LIV. I, CHAP. IV
ment établis à Tours par François de Paule, pour les mefles qu’ils avaient dites. Elle donne une cloche au couvent de Notre-Dame-des- Anges, à Lyon, en remercîment des prières que les religieux avaient faites pour la profpérité des armes du roi. Elle-même ne s’y épargnait pas : elle entendit chaque jour la melfe 6c d’autres offices pour demander a Dieu de protéger le roi 6c fon armée. Ses aumônes, plus abondantes que jamais, fe répandaient fur tous ceux qui imploraient fon fecours. En allant de Lyon à Moulins, paffant par Roanne, elle rencontre un pauvre homme de guerre malade, elle s’empreffe de lefecourir (1).
Les prières de la reine, toutes celles qu’elle faifait faire furent exaucées dès le commencement de la campagne. Les conquêtes du roi furent auffi rapides que merveilleufes. Anne de Bretagne n’entendit pas fans quelque fierté le récit des exploits de plulieurs chevaliers bretons. Elle ne dut pas être auffi fatisfaite de l’entrée de Charles VI 1 1 à Rome, 6c de la manière dont il maintint contre le pape fes droits de prince fouverain.
(1) Appendices, n° 2, Extraits des Comptes , % V, n° 1 . Offrandes & Aumônes.
On peut être lurpris que pendant quinze mois environ que dura l’expédition d’Italie, Anne de Bretagne ne foit pas revenue à Amboife pour y voir Ton fils. En effet elle refta tout ce temps, foit à Lyon, Toit à Moulins, chez fa bellefœur Anne de Beaujeu. Sans doute elle obéiffait aux ordres fouverains de Ton mari, qui voulait qu’elle fût rapprochée de lui le plus poffible ; elle faifait ainfi paffer très-rapidement de fes nouvelles 5 elle recevait de même très-vite celles du roi, dont elle exécutait les volontés. Il eft certain que prefque chaque jour elle écrivait à Charles VIII, qui lui écrivait auffi fréquemment, <3c que d’après fes ordres elle envoyait des courriers dans toutes les directions
Mais les joies du triomphe, fi toutefois la reine en éprouva quelques-unes, furent de courte durée. L’année n’était pas encore révolue depuis que le roi avait quitté la France, quand on apprit que fes rapides conquêtes lui échappaient déjà; que fon armée était décimée par la maladie & les plaifirs inféparables de la viéloire ; que les princes italiens, d’abord fes alliés, s’étaient retournés contre lui ; que ces princes, unis aux Vénitiens, aux Allemands de Maximilien, aux Efpagnols du roi d’Aragon, venaient de