‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 59 sur 135 · CHAPITRE V t · texte numérisé non relu

CHAPITRE V t

des ruines fumantes, répandaient sur cette lamentable et hideuse agonie les splendeurs d'une vive jeunesse. C'était Chrysostome , à la grande parole ; Augustin, au génie universel; Athanase, à l'âme invincible ; Ambroise , qui faisait expier aux rois les larmes des peuples; et telle est la puissance exercée par ces grands noms , que , de nos jours encore, il est telle illustration qui n'est que le reflet de leur gloire.

» Quand Charlemagne, cet Atlas des temps historiques, qui eut, pour ainsi dire^ l'univers à soutenir sur ses épaules puissantes ; quand cet homme étonnant voulut faire renaître les arts et les lettres, foulés comme l'herbe sous les pieds d'Alaric et d'Attila, il fut chercher à l'ombre des autels les débris sacrés de la science ; et des hommes inspirés par la foi firent briller sur son règne un dernier rayon, qui s'évanouit trop tôt.

» Plus tard. Messieurs, n'eslrce pas le génie de la Religion qui, s'emparant du crayon de l'architecte ou du ciseau de l'artiste, éleva ces gigantesques et mystérieux monuments, si imposants dans l'ensemble et si beaux dans le détail, hymnes ou dithyrambes d'immortalité, épopées de pierre, où la matière la plus rebelle, devenue légère, flexible, harmonieuse, ouvrée sous toutes les formes, imprégnée de hautes et touchantes pensées, chante, sur un ton de mélancolie et d'amour, les destinéeis augustes de l'homme liées à l'étemeUe existence de Jéhova.

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» Laissez le mahométisme pousser sur la Grèce éplorée ses torrents dévastateurs. Rome est là; Rome, veuve des nations, maintenant fiancée du Christ, réchauffera sur son cœur de mère les débris des temps et de la science, et, rajeunissant de son lait divin les pensées de l'homme, elle donnera la brillante époque de la Renaissance, avec Raphaël et Léonard de Vinci, avec Michel- Ange et le Bramante. Le Colisée est vaincu, et le Panthéon s'abaisse devant le Vatican.

» Il y a, Messieurs, dans les croyances chrétiennes, je ne sais quoi de puissant qui saisit la pensée de l'homme, l'élève au-dessus des bornes étroites de l'esprit humain, lui prête des forces inconnues et mystérieuses, et lui communique quelque chose de la grandeur de Dieu. Voyez, au contraire, le génie abandonné à l'impiété. Voyez Voltaire : quand il est poëte, c'est qu'il met dans son cœur un autre cœur ; c'est qu'avec la souplesse de son esprit il se fait tout à coup croyant. Mais que l'incrédulité parle, et la Muse s'écarte avec tristesse ; l'homme reste seul, et il n'est plus que dégoûtant. Honte au sacrilège profanateur du talent qui traîna dans la fange du vice la blanche robe de la poésie ! Honte à l'homme pervers, qui descendit des hauteurs du génie pour se faire le bourreau d'une femme, et, sacrifiant les gloires de la France à ses haines d'impie, imprima le fer brûlant de la calomnie sur la chaste épaule de Jeanne d'Arc!

» Pourquoi ce dix-huitième siècle, qui s'écoula avec tant de bruit, art-il laissé si peu de grands

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noms? Pourquoi, de tant d'écrivains qu^ le remplirent de leur renommée, en est-il quelques-uns à peine dont la mémoire demeure ? C'est qu'il fut le siècle incroyant, le siècle impie par excellence, pardonnez-moi l'expression ; le souffle de l'athéisme flétrit sur lui les organes de la vie, et il passa dans le monde, comme l'eunuque du sérail, portant d'une main la coupe des voluptés, et de l'autre des têtes sanglantes,

» Et de nos jours. Messieurs, si, malgré le travail immense et le prodigieux élan de l'industrie, le génie se montre stérile et pauvre ; si dans l'art, par exemple , nous ne savons que copier les anciens ; si nous tentons d'absurdes efforts pour transporter sous un ciel nébuleux la fille élégante de l'Ionie; si nous suons sang et eau à traduire le Parthénon en style barbare; si nous dépensons des millions à écrire de lourds anachronismes de pierre *, c'est que la foi nous manque , la foi qui enfante les miracles , la foi qui était le génie, l'inspiration, la puissance de nos pères. La science elle-même ne progresse que par des découvertes sans gloire : elle décompose un sel, observe la rotation d'un aimant, tâche de fixer une fugitive image ; voilà ses vraies conquêtes, voilà ses triomphes! Mais les grands travaux des Newton, des Copernic, des Kepler, ces vastes découvertes qui changent la face des choses et doublent tout à coup l'étendue du monde connu, notre siècle ne les voit

* Victor Hugo.

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plus. Ah ! o'est que nous sommes sous une malheureuse influence ! Brisons ce talisman fatal , arrachons-nous à ces vieilles entraves, et que le génie aille s'illuminer encore aux flammes du Ciel. Ayons de la foi comme un grain de sénevé ; elle transportera les montagnes, elle créera des mondes nouveaux.»

L'abbé Martin était entré au Petit Séminaire de Saint-Pons en octobre 1837; il eh sortit sept ans plus tard. Sa retraite fut un deuil pour la viUe entière et pour les nombreuses familles dont les enfants étaient placés sous sa direction.

La Providence, qui l'appelait sur un autre théâtre, avait permis sans doute certaines difficultés matérielles, que l'habile directeur n'avait point suscitées de son propre mouvement, et dont la plus grande part de responsabilité ne pourrait lui être imputée sans injustice.

Nous n'ajouterons qu'un mot touchant l'importante mission accomplie par l'abbé Martin, en sa qualité de Supérieur du Petit Séminaire de Saintr Pons. Cette institution tenait, à cette époque, le premier rang parmi les maisons d'éducation du midi de la France. La maison de l'Assomption, de Nîmes, commençait à peine à jeter quelques rayonnements; l'école de Sorèze, déchue de son antique splendeur, ne s'était pas encore relevée sous la puissante main

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