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de la femme forte. Elle se plaisait, comme une autre Marie, à contempler les qualités singulières qui distinguaient déjà son enfant; et Ton peut dire de lui ce qu'il a écrit de Jean d*Antioche *, qu'il respira près de sa mère cet esprit de foi et cette piété naive dont le cachet resta toujours sur sa vie. Chrysostome, qui nous apparaîtra souvent son modèle dans cette biographie*, n'a pas eu pour sa chère Anthusa une plus grande vénération.
L'aspect de la mer avec ses horizons infinis, le cœur de sa mère et les saints Evangiles où il apprit à lire, versèrent des flots de lumière, de poésie et d'amour sur cette belle âme, ouverte de bonne heure aux grandes impressions de la nature et de la foi.
Il dut à sa piété précoce, puisée dans les bons exemples de sa mère, de conserver intacte cette fleur de jeunesse et de pureté^ eJBFeuillée d'ordinaire à tous les vents, sur tous les chemins. Comme ces tiges métalliques qu'il suffit de dresser vers le ciel pour émousser la foudre, cette direction vers un monde supérieur, donnée de bonne heure à la pensée du jeune enfant, préserva sa vie des orages qui en brisent tant d'autres.
L'amour filial, s'unissant à une pensée charitable, lui inspira une pieuse résolution dont il nous parlait
* Saint Jean Chrysostome, ses œuvres et son siècle, tom. I, chap. ii, p 41 et 42, par l'abbé Martin (d' Agde).
* L'abbé Martin, sans s'en douter, s'est peint lui-môme, à différentes reprises, sous les traits du ûls d' Anthusa.
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plus tard avec une simplicité admirable : il iB^effor-^ çait toujours d'être le premier de sa classe, au collège, uniquement pour plaire à sa mère, et il avait fait le vœu de donner une aumône aux pauvres toutes les fois qu'il obtiendrait ce succès d'écolier. Mais ce fut bientôt l'habitude de chaque semaine, et il fallait vider trop souvent la petite bourse de l'enfant. Après lui avoir persuadé que cette promesse était trop onéreuse, on l'en fit relever par l'autorité ecclêsias* tique, qui lui imposa, en échange, de réciter une prière à la sainte Vierge.
A peine âgé de quatorze ans, il reçut du roi Louis XVIII, par l'entremise de M. deBonald, alors recteur de l'Académie de Montpellier, la décoration du Lis, récom/pense (portait le diplôme) des hrUlanis succès obtenus dans ses classes par V élève Et. Martin ((FAgde).
Tels étaient les antécédents du jeune principal, qui pouvait dire en vérité à ses élèves : « Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez vous-mêmes comme j'ai fait* »; et, par la sage direction de Cjet établissement, il allait préluder à une mission semblable qu'il devait remplir, quelques années après, dans un collège ecclésiastique plus important.
L'abbé Martin ne resta pas étranger au mouvement religieux qui excitait alors tant d'enthousiasme
* Ev. s. Jean^ chap. xni, v. 15.
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parmi les populations du midi de la France. Le grand Jubilé de 1826 réclamait le concours de tous les ouvriers évangéliques. L'abbé Martin se multiplia, en ^£uelque sorte, pour suffire au soin de ses élèves et au ministère des âmes ; aussi écrivait-il à son ami :
« Agde, le 26 novembre 1826.
« Je suis accablé par les travaux du Jubilé ajoutés à ceux de ma nouvelle charge ; mes espérances de trouver plus de liberté pour Tétude se sont bien vite évanouies : prêcher, confesser, surveiller mon petit établissement, voilà ma vie. Et puis on dira qu'un Principal de collège est un prêtre inutile.... Après tout, que sont les appréciations des hommes ? Ce n'est pas pour eux que nous travaillons. »
Le Gallicanisme et l'Ultramontanisme préoccupaient à cette époque le clergé de France, et cette divergence d'opinions, qu'on discutait vivement, tendait à diviser des esprits unis d'ailleurs par une amitié sincère.
L'abbé Martin avait été élevé, au Séminaire, dans les idées gallicanes*. Converti plus tard à l'Ultra-
* L'abbé Martin défendit, un jour, dans une Conférence, les idées gallicanes avec tant d'ardeur, qu'il crut devoir s'en confesser, par délicatesse de conscience. M. de Girard, dont la direction était si éclairée, exigea, comme réparation, de son pénitent, une déclaration explicite de sa foi. Elle consista, disait plus tard Tabbé Martin en souriant, à répéter à son Directeur
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montanisme, il en exposait ainsi les raisons à son ami :
« Agde, le iO juin 1826.
« Si nos pensées ne sont plus les mêmes, nos cœurs du moins resteront unis; ils se rencontreront toujours, ils sauront assez se confondre. . . au pied de la Croix. Jésus-Christ n'y a-t-il pas consacré l'amitié dans la personne de Jean? Les affections humaines ne tiren1>elles pas de la Croix seule ce qu'elles ont de pur, de grand et de beau ? Où puiser, mieux que là, ces communs sentiments de foi, d'espérance et d'amour, qui rapprochent vivement deux âmes et les fondent en une seule? Et cette conformité qui est la seule amitié du chrétien, qui nous la donnera ? N'est-ce pas la Croix ? Oui, mon ami, embrassons-la étroitement, et, alors que certaines idées nous éloignent cru nous rapprochent, nous n'en resterons pas moins unis de cœur. Tu me diras peut-être que j'ai tort d'avoir déserté des doctrines qui, jusqu'ici, nous étaient communes. N'attribue pas , je t'en conjure , cette désertion à des préventions irréfléchies. Je suis assez calme pour me tenir à l'abri des exagérations et des entraînements. Je conserve pour Bossuet le respect le plus profond et l'admiration la plus vive. J'ai lu La Mennais, il y a un mois; cette lecture m'a
les belles paroles de Bossuet : « Si je t'oublie , Eglise Romaine, puissé-je m'oublier moi-même ! Que ma langue se dessèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es pas toujours la première dans mon souvenir... » (Sermon sur Tunité del'Éghse.)
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Saisi ; mais mon Ultramontanisme est de plus vieille date. M. de Maistre m'a fait admirer la monarchie divine de l'Eglise; j'y croyais avant de connaître ses œuvres. Veux-tu savoir ce qui m'a ramené à ces opinions romaines, si anciennes et si pures? Veux-tu que je t'explique en deux mots les vrais motifs de ma conversion théologique ? C'est l'étude plus approfondie de l'histoire et du milieu dans lequel les doctrines sur les Libertés gallicanes ont surgi ; c'est leur nouveauté, l'opposition de la tradition tout entière, le spectacle imposant de l'Eglise universelle, la France exceptée ; enfin , la condamnation que Clément XIV commençait à lancer sur ces funestes propositions et la manière dont tous les Papes suivants les ont traitées. J'étais ébranlé ; après ces études, le livre célèbre de M. de Maistre est tombé dans mes mains : il a dissipé mes doutes, il a agrandi ma vue, il m'a entraîné. Je me suis écrié : Rome, je m'attache à toi ! j'y tiendrai par le fond de mes entrailles; que ma langue se dessèche, si jamais je pense autrement que toi ! Depuis lors, j'ai réfléchi davantage, j'ai discuté, j'ai lu à mesure que la marche des affaires et les cris de l'impiété m'en ont fourni l'occasion, et de plus en plus ma conviction est devenue ferme et inébranlable. »
Comme tous les hommes supérieurs, qui voient de loin sans être prophètes, et présagent, à travers les événements de chaque jour, les destinées futures des
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nations, Tabbè Martin gémissait, en voyant l'esprit d'impiété qui régnait à cette époque et poussait la France vers un abîme ; et, d'un autre côté, il était plein d'admiration pour tout ce qu'il y avait de noble et de généreux dans certains esprits élevés qui cherchaient à arrêter le mal, en lui opposant les vraies doctrines du Christianisme.
Ce fut donc avec une douloureuse surprise qu'A apprit la destitution de l'inspecteur général, M. Laurentie. «Cet homme recommandable , disait-il, nônseulement par ses vertus, mais par des écrits littéraires qui peuvent marquer dans un rang distingué, a été destitué pour son Introduction à la Philosophie, livre éminemment chrétien. Voilà le prix de la franchise, voilà l'encouragement du talent! Heureusement, le jour qu'un évêque in partibtts lui envoyait sa destitution, il recevait de l'évêque des évêques un bref qui le félicitait de son ouvrage. » D'un autre côté, il exprimait dans les lignes suivantes la joie que lui avait fait éprouver un discours de M. de Trinquelague, premier Président à la Cour royale de Montpellier. « Sauf quelques mots dont il a payé le tribut à l'esprit parlementaire et à la faiblesse du gouvernement, écrivait-il après cette lecture, tout est admirable. Quelle noblesse à la fois et quelle franchise ! 11 n'y a que la Religion qui apprenne à parler ainsi ! y*
Quelque temps après, il présageait la tempête politique de 1830:
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«c Agde, le15 août 1828.
« Où nous mène-t-on? Pouvons-nous pressentir tous les orages qui s'amoncèleut autour de nous ? La voie des conœssions est si douce, on y marche si rapidement; les exigences de l'impiété sont si violentes; elle est si insatiable de proscriptions, que je ne désespère pas d'aller, en proscrit, visiter l'Italie ou parcourir l'Espagne, et peutr-être d'aller mourir dans un autre hémisphère, aux antipodes de ma patrie... mon ami ! armonspnous de courage et de foi, et, si l'impiété veut nous montrer tout ce qu'elle peut enfanter de crimes, montrons tout ce qu'il y a de vertu et de force au fond d'un cœur chrétien et sacerdotal. Mais, hélas ! nous sommes si faibles, si tièdes, si lâches. . . N'importe, si Dieu est avec nous, qui pourra donc combattre contre nous?
y> On dit que les évêques de France se concertent pour adresser au Roi une représentation qui ne serait pas inefficace sur un cœur aussi magnanime que pieux ; je le souhaite pour la gloire du clergé français et pour notre bonheur. Une telle démarche devrait ouvrir bien des yeux, arrêter bien des mouvements; mais rien ne peut nous sauver de cet esprit d'orgueil et d'anarchie qui envahit tout: ses progrès font trembler, et je suis presque tenté de le prendre pour cette bête fameuse de l'Apocalypse, qui entraîne ou dévore tout, et les rois et les peuples, et ses adorateurs et ses ennemis. Il semble qu'une main invisible
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nous pousse vers Pabime; quelques hommes généreux ont beau se lever pour lutter, une voix s'écrie : Marche ! marche ! Nous marchons, et, je le crains, nous arriverons trop vite. »