LIV. I, CHAP. II. 8ÿ
une aunes pour les rideaux & le ciel, dix-neuf aunes & demie pour le drejfelet ou drejfelir, c’efl à dire pour la draperie qui recouvrait le lit luimême ; plus douze aunes de taffetas rouge,, à doubler le ciel. Ces étoffes, fans la façon, valaient environ 14,000 francs de notre monnaie. L’autre lit, plus riche encore, fe compofait d’un ciel, de rideaux & de courtines en drap d’or cramoifi 5 de gouttières <3c pantures de drap d’or violet, bordées d’une lourde frange de foie noire. Le ciel, les gouttières & les rideaux étaient doublés de taffetas rouge. Le prix de ces diverfes étoffes dépaffait la fomme de 108,000 francs. Dans le harnais des haquenées <3c la tenture des chariots, on avait mis douze aunes de velours noir & trois de velours cramoifi.
Anne de Bretagne portait, durant ce voyage, une cotte ou robe de deffous de fatin noir doublé, où il avait fallu fix aunes d’étoffe, plus pour la doublure deux aunes & demie de fin drap noir, <3c une aune & demie de velours noir pour faire la bordure du bas de la cotte. Cette robe avait coûté environ 1 ,660 francs de nos jours. La robe à mettre par deffus cette cotte était faite de velours noir, fourrée de fine martre zibeline 5 on
y employa neuf aunes de velours <5c cent trenteneuf peaux de martre Le prix équivalait à 60,740 fr. de notre monnaie.
Mais ce qui palfe tout, c’eft la robe de noces elle -même faite d’un drap d’or, chargé de deffins en relief tracés par de l’or en boffe, ce qui faifait donner à cette étoffe le nom de drapd’or- trait- enlevé 5 une aune de ce drap valait 7,3^0 francs; huit furent employées à la robe de la ducheffe, ce qui fait ÿ 8,800 francs. On avait d’abord fourré cette robe en fines peaux d’agneau noir de Lombardie, mais cette fourrure n’ayant pas été jugée affez riche, fut remplacée par de la martre zibeline, dont on mit cent foixante peaux qui valaient enfemble 67,200 francs de nos jours. Ainfi la robe entière, étoffe & fourrure, fans la façon, ne coûta pas moins de 126,000 francs d’aujourd’hui. Dans le chapitre relatif à la robe de noces, je trouve encore cet article : « 41 y aunes de toille de Hollande, pour faire chemifes & draps de lit, à 60 fous l’aune (1). »
(i) J’emprunte ces païïages curieux à M. de Laborderie, archivifte à Nantes, qui les a placés en tête d'un compte de dépenfe publié dans la Revue des Provinces de l’Ouefi. Juillet, 18^4, p. 23^.