LUI
Devant Cadix, le 23 teptembre 1825.
Le baron de Longueville, capitaine de frégate. Au contre-amiral Duperrë.
Mon Général ,
Je m'empresse de vous faire un rapport succinct et précipité BomUrasiMilt de Texécution des ordres de bombardement dont vous aviez bien voulu me charger.
Eu arrivant en ligne, où je trouvai la flottille espagnole mouillée, je crus sans autre examen, et en conséquence des ordres que vous m*aviez donnés, devoir former ma ligne sur elle, et je commençais le feu un peu avant huit heures. Je m'aperçus bientôt que nous étions un peu loin, et les ordres que vous me fîtes parvenir me firent ordonner un mouvement en avant Sans doute on peut le faire avec plus d ordre , mais je ne crois pas avec plus de xéle et plus d'intelligence. Les officiers de tous grades rivalisaient d'activité et d'audace. J'entrevis le moment où il eût fallu retenir cet élan en avant pour la sûreté des honmies et des bâtiments confiés à mon commandement. Je m'établis à moins de huit cents toises de la place. Les muni-
lions en bombes et autres étaient épuisées à bord de la plus grande partie des bombardes. Je vous en fis demander, et, vu rimpossibilité dans laquelle vous étiez de m'en fournir, vous me donnâtes Tordre de rallier Tancien mouillage. Aussitôt chacun s empressa de remorquer les bombardes. Une foule de traits particuliers ont nécessairement dû m'échapper; j*ai peu de temps pour les recueillir. Tous ceux qui me sont parvenus sont les efforts faits par plusieurs canots pour sauver la bombarde
n** 7 , commandée par qui coulait bas d*eau. Je crois
pouvoir vous assurer, mon Général, que sa perle et celle de deux hommes tués sous mes yeux dans le canot du Cohue. commandé par M. Tenseigne de vaisseau Beauzée, sont les seuls sujets de regret qui se mêlent à cette heureuse journée.
La division des canonnières chargée de proléger et soutenir les bombardes , sous les ordres de M. le lieutenant de vaisseau Bellanger, a vigoureusement repoussé Tattaque d'une division de vingt fortes canonnières espagnoles sorties de la Galera.
Le Capitaine de frégate ehanjé en ckej de Topèralion du hombardemeni de Caéis,
Baron Longleville.
Pour copie conformo ; Le Contre- Amiral commandant en ckej.
Ai\NEXES. 393
Le Coiilre-Amiral baron Duperré, commandant en chef les
forces navales de Sa Majesté devant Cadix,
A Son Altesse Royale Monseigneur le duc d^Angonlême.
24 septembre 1823.
Monseigneur,
J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Altesse Royale que Bouib«rdtm«i 08 matin j'ai fait bombarder Cadix par la flottille de bombardement , composée de sept bombardes françaises , trois espagnoles et cinq obosières. Je Tai fait établir en dedans de la portée da canon , huit cents toises environ de la place. La partie n*a été abandonnée que lorsque , les munitions épuisées, ie vent qui fraichissait du S. 0. et la mer, qui s'élevait, nous mettaient dans l'impossibilité de continuer. Je présume qu'environ deux cents bombes et quelques obus ont été lancés sur la place depuis huit heures jusqu'à dix heures et demie.
L'attaque a été faite avec ardeur. Tous les forts et batteries de Cadix, appuyés d'une division de vingt grandes canonnières ennemies, y ont répondu. Les boulets, en grande partie, dépassaient de plus de cent toises notre ligne.
Une bombarde a été coulée par le feu de l'ennemi; pour ne pas lui laisser ce léger trophée en vue , je l'ai fait remorquer jusque sur la cote de la Catalina. Cette manœuvre a été habilement exécutée par M. le lieutenantde vaisseau Bretteville, commandant le brick le Lynx, assisté par M. de Bros, du Colosse, et de l'équipage de sa chaloupe.
Un canot de ce vaisseau, commandé par M. Teiiseignc de vaisseau Beauzée, a été perce par un boulet qui lui a tué deux hommes au moment où, après l'action, il remorquait, sous le feu de l'eonemi, une bombarde hors de la ligne.
Votre Altesse Royale jugera, dans le rapport succinct el modeste du capitaine de frégate Longuevilie» chargé en chef de i opération, de sa conduite et de celle des officiers, marins et canouniers de Tescadre. La flottille a fait route de suite pour San-Lucar pour se ravitailler et se mettre à Tabri du vent de S. O. , qui soufTle assez frais. Je n'ai donc pu encore recueillir tous les traits de courage auxquels ce fait d'armes a donné lieu j*aurai Thonneur de les signaler à Votre Altesse. J'oserai pour le moment appeler ses grâces sur MM. Longueville, capitaine de frégate; Beauzce, enseigne de vaisseau: Bellanger, lieutenant de vaisseau; le capitaine commandant la bombarde n* 7, coulée sous SOS pieds, et le patron du canot du Colosse.
Je la prie de me permettre de solliciter d'elle la croix d'officier de la Légion d'honneur pour M. le capitaine de frégate Longueville, celle de chevalier pour M. Bellanger, lieutenant de vaisseau, et pour divers marins, et le grade de lieutenant de vaisseau pour l'enseigne Beauzce, jeune officier dont la réputation de mérite el de courage est déjà bien établie dans le corps.
Soit dans les dispositions d'attaque, soit au feu, la division espagnole s'est bien montrée sous les ordres de M. le capitaine do vaisseau Michelaua . sur lequel j'ose appeler un témoigna^ de satisfaction.
Devint Cadii, le 26 tcpMmhra 1833.
A Son Excellence le minblre de la marine et des colonies.
Monseigneur.
B«.v. i*:v.f.; Je n'ai pu joindre au premier rapport que j'ai eu rhonoear
"""' d'adies^er à Votre Excellence sur le bombardement de Cadii
celui de M. le lieutenant de vaisseau Bellanger. commandant
U llottillc de canonnières el bombardes, le mauvais lemps et
met ordres l'ayant obligé de faire route pour San-Lucar. Il me parvient aujourdliui et je m'empresse de vous Tadresser. Votre Excellence verra quelle a été Tardeur de tous nos jeunes officiers dans cette journée honorable pour les armes de Sa Majesté et ta marine française. Elle nous fait présager les plus heureux résultats pour la délivrance du roi.
Le Contre-Amiral commandant en chef Varmée navale devant Cadix,
DUPERRB.
Rapport remis au baron Duperré, coiitre^amiral commandant en chef f escadre de Sa Majesté devant Cadix , sur la journée du a 3 septembre 1 81 3 , par M. Bellanger, lieutenant de vaisseau.
A bord de la caDonniëre n* 1 , le 24 septembre 1823.
Mon Général,
J*ai rhonneur de vous rendre compte qu'au coup de canon BomUrd*»»! qui devait nous servir de signal, vers cinq heures du matin , la flottille sous mes ordi*es s'est mise en mouvement pour aller prendre les différents postes que vous lui aviez assignés. A sept heures, la division de canonnières formant la gauche, à la télé de laquelle j'étais, se trouvait établie entre les Puercos et les Gochinos. Lès bombardes du rentre n'étant pas encore à poste , la division de droite, commandée par M. le lieutenant de vais- •eaa Estelle, n'a pu s'établir aussitôt. Elle a pris poste dès que lea bombardes ont été en ligne.
A sept heures , aussitôt que la gauche a été mouillée , les batteries de Cadix ont vivement commencé à la canouner. J'ai
d« Cadii.
396 VIE DE L'AMIUAL DIFERRE.
jugé, d*aprcs la distance dont nie dépassaient les bouleth de la place, que jeu étais à moins des mille toises fixées. Ma ligne étant formée, je n'ai pas cru devoir opérer un mouvement vu arrière sans ordres. Plusieurs capitaines mavaieut demande ù faire feu, mais je le leur avais défendu attendant votie signal et je les prévins qu'ils pourraient tirer dès que je leur en donnerais l'exemple. A huit heures environ , le feu des bombardes était bien établi ; j'ai commencé le mien , ce qui a été imité par toute la ligne. Vous avez pu juger qu'il était vif et bien nourri. La droite a cessé le sien peu de temps après l'avoir commencé; j'ai su que c'était par votre ordre. J'ai continué le mien, ainsi que toute la gauche, votre ordre ne m'étant pas parvenu. Vers dix heures, les canonnières ennemies se sont mises en mouvement et sont venues nous attaquer au nombre de trente environ; à dix heures et demie, j'ai aper<^u le signal de cesser le feu et de vous rallier. J'ai donné l'ordre de mettre sous voile et de faire route sur l'escadre. En tenant les deux ancres que j'avais mouillées , une d'elles a cassé; plusieurs canonnières ont eu le mémo accident. J'aurai l'honneur de vous rendre compte de tous les détails quand ils me seront parvenus des diflcreuU capitaines.
Avant d avoir appareillé, les boulets des canonnières ennemies nous dépassaient de beaucoup, et vers dix heures quarante-ciuq minutes, étant sous voile, un boulet de 18 a tué à mon bord le nommé Benêt (Fran<^ois) , matelot provenant du Trident.
Il mVst bien agréable , mon Général, de n'avoir (|ue des élogt'> à vous faire de tous ceux <|ue j'avais l'honneur de commandn dans cette journée, (jui n'a pas été sans quelque gloire pour la marine française. Je citerai particulièrement MM. les capitaines. odiciers ou élè\es : tous ont rivalisé de zèle et d'ardeur; lou> ont montré un sang-fniid, une fermeté peu commune; ti■u^ sont venu.N prendre leur poste, dans la ligne, san> la plus legert liésilalion ; (*l tous Tcuit gardé , <|uoi(|ue plusieurs eussent épui."**' leurs munitions.
S'il m'élaît permis, mon Général , de solliciter ([uolques récompenses méritées dans cette journée, j'en demanderais une pour chaque capitaine; tous en sont dignes, tous ont également fait leur devoir.
Je ne puis cependant me dispenser de citer le jeune Dubourdieu, commandant la canonnière qui était immédiatement à ma droite. Je lai eu sous les yeux pendant toute Faction, et pendant les trois heures et demie qu'il a été exposé aux boulets, bombes et obus de l'ennemi, il n'a cessé de montrer du sangfroid , du courage, de l'ardeur, delà gaieté même; sa conduite , enfin, m'a semblé au-dessus de tout l'éloge que je pourrais en faire; et la marine française peut espérer, dans ce jeune élève , récupérer la perte qu'elle a faite quand le brave capitaine Dubourdieu lui a été enlevé.
Je citerai MM. Blanc et Pomonti qui, formant la queue de la gauche, se sont trouvés à leur poste en même temps que moi et même plus rapprochés de la place que je ne l'étais , poste qu'ils ont gardé jusqu'à la fin de l'action, n'ayant même plus de munitions.
Je citerai M. Billette, qui, dans le fort de l'action , ayant besoin de faire un mouvement d'ancre, s'est jeté dans sa frêle embarcation et, suivi de quatre de ses braves, a été lui-même faire cette opération : il ne lui restait alors que trois gargousses. Je citerai MM. Monfort et Boscals de Reals, qui , dans le changement de marée, se trouvant engagés par quelques-unes de nos canonnières tombées sur eux, ont levé leurs ancres et, passant en avant de la ligne, sont venus se placer à ma gauche pendant que les canonnières ennemies s'avançaient sur nous. Le premier cependant avait cassé son refouloir, et le second n'avait plus de munitions; ils n'ont quitté le nouveau poste qu'ils avaient pris que par l'ordre que je leur en avais donné. Je les citerais tous nominativement, mon Général , si je voulais relater toutes les particularités qui font honneur à la marine française.
VIE DE LAMIRAL nUPEnHE.
J^appcUeni «ossi irotre attention mt W binubiitlieri , chdi dfi fiièoe el dwffetin tmpb^ sur h Ooltille. Rîtii n'ctt diaiHiidt k eotiflttiie qu'ils ont (case e rien M peot égaler T dear dont ils étaient anitnés. Le caporal Gacb^t* niricmt, Hte détj-e cité particttlièrciiieiiL
Li plupart des matelots qtu arment la notiillc sont faible» peu marins ; devant leintemi, ils seanot îam monlfés Prançatis Je ii*ai qu'à me louer des miens, et cbaqtie capitaine m*CD m éH autant Ptu&ieura d entre eux sont monté» sur noa énormes an teunes, qui leur Minl pour ainsi dire étrangères, soit pour senei ou Itrfuer les voiles, et pend<int que (es baulets nous dépas satent et se croisaient dans loua les sens. Tai les mèniei éloges à donner aui maleiots espagnols t à très^peu d^etceptioiH près.
Je dois citer aussi M. RiroalUnt, cbîrnrgieo de 3* classe en» tretenn» qni, inrormé qu'un Itommi* venait d*ètre atteint, est au&f>itôt monté sur le pool pour lui doooer ses soins, au milite dtt feu de Tennemi, qui ^lait aJor^ le plus vif.
Je dlerai eucore M. Gaeimrdt faisant fonction d'agent cnap^ table de h (lottiUe, et qui ma été dTuu grand secours pour )t passage des poudres. Il me priait instamment de le falr^ fréfeoir quand nous serions k portée de fusil des canonnières enn^ mies, aGii de brûler quelques cartnaches pour son mt. 11 a de longs et bons serrices comofte oommis de marine aniûliairv* A est père di* fainille , et le gfnde df commis euLretmQ de 3*dant comblerait ses Mxut : il en est digut* à tous égards.
Qu'il me mil permis, mon Gèiii*ral, avant de finir ce rmpimt, de payer an juste tribut d'éloges à MM. les olBcieii et ana éqoî* pages qui armaient les embarcations de Tescadre cbargéos de veiller sur nous et de nous protéger, A cl^'»'*^^ :«..».»! ^((^ étaient parmi nons, oflrant des remorques. uos
besoins, de nos avaries : et les endroits oii les boulets tombaient en plus ^rand nombre étaient ceuï où l*on sr-
rùiiàii!^ Il V a en a trots surtout, en létedi.,,„, .p^, j «, ^^tp
^* Il
connaître M. le lienteoanl de vaisseau Dagorne« qui, lorsqqe les canonnières ennemies sont venœs noos attaquer, nous ont doublé de beaucoup sur la gaucbe et ont nagé sur ces canonnières; et je crois pouvoir affirmer que c'est ce mouvement de trois embarcations qui a fait tenir le vent à Tennemi qui venait vent ai^ rière sur nous.
Veuilles agréer Fassurance du profond respect et de Tentier dévouement avec iesquds j*ai » etc.
Bellahgbr aine.
Pour copie eooformo :
Le Ctmtre'àmind comtntmdiud ta ekêf Uâ/prees ntmàks dsS, M. dnami Cadis»
Dupsané.
Devant Cadix, le 27 septembre 1823.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
Tai eu Thonneur d'adresser à Votre Excellence mon rapport DMcmu du bombardement de Cadix dans la journée du 33. Tous les pr^p*r^ rapports s*accordent à nous faire croire que plus de 1 5o bombes nu ^ lmo. sont tombées dans la ville et y ont répandu la terreur; les bombes et canonnières improvisées avaient leurs munitions à remplacer et de grandes avaries, et le temps devenait menaçant ; elles ont Glé de suite sur San-Lucar. Le lendemain 34 > j*ai pria les ordres du prince, qui a arrêté une descente sur la plage de rtle de Léon du côté du fort Santi-Petri , tandis qu'un pont serait établi sur la rivière pour une autre attaque.
11 a fallu prendre des mesures extraordinaires pour lexécution des ordres de S. A. R. Dès le lendemain 25 , malgré le vent
irais, une mer grosse et les diiBcuUés locales, 4,657 hommes do troupes ont été embarqués comme en pleine mer sans le plus léger accident Les canonnières et ôo bateaux de débarquement ont rallié l'escadre; jamais mouvement aussi précipité ne s'est exécuté avec un zèle plus éclairé : les capitaines ont tout fait «je n'avais pu entrer dans aucun détail. Hier 26, les généraux , accompagnés du prince de Carignan, du duc de Gaiche, de Faide de camp de l'empereur de Russie» se sont embarqués. Le temps est fort incertain, le vent est à Touest-sud-ouest, mais très-faible. Il est impossible de rien entreprendre; je ne laisserai pas échapper Foccasion, bien certain qu'elle ne se présentera plus. Moyens d'attaque, moyens de débarquement, tout me parait aussi bien combiné que nos faibles ressources et cette improvisation le permettent. Dans l'armée de terre , comme dans celle de mer, tout n'est qu'espoir bien assuré du succès si nous mordons la terre.
Je laisse le Ceniaare et le Trident sous voiles devant Cadix avec les ordres les plus sévères de blocus.
Le CoHire-Amirat commandant en chef, DuPEnRB.
Devant Cadix, le 3 octobre 1823.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur, „ ,,. . Les événements heureux viennent de se succéder avec une