‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 126 sur 135 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

de la France est dans une politique chrétienne ; et, s'il s'était montré; dans sa jeunesse, partisan des idées monarchiques, il demeura toujours fidèle au culte de la liberté.

Ses principes sont résumés ainsi dans une de ses lettres : « Je suis de ceux qui ont cru, qui croient, qui croiront jusqu'à la fin, à l'alliance possible de la foi et de la liberté. Mes rêves, si souvent déçus, ne m'empêchent pas de rêver et d'espérer toujours. La foi et la liberté ont un besoin indispensable l'une de l'autre. En dépit de tout, j'ai confiance dans l'avenir : je crois au catholicisme, qui est la vie de mon âme, et je crois à la liberté, qui fut l'amour de toute ma vie. »

Enfin l'objet principal de ses préoccupations, c'était la situation actuelle de l'Eglise et les malheurs de son Chef. Il ne lui a pas été accordé de vivre assez longtemps pour assister à son triomphe, prédit par Pie IX lui-même*.

Mais ce triomphe, il l'a salué dans son agonie. Dévoué jusqu'à la fin à cette sainte cause, comme il

^« Je suis assuré, disait naguère Pie IX, que les desseins des ennemis de la sainte Église ne prévaudront pas. C'est en la dépouillant de son autorité temporelle qu'ils ont espéré la détruire. Et moi, j'ai la certitude que cette autorité môme lui sera rendue, et que le Saint-Siège rentrera dans toutes ses possessions. Il se peut que je cesse de vivre avant que de voir cette justice; mais qu'importe? Simon, fils de Jean, est sujet à la mort; Pierre ne meurt pas. »

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le fut à la France, à Montpellier, à Agde, à sa famille, à ses amis, il a pu dire dans ses suprêmes

adieux : « Je meurs comme j'ai vécu ; que

tous c^ux que j'ai aimés soient certains de la sincérité de mes affections, et j'appelle sur eux toutes les bénédictions du Ciel ! ! ! »

M. Tabbé Azaïs esquissait, quelques jours après la mort de Tabbé Martin , son portrait avec des couleurs si vraies, que nous n'hésitons pas à le reproduire tout entier * :

<c Le diocèse de Montpellier a perdu un de ses prêtres les plus éminents. M. Tabbé E. Martin, ancien vicaire général, curé de Saint-Denis, vient de s'éteindre, laissant le souvenir d'une vie uniquement consacrée au bien des âmes et à la cause de T Eglise, et sa mort est un deuil pour la ville de Montpellier, dont il était comme Toracle, et pour tout le clergé du diocèse , dont il était ia gloire.

» La ville de Nîmes, qui avait plusieurs fois entendu son éloquente parole, et ses prêtres, qui avaient lu avec une si vive admiration la belle Vie de saint Jean Chrysostome sortie de sa plume, associent fraternellement leurs regrets à ceux du clergé et des fidèles de Montpellier, et viennent déposer sur cette tombe le tribut de leur commune douleur.

» La vie de M. Tabbé Martin se divise en trois périodes distinctes. La première embrasse les années consacrées à la prédication ; la deuxième appartient à l'enseignement, et ia dernière aux fonctions actives du ministère, à la tête d'une

* La Semaine religieuse^ de Nîmes, 16 mai 1868.

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des plus importantes paroisses du diocèse. Chacune a son intérêt et sa grandeur, et elles nous révèlent dans M. l'abbé Martin un des types les plus accomplis du sacerdoce catholique.

» M. Tabbé Martin naquit au commencement de ce siècle, à Agde*, à l'ombre de cette antique église romane devenue veuve de ses pontifes. Ses jeunes années firent pressentir les talents et les vertus de son âge mûr. Ses regards se tournèrent vers le sanctuaire, et, après avoir achevé avec de brillants succès ses études classiques, il aborda avec ardeur, au Grand Séminaire de Montpellier, l'étude de la théologie. Devenu prêtre, il montra, dès les débuts de ses fonctions dans le ministère, avec un talent remarquable pour la parole, tout le charme d'une vertu douce et aimable qui attirait les âmes. Il commença à faire dès cette époque deux parts de sa vie : la première aux devoirs du sacerdoce, et l'autre à l'étude.

» Après avoir mûri parle travail les belles facultés dont il était doué, il se livra à la prédication et il occupa avec de grands succès les principales chaires de notre Midi. Sa parole riche, imagée, saisissante, captivait ses auditeurs par la force de la doctrine autant que par la beauté exquise de la diction, et l'admiration publique s^attachait au jeune et brillant orateur qu'elle devait plus tard saluer du nom de Bouche-d'Or.

«Monseigneur Thibault, juste appréciateur du talent de M. l'abbé Martin, lui confia la direction du Petit Séminaire de Saint-Pons. Cet établissement acquit, sous Tadministration intelligente du nouveau Supérieur, une grande prospérité, et l'on vit se presser dans son enceinte de nombreux élèves, accourus de tous les points du diocèse. Il en sortit des jeunes gens instruits, que nous retrouvons aujourd'hui,

' Le 13 mars 1800.

entourés d^estime, dans les rangs du clergé, du corps médical, de r armée et de la magistrature ; et tous, nous aimons à le dire, prononcent avec un sentiment de reconnaissance filiale le nom bien-aimé de leur ancien Supérieur.

»La dernière période de la vie de M. Tabbé Martin a été la plus féconde pour le bien. C'est la paroisse de Saint-Denis, à Montpellier, qui a eu la meilleure et la plus large part de cette noble existence. Il est resté vingt-quatre ans à la tête de cette église, et la douleur du troupeau nous dit assez quel a été le dévouement du Pasteur. Pendant près d'un quart de siècle, il a été le guide, le conseiller, Tâme et la vie de cette grande famille paroissiale. Il Taimait avec le cœur d'un père, il se dépensait sans mesure pour elle ; et cette chaire, maintenant muette, conserve comme un écho des effusions généreuses de cette âme sacerdotale.

» Notre siècle aime à retrouver Thomme sous le prêtre , c'est-à-dire un cœur sensible à toutes ces grandes choses qui ont la vertu de le passionner. Il veut que le prêtre, tout en tenant ses regards élevés vers le Ciel, ouvre son âme aux nobles et généreuses aspirations d'ici-bas, le patriotisme, l'honneur, la liberté, la science. Il ne veut pas qu'on lui dise que ce ne sont là que des chimères profanes, indignes d'occuper un cœur chrétien. Aussi, lorsqu'il rencontre un prêtre intelligent, qui aime et comprend ces nobles choses, il ne résiste pas à son appel, et c'est là ce qui nous explique le merveilleux ascendant qu'a exercé M. l'abbé Martin sur les classes instruites de la ville de Montpellier. Les professeurs des Facultés, les magistrats, les hauts fonctionnaires, subissaient le charme de ce prêtre au cœur bon et loyal et à l'intelligence élevée. Il avait pour les attirer, avec la grâce naturelle qui faitThomme, l'onction surnaturelle de l'homme de Dieu.

» C'était donc un prêtre dans toute l'acception du mot , c'est-à-dire un ami, un guide, un père, pour tous ceux qui

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allaient à lui, et il avait pour eux dans son âme des trésors de science et de charité.

» Ce fut aussi un écrivain distingué. Ce prêtre, qui se donnait sans mesure à son troupeau, savait se réserver tous les jours quelques heures, souvent retranchées de son sommeil, pour les consacrer à Tétude. Sa vaste bibliothèque, si remarquable par le nombre et le choix des livres, était un vrai trésor de bibliophile. Il savait trouver là le délassement le plus doux aux travaux du ministère. C'est de ces veilles savantes qu'est sortie la Vie de saint Jean ChrysostomCj ce beau monument de foi et de science élevé à la mémoire de l'illustre Evêque de Constantinople. Qui n'a lu, surtout dans le clergé, ce grand ouvrage, déjà traduit en plusieurs langues? Qui n'a admiré la vaste érudition de l'auteur, ses laborieuses recherches, ses considérations élevées et l'incomparable richesse de ce stjle, qui rappelle la langue du grand docteur de l'Eglise orientale? On sent passer dans ces belles pages le souffle d'un cœur généreux, qu'anime un ardent amour pour l'Eglise et pour son Chef auguste, et, quand on ferme ce livre, on sent grandir, au fond de son âme, son amour pour cette noble et sainte cause.

))Le prêtre savant et dévoué qui avaic travaillé pendant près d'un demi-siècle au bien des âmes, s'est éteint avec la douce résignation et la foi calme et sereine du juste qui a fidèlement rempli sa tâche. On lui a fait de magnifiques funérailles, et cet immense concours de prêtres, de fonctionnaires, d'hommes de tous les rangs et de toutes les professions, nous dit, bien mieux que toute parole, combien est grande la mémoire que laisse M. l'abbé Martin. »

La paroisse de Saint-Denis, veuve depuis trois mois de

son éminent Pasteur, vit cesser son veuvage , le 22 août 1868. M. le chanoine Reynier, archiprêtre de la Cathédrale, fut chargé d'installer le nouveau curé , M. Tabbé Galabert. Après les cérémonies d'usage , M. T Archiprêtre prononça en chaire, avec cet élan et cette grâce que tout le monde lui connaît, une brillante allocution , dans laquelle il rendit un éloquent hommage aux qualités de Tabbé Martin :

« Ghers habitants de la paroisse Saint-Denis,

» Il y a quelques mois à peine, la mort frappait au milieu de vous un de ces coups qui laissent après eux des blessures longtemps saignantes. Votre Pasteur bien-aimé était ravi à votre tendresse, et toute la paroisse était en deuil. Oui ! toute la paroisse était en deuil ; car il s'est produit autour de la cendre de M. Martin de ces regrets qui honorent à la fois et ceux qui les éprouvent et ceux qui les inspirent. . . Et, en effet, c'était justice !

» Quelle perte nous venions de faire dans la personne de ce Prêtre éminent ! Tout ce que la nature peut départir de facultés brillantes, d'attractions irrésistibles, ce noble enfant de la ville d'Agde le possédait à un degré supérieur. Quel esprit élégant et facile ! quelle instruction solide et variée ! quel cœur bon et généreux ! quelle douceur ! quelle aménité de caractère! Et ces dons de la Providence, et ces largesses du Ciel, n'étaient pour ainsi dire que le cadre dans lequel la grâce divine avait renfermé tant de

qualités chrétiennes , tant de vertus sacerdotales

Eh bien ! aujourd'hui tout cela n'est plus. La mort a fait son œuvre, ou plutôt Dieu a voulu donner à tant de mérites la récompense qui lui était due x>

Le lendemain de son installation, M. l'abbé Galabert, à qui le programme officiel n'avait pas permis , la veille, de prendre la parole, montra à ses nouveaux paroissiens com-

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bien il avait rintelligence de sa difficile mission; et, avec une pieuse simplicité, il laissa tomber de son cœur, plus encore que de ses lèvres, des paroles que nous retraçons ici comme Toraison funèbre de l'illustre défunt, et la conclusion la plus digne de notre travail :

« Mes frères,

» Des prêtres aussi complets que le vénérable M. Martin sont un de ces rares présents que Dieu accorde, à de longs intervalles, aux paroisses, pour montrer sa puissance et sa bonté. Heureuses les populations auxquelles ils échoient !

)) Malheureusement ces hommes éminents passent, comme toutes les choses du monde. La place qu'ils ont occupée reste longtemps vide : on leur succède, mais on ne les remplace pas. Il reste d'eux le souvenir du bien qu'ils ont fait, des vertus qu'ils ont pratiquées, des œuvres quils ont fondées.

» Pour celui que vous pleurez, il restera quelque chose de plus : ses écrits savants et pieux feront revivre son nom jusqu'à la postérité la plus reculée.

•Vous ne faisiez que commencer à le pleurer quand les échos de la publicité annoncèrent, sur tous les points du diocèse, cette grande perte. Lorsque ses frères dans le Sacerdoce apprirent cette triste nouvelle, la consternation fut unanime et profonde chez tous : chacun sentait qu'une de nos plus belles gloires disparaissait. Nous avions admiré sa belle vie, nous avons admiré plus encore sa sainte mort.

» Vous l'avez pleuré, vous le pleurerez longtemps !.. Mais n'oubliez pas que, si vous avez eu en lui, pendant vingtquatre ans, un ami, un protecteur, un père, il continuera au Ciel, avec plus d'efficacité et de puissance, cette triple et sainte mission. »

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