CHAPITRE VI
En s^absienant d'intervenir dans cette lutte, la France avait de justes égards à observer envers FEspagne , son alliée dynastique et séculaire ; mais elle devait aussi ne pas sacrifier ses intérêts politiques et commerciaux dans ces vastes contrées, au moment où, échappant au régime exclusif du conseil des Indes, elles s'ouvraient enfin à la concurrence étrangère.
M. le contre-amiral Duperré parvint à concilier avec convenance et habileté tous les ménagements dus à TEspagne aussi bien qu'aux nouveaux états d'Amérique.
Il tint le Gouvernement toujours exactement informé des incidents qui survenaient et qu'il jugeait propres à influer sur ses déterminations ; il inspira la confiance par la droiture ; il exerça surtout la plus vigilante surveillance sur les armements en course qui, plus d'une fois, avaient dégénéré en piraterie.
Ces armements présentaient trois caractères distincts qu'il détermina d'après les principes les plus incontestés du droit maritime, afin d'éclairer la conduite de ses capitaines.
Les instructions qu'il leur remit se peuvent résumer en ces termes :
I** Stricte neutralité à l'égard des bâtiments armés par les nouveaux gouvernements de Colombie , du Mexique, de Buenos-Ayres et de Montevideo;
2^ Surveillance des corsaires armés sous les pavillons de ces nouveaux états et répression de toute insulte , de tout dommage qu'ils pourraient se permettre contre notre pavillon;
12/i VIE DE LAMIRAL DUPERRE.
3** Eniiii, guerre à outrance contre les bâtiments qui , sous de fausses couleurs , renouvelleraient les atrocités et les déprédations dont trop souvent le commerce avait eu à souffrir dansFarcbipel. {Annexes, n^io el 36.)
En conduisant M. le comte Donzelot du Fort-Royal à Saint-Pierre , capitale de la Martinique, la Gloire perdit le 1 4 juin 1 8 1 9 un matelot. Pour distraire d'un événement qui pouvait influer sur le moral de l'équipage, M. le contre-amiral Duperré, toujours paternel pour ses subordonnés, prescrivit au commandant d'aller croiser sous le vent des îles, et il passa avec son pavillon de la frégate sur la gabare le Tarn , chargée du service local.
De Saint-Pierre, il porta M. le comte Donzelot à la Guadeloupe , puis aux Saintes, point avancé qui , dans son opinion, pouvait devenir très-important en temps de guerre. 11 pensait qu'avec quelques moyens de défense il était facile d'olfrir aux Saintes un sûr abri aux forces navales chargées de couvrir nos établissements des Antilles, en forçant peut-être Tennemi à renoncer aux avantages de Tolfensive.
U n coup de canon annonça le 1 5 juillet le commencement de f hivernage : à ce signal, tous les bâtiments durent se réfugier au fond de la baie du Fort-Royal. Il i-.i xo.it M. le conlre-amiral Duperré, qui avait d'avance ré- \t^^Zùt* gl^ le service, fit voile au coucher du soleil avec les '' T"'' ^>-»' bàlimonts disponibles de la station, voulant profiter, pour vi^>iter les pêcheries françaises de Terre-Neuve, de