y fût invité.

» Appelé ensuite à la pacification d'un poste de campagne diflScile, il y fit bénir son ministère et aimer la religion.

» Plus tard, M. Grasset le Saint ^ supérieur du Grand Séminaire, le demanda à M*' Thibault pour son successeur dans la cure de Saint - Etienne, à Agde.

» Les fonctions pastorales allaient au cœur paternel de M. Seyvon : il les accepta avec foi et les rendit fécondes en fruits de salut. Sa modestie lui cachait le bien qu'il opérait en silence ; et, lorsqu'en

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1862 il fut nommé chanoine titulaire, et peu de temps après vicaire général, toujours humble, toujours modeste, il mérita la confiance et la sympathie de tout le diocèse, par sa condescendance, ses sages décisions, ses conseils lumineux et ses solides vertus.

» Prions Dieu pour que le double esprit de ces Elle qui s'en vont ne s'en aille pas avec eux, et qu'il se repose sur les héritiers de leur ministère. "

M. l'abbé Seyvon a emporté les regrets de tout le clergé, qui savait apprécier ses vertus et ses mérites. Il est mort comme les grands hommes de l'antiquité, qui ne laissèrent pas de quoi subvenir aux frais de leurs funérailles. Mais ses amis n'ont pas voulu qu'il fût enseveli dans l'oubli : ils ont placé sur sa tombe, dans le style lapidaire dont l'Église a le secret, l'inscription suivante, qui résume, d'une manière aussi complète que succincte, toute la vie du saint Prêtre :

Hic jacet Stephanus Seyvon, Apud ruricolas strenuus Evangelii praeco, Post Agathensis archipresbyter, Tandem archidiaconus, Fide et lenitate et prudentia conspicuus.

Obiit die 16 junii 1868, ^tatis SU83 72.

: Requiescat in pace.

Ses amis au vénéré défunt.

La mort de M. Martin * avait précédé de quelques jours celle de M, Seyvon. Nous n'avons pas observé ici l'ordre chronologique, parce qu'il nous convenait de placer la biographie de notre regretté vicaire général à la suite des autres, dans cette Introduction.

Notre livre est consacré principalement à la mémoire de M. Martin, que nous avons aimé comme un fils dévoué et reconnaissant, soit pendant sa vie, soit après sa mort. Six mois déjà écoulés n'ont pas adouci l'amertume des larmes que nous avons versées sur sa tombe. Son âme était si belle, son intelligence si élevée, son cœur si parfait et si bon ! Il avait une de ces natures d'élite tellement audessus du vulgaire, qu'on est heureux de contempler en elles des images plus parfaites de Dieu. Son nom survivra à la génération présente, qui l'entourait d'estime et de vénération, sans connaître néanmoins tous ses mérites cachés ; et c'est avec juste raison que M. l'abbé Bayle", aumônier du lycée de Marseille, historien érudit et habile dans l'appréciation des hommes supérieurs, nous écrivait dans cette circonstance : « La modestie de M. l'abbé Martin Ta » empêché d'être aussi connu qu'il méritait de l'être.

' Le 7 mai 1868.

^ M. Tabbé Bayle a publié les ouvrages suivants : Vie de S. Philippe de Néry, Vie de S. Vincent Février, Etudes sur Prudence^ Massillon, etc. (Sa lettre est datée du 11 août 1868.)

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9 En faisant revivre sa mémoire^ vous accomplirez » un travail de justice en même temps que de re- » connaissance. Lorsque tant d'hommes médiocres » aspirent aux plus hautes dignités, l'exemple de *» M. Martin, refusant toutes les offres, pour rester » dans son humble cure de province, sera d'un » salutaire effet. »

Qu'il nous soit donc permis de parler avec plus de détails de ce Prêtre, le plus distingué entre tous ses contemporains, dans notre diocèse !

L'ABBÉ MARTIN (d'Agde)

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