‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 20 sur 87 · LIV. 1, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIV. 1, CHAP. II

« <3c parmy les rues jufqu’au palais, on ne fe « pouvoit tourner (1). »

Anne de Bretagne, par fa beauté, par fon efprit & par la fermeté de fon caractère, ne tarda pas à exercer la plus grande influence fut lefprit du roi fon mari. Dès fon enfance, ceux qui l’approchaient l’avaient traitée avec le refpeét dû à une princeiïe fouveraine, aufli ne pouvaitelle fupporter la moindre réfiftance à fes volontés: Anne de Bourbon, fabelle-fœur, en fit bientôt la cruelle expérience : « Elle voulut ufer un « peu , dit Brantôme, de prérogative <5c authorité « à fon endroit ; mais elle trouva bien chauflure « à fon pied , comme l’on dit ; car la reine « eftoit une fine bretonne, fort fuperbe & altière « à l’endroit de fes égaux; de forte qu’il fallut « à Madame de Bourbon caler, <3c laifler à la « reine, fa belle -fœur, tenir fon rang (2). » Charles VIII, en époufant la ducheffe de Bretagne, voulut que rien ne fût épargné pour rendre digne d’une reine jeune & belle le châ-

(1) St-Gelais de Monlieu, Hiftoire de Louis XI /, mife en lumière par Godefroy; Paris, 1622, in-40, p. 73.

(2) Dames illujires, p. 208, t. V, des OEuvres complètes, édit. in-8°.

teau d’Amboife dont il failait fa demeure ordinaire. Des conftruéfions confidérables qui en doublèrent l’étendue, y furent commencées auffi tôt après fon mariage. Les meubles, les tapifferies, le linge & l’argenterie furent complètement renouvelés, ainli qu’il réfulte du compte des dépenfes faites dans cette occafion, qui date de l’année 1494. On peut juger par l’examen de ce curieux documentdelamultiplicité des objets néceffaires à l’organifation intérieure d’une maifon royale au x ve fiècle, & de la magnificence qu’on y déployait. La première partie de ce compte, & ia plus longue, eff confacrée aux draps d’or ou de foie qui devaient meubler la chapelle ou les appartements du château. Sous cette dénomination, on comprenait non feulement les étoffes précieufes fabriquées l'oit en France, foit à l’étranger, mais encore les tapifferies de toutes fortes qui fervaient de tenture. Le nombre de celles qui furent employées à Amboife s’élève à quelques milliers d’aunes, qui coûtèrent plus de dix mille livres ; la Turquie, la Flandre & la France avaient fourni ces tentures fur lefquelles étaient repréfentés des perfonnages de tous les temps, <5c même plufieurs événements contemporains remarquables; des tapis en velours de

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