‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 37 sur 87 · LIV. 1, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. 1, CHAP. IV

du préfident de Gannay ; enfin Philippe de Commynes, feigneur d’Argenton, à Venife.

Louis, duc d’Orléans, prince du fang, marchait le premier ; après lui venaient le duc de Montpenfier, les feigneurs de Foix, de Luxembourg, de Vendôme, de Clèves & plufieurs autres. Ils étaient fuivis de Pierre de Rohan, maréchal de Gié, coufin de la reine, & du maréchal de Rieux, ancien tuteur de cette princefife, conduifantavec eux un petit nombre de chevaliers bretons qui devaient faire merveilles dans cette rencontre. Les fénéchaux de Beaucaire <5c de Normandie commandaient une foule de chevaliers, tous hommes d’armes éprouvés. Enfin, autour du roi étaient groupés les jeunes hommes de fon intimité, fes favoris, tels que Bourdillon, Châtillon, La Palice, Edouville <5c quelques autres. L’armée françaife, ainfi ordonnée, ne tarda pas à franchir les Alpes ; le vendredi 29 août, Charles VIII, après avoir entendu la melfe, embralfa une fois encore Anne de Bretagne, puis montant à cheval il fe dirigea vers l’Italie (1).

La reine éprouva dans cette circonftance un

(1 ) Pierre Defrey , de Troyes. — Godefroy, Hiftoriens de Charles VIII, in-f°, p. 194.

mortel déplaifir très facile à comprendre. C’était la première fois qu’elle fe féparait d’un époux à qui elle avait donné tout fon amour, & qu’elle confidérait comme un des plus grands rois de la terre. Elle le voyait partir pour une expédidon des plus aventureufes 5 elle le favait brave jufqu’à la témérité; enfin; elle avait entendu faire de cette Italie, ou il allait s’engager, des récits merveilleux, mais finiflres, à ce point que dans les inffruétions laiifées par le roi aux gouverneurs du dauphin, on ne permettait pas au refpecffable François de Paule de mener avec lui un religieux qui eût vifité ce pays. Anne de Bretagne avait donc tout à craindre : le fer de l’ennemi, le poifon d’un traître. Dans fon exaltation de Bretonne & de chrétienne, nous la voyons ayant fans celfe recours à l’aumône <3c aux prières. Les principales églifes de Bretagne, de Touraine, de l’Ile-de-France & du Lyonnais reçurent de nombreufes offrandes pour la célébration de ces prières. Elle envoie deux cierges, pefant 20 livres chacun, à l’abbaye royale de St-Denis, qui doivent brûler, le premier, devant la flatue, le fécond, devant la châffe de ce puiffant proteéleur. Elle donne 40 livres tournois aux frères Minimes récem-

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