LIV. 1, CHAP. II
De plus, Anne de Bretagne avait donné une robe de velours de foie aux gentilshommes, aux dames <$c aux filles d’honneur, ainfi qu’aux officiers domefliques qui l’accompagnaient ; le prince d’Orange, lui-même, <3c Françoife de Dinant, gouvernante de la ducheffe, étaient compris dans cette diftribution, le prince, pour quatre aunes de drap d’or, Françoife de Dinant, pour neuf aunes de velours violet en graine (1).
En quittant le château de Langeais, Anne de Bretagne, accompagnée de fon mari, fe rendit à Tours. Depuis Tours jufqu’à Paris, plufieurs villes firent à la nouvelle reine des réceptions d’une grande magnificence. Lajoie était univerfelle: grands <5c petits appréciaient facilement les avantages de cette union fi bien affortie. Le 8 février 1492, la nouvelle reine fut facrée à Saint-Denis: « Il la faifoit bon voir, dit un témoin oculaire, car elle étoitbelle, jeune & pleine de fi bonne grâce qu’on prenoit plaifir à la regarder. jj Anne de Bretagne était coiffée avec les cheveux nattés tombant fur fes épaules, & revêtue d’une robe de damas ou farin blanc;
(2) Idem . Voir mes Appendices n" 2, § 1 : Index des Comptes de dépenfes imprimés ou manuscrits . An. 1491 .
elle était placée fur une eftrade au milieu du chœur de féglife. Après qu’elle eut été ointe et facrée, une méfié folennelle fut dite. Au moment de la bénédiétion, Louis, duc d’Orléans, foutint au-defifus de fa tête la couronne de France, trop large & trop pefante pour elle : à fes côtés le tenaient la duchefie de Bourbon & plulieurs autres comtelfes, ayant chacune aufii fur leur tête la couronne , inligne de leur rang (i). Le lenmain de fon facre, la reine-duchefle fit une entrée folennelle à Paris; tous les membres du Parlement, tous ceux de la Cour des Comptes, les généraux de jullice, les maîtres des requêtes du Palais, du Tréfor <3c les élus, le prévôt de Paris avec tous les officiers civils ou militaires du Châtelet, le prévôt des marchands, les échevins & tout le corps de ville, fuivis des bourgeois les plus conlidérés, allèrent à fa rencontre en grands coflumes. « Pour vrai, ajoute le chro- « niqueur qui nous donne ce détail, quand « tout le monde fut afiTemblé, il compofoit une <c merveilleufe quantité de peuple, tellement « que depuis la chapelle, par tout le chemin,
(i) St-Gelais de Monlieu, Hiftoire de Louis XII , mife en lumière par Godefroy; Paris 1622, in-40, p. 73.