CHAPITRE II
il« Lori«nt.
LoriiDt, le 17 brumaire an x (8 novembre 1801 ).
Le Vice-Amiral préfet iiiaritime Au Ministre de la marine et des colonies.
Citoyen ministre.
Un incendie s'est manifesté dans cette ville la nuit dernière, à incendie quatre heures du matin, dans une maison rue de la Cale-Or y, et près rentrée du port. Le feu en masse, gagnant les maisons voisines, n'a laissé d'autre espoir que de couper ce feu violent, dont deux plus grandes maisons ont été la proie.
Les secours du port employés sur-le-champ ont sauvé d autres maisons et garanti les bâtiments civils du port attenant cette me, notamment la cordere.
Les chefs et les subalternes, les soldats de marine, les matelots du port et des rades, ainsi que les ouvriers , ont employé zèle, activité, intelligence, et quelques-uns d'eux, force et intrépidité remarquables de tout un peuple, tels que les citoyens :
Daperré, enseigne de vaisseau, commandant le brick la Pélûgie; Bullard, deuxième armurier du Scipion; Billard, patrou de chaloupe de Vlïnpatient; Marie , canonuier du 3* bataillon de marine; Ambroise, oflicier d'ouvriers d'artillerie de niarÎDe; Julien Morel, canonnier-matelot de la canonnière n*" 22.
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Kn eonlue-amiral Decrfe. miuisire àt lu lutirinr el des colonies.
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Le prefrt marittttic . auquel j'ai fail mou rapport , vcmi* iminiii de ma i^iche dans ce porl. Je vais vous rendre oompte de» éi^ rietiients qtii m'y ont forcé, La conelte que ' \ ' : lii
partit de la division sous les ordres du coiUk .. i*;
j'avais à bord quelques barîb de cartouches, de?^ ib
et le complcnieiit des vivres de la corvette h Mignonne » cfoelie Il flvaît pas pu prendre. P.irli& de Loricot le :î3 frin «i!»
atlcndîmes sous Belle-Ile les escadre?^ des ainiriui t «*t
Vtllaret Le !i5> à midi, nous ralliâmes seuletncnt Tai Ij-
let , et »ans cottunumqtiernous rimes route de auîte à lt>« Le idir. \r Wm\\> devint mauvai^i , Ir venl lut vjoîeni du N ri N K K
ANNK\KS. 285
luain matin quatre heures; sans doute alors elle laissa arriver faisant de la voile. Je n'eus point connaissance d aucun signal , ni du mouvement, et au jour je me trouvai séparé. Je voulus faire route de suite pour le point de rendez-vous, mais la force du vent et de la mer me força de conserver la cape tout le jour. Le lendemain, je pus faire route; mais le 2g lèvent passa au S.O., et souilla en variant jusqu'à TO. avec la plus grande violence, et sans interruption jusqu'au g de ce mois. La mer, ce jour, devint grosse à un point indicible. Le matin , deux coups de mer me tombent à bord. La corx'ette résiste au premier, mais le second défonce tout le coffre de la batterie , brise allonges et jambettes , soulève le plat-bord d'un quart de pouce; un homme est enlevé; mais, tenant un bout de corde, il est fort heureusement rejeté à bord par la lame. Je persévérai à prêter le travers au vent et à la lame pour ne pas rentrer dans le golfe, dans l'espoir, au premier changement de temps, de continuer ma mission; mais à huit heures la corxette, accablée par la force du vent et de la mer, faisant par ses hauts (partout ouverts) jusqu'à quarante-cinq ou cinquante pouces d'eau à l'heure, et quelquefois même plus , luttait en vain ; j'étais alors à trente lieues dans le N. de Finisterre. Le vent passa successivement de TO. au N. O. et N. Forcé pour éviter les coups de mer de ne pas m'écarter d'un quart du vent arrière , je me vis privé d'une relâche dans un port de France et dans les ports d'Espagne connus, le Passage, Bilbao et Saint- Ander. Le i o, fuyant toujours vent arrière sur la côte d'Espagne pour y chercher un port de relâche, j'en eus connaissance le matin. Incapable de connaître la terre couverte de neige et de nues de pluie, je ne pus m'assurer de ma position ; je devais être vers le cap Pennas ; je parlai à deux navires anglais pour en tirer quelque renseignement, mais le vent nous empêcha de nous entendre. Le soir je vis un navire américain; affalé sur la côte à environ quatre lieues, je fis de la toile autant que le vent me le permit pour m'élever. Bientôt je fus bien étonné de voir ces trois
bàtimenis laisser arriver successivement. Leur manoeuvre me donnait à croire que la terre à vue était le cap Ortégal et qu'ils allaient chercher le Ferrol ; ils faisaient une erreur qui a dû leur être fa* taie ; malgré que , comme caboteurs ou peut-être même de quelque port d'Espagne , je dusse les croire mieux instruits de la côte, je ne me tins pas pour convaincu et je n'imitai point leur manœuvre. Je préférai de m'élever de la cote et arriver seulement le lendemain matin pour le Ferrol, après m'ètre bien assuré de ma position. Mais j'étais bien au cap Pennas, et dans la nuit suivante je me trouvai affalé sons le cap Saint-Cyprien. Le vent était trop fort pour faire de la voile , mais c'était ma dernière ressource pour éviter un danger trop certain; je me relevai à petits bords d'une heure ou d'une demi-heure , la côte et les récifs à vue sur tons les bords m'empêchant de les faire plus longs au jour; je doublai tous les dangers et fis route pour chercher un mouillage dans quelque baie; l'épuisement total des forces de mon équipage, qui depuis mon départ n'avait pu goûter à peine un moment de repos , et dont les pieds et les mains étaient gonflés et coupés par le froid et l'eau , me prescrivait impérieusement un abri pour la nuit. Je donnai donc dans la baie de Cavins qui gtt au pied du mont Ortégal ; je ne pouvais garder ce mouillage. Les pilotes espagnols me conseillèrent d'en sortir le plus tôt possible , craignant pour la sûreté de la corvette au premier vent de N. E. Je fus forcé par les vents contraires d'y rester jusqu'au 1 5. Je ne pus vous donner avis de ma relâche: ce lieu est un amas de quelques maisons habitées par des pêcheurs qui nous ont rendu les plus grands services avec deux chaloupes. Je sortis donc le 1 5 au soir et fis route pour France. Sur la côte, les vents d'amont m'ont retenu plusieurs jours. Enfin, le 2Ô, j'ai donné dans les pertuis et suis venu mouiller en rivière de Rochefort.
Je pense que les vents deN. el N. N. E. que j'ai éprouvés d'abord, ont permis aux vaisseaux de doubler Finisterre, et que là ils ont dû y éprouver le dernier coup de vent de S. O.
Dans ma relâche , on ma assuré que le vatâseaii espagnol UNep- Itiiioé lait rentré au Ferrol faisant quarante pouces dVau à l'heure. Je nose affirmer ce fait, fiiaî&U m'a été assurè par le commissaîre de marine de rafroncUsfiement et lonSdeT cx)mniandaut la rate.
Tel est, général, un aper^^u desi évéueinents que J'ai éprouvé* pendant trente-trois jours que f ai cotini la mer cherchant* mais en vain, à remplir la oitssion qui m'était confiée, J*ai pu essuyer quelques peines; mais si vous daignez n'impnler la non réussite qu'k la force des circonstances, et si vous méjuge/ encore digne de votre confiance, elles sont toutes oubliées.
Salut et respect,
G. V. DçpEnnE.
SAint^Pierre-Mirtiî]J4|ué , le 5 Itoréal an %i (2r> avril 1^03).
Copie du rapport faî! par le lieutenant de vaisseau [>itperre, commandant le hnck h Péhfjie, au cipitaine de vaisseau Lafoudi conuuaiïdant en chef la station des îles du Venu
Commandant, Lei4 ventûse, je reçus ordre du contre-amiral Villeneuve de
lli«*io«i
me disposer à partir pour la Terre ferme; il me remît dans le ^^^^^^^"^^»i^* jour ses mstructions: elles m enjoignaient de nie rendre d abord à rîle de la Marguerite, de m'y informer du lîeti où pouvait se trouver le chef de brigade Villaret-Joyeuse, de Ty joindre et de le conduire an port de la Guayra; elles me prescrivaient, de la manière la plus impéralive, de n'aller, âous aumnprétexie.sKm^ le vent de la Guayra,
Le 1 5 au malin je mis sous vnîle. et le 1 8 je inouilLii îè In
Marguerite. Je saluai les forts de vingt et un coups de canon, et le salut nie fut rendu de suite. Je me rendis alors près du commandant; ce lieu, n'étant qu'un très-petit village, était commandé par un capitaine d artillerie. J'appris de lui que toutes les personnes embarquées à bord de la frégate la Consolante s'étaient retirées à Cumana. Je me munis d'un pilote (précaution indispensable dans ces parages), et le lendemain, à la pointe du jour, j'étais sous voiles pour Cumana, où je mouillai à quatre lieures de l'après-midi. Je saluai les forts, et le salut fut rendu. Je me rendis près du gouverneur; il m'informa que, depuis quinze jours, le chef de brigade Joyeuse était à Caracas, et que la cor\'ette la Badine était partie depuis quarante-huit heures avec l'équipage de la frégate perdue. Je re<^us de lui l'accueil le plus honnête. Son nom est dom Vicente Emparan, brigadier des armées navales. Dans la conversation , il m'a donné une grande idée de ses talents militaires; sa franchise et sa loyauté lui ont attiré mon estime, et il m'a convaincu qu'il était ami de notre nation. Je lui demandai un pilote et le lendemain je partis pour la Guayra. J'y mouillai le 22: la rade est foraine et détestable; je fis mon salut, il me fut rendu. Je descendis chez le commandant, l'instruisis du but de ma mission et lui demandai la liberté d'aller à Caracas près du chef de brigade Joyeuse pour lui remettre les paquets dont j'étais porteur; elle dépendait uniquement du capitaine général, et il fallut attendre jusqu'au surlendemain. Le 2 5 au matin, je me rendis près M. de Joyeu.se, je lui communiquai mes instructions d'après Tordre de l'amiral; il m'engagea fortement à le conduire k Carthagène, et je n'opposai h toutes les raisons qu'il m'allégua que le titre de mes instructions, qui y étaient contraires. Il me manifesta alors l'intention de proliter d'une autre voie pour y aller, et me promit de me remettre sous quelque temps ses paquets pour le capitaine général de la Martinique. Je ne voulus pas faire un plus long séjour à Caracas; je retournai donc le lendemain a la Guayra et
de là à mon bord, les dangers de la rade ne pouvant m'en per^ mettre aucune absence. J*eu$ occasion néanmoins de connaître le colonel Vasquez Teilles, commandant de la place. C'est un homme aimable et ami des Français.
Le 1 5 germinal , le chef de brigade Joyeuse se rendit à la Guayra et m'intima ses intentions d'opérer son retour à la Martinique, m'invitant à toucher pour quarante-huit heures à Cumana, où quelque particularité de sa mission l'appelait. Le i6, il s'embarqua avec le citoyen Moreau comme agent, et le 24 au soir je mis sous voile pour la Martinique. Le 3 de ce mois, je rencontrai le contre-amiral Villeneuve sous la Guadeloupe. Je me rendis à son bord et lui rendis compte de ma mission. Il daigna me donner quelque marque d'approbation. Je continuai ma route, et je mouillai le fx au soir en rade de Saint-Pierre.
Tout le commerce de la côte ferme et le commerce espagnol en général se trouvent absorbés par les taxes et droits énormes imposés par le Gouvernement. Fait ouvertement , il ne peut offrir des résultats très-avantageux : aussi est-il fait généralement par contrebande. Les avantages qu'offre pour ce genre de commerce par fraude la position des iles de la Trinité et de Curaçao ne peuvent être par nous, à mon avis, balancés en aucune manière.
Tel est. Commandant, le résultat de la mission que m'avait confiée le général Villeneuve, votre prédécesseur au commandement de la station aux iles du Vent.
J'ai l'honneur, etc.
Signé Duperré.
Poor copie conforme :
Lit Commandant de la slûtion des (les du Vrni , Sigo^ La Fond.