LIV. II, CHAP. I Iÿl
français <5c aux archers établis dans chaque bonne ville, de rendre la place aux capitaines bretons <3c à leurs hommes ; il arriva que plufieurs d’entre eux refufèrent d’obéir, principalement ceux qui commandaient à Bref! <5c à St-Malo ( i ) ; il s’en fuivit même quelque collifion. Dès que la ducheffe en fut informée, elle ne manqua pas d’écrire au roi, & de lui envoyer le prince d’Orange, pour fe plaindre de cette grave infrac tion aux promeiïes qui lui avaient été faites, Louis XII s’emprelïa de donner pleine fatisfac tion à fa requête. Il cherchait à lui plaire par tous les moyens en fon pouvoir. On ne peut douter qu’il ne tarda pas à réuffir, car bien certainement ce fut dans ces circonflances que la veuve de Charles VI II lui écrivit de fa main cette lettre bien fignificative :
zMonfîeur mon bon frère,
J'ai reçu par £M . de la Tommeraye vos lettres , & avec fa charge entendu la fingulière benévolence que me porte dont je fuis très confolee; & vous en remercie de tout mon cœur , vous priant de toujours
(i) Dom Lobineau, Hiftoire de Bretagne , &c., t, I, p. 823.
I f 2 ANNE DE BRETAGNE.
ainjl continuer , comme c efi la ferme confiance de celle qui efi , & à toujours fera votre bonne fœur, confine & alliée. — cAnne (i).
Louis XII & Anne de Bretagne fe vilitèrent plufieurs fois. Vers le mois de juin, la duchefle fit un voyage à Etampes où fe trouvait le roi. On peut facilement fe rendre compte de ce qui eut lieu dans ces conférences par les deux aéles qui fuivirent <3c qui font datés du même jour, 19 août 1498. D’après le premier, Anne de Bretagne confent à époufer le roi Louis XII, dès qu’il aura obtenu que l’union forcée qu’il avait contraélée autrefois avec Jeanne de France foit déclarée nulle parle pape ; d’après le fécond, Louis XII s’engage à rendre à la duchefle les deux villes de Nantes <3c de Fougères qu’il détenait en gages, fi par mort ou autrement il n’époufait pas la duchefle dans le délai d’une année (2). Du même coup, Anne aflurait la complète indépendance de la Bretagne, <3c remontait fur le trône de France qu’elle avait fi amèrement re-
(1) Voir cette lettre & le fac-fimile aux Appendices, n° 1 , S I, n° 1 , Lettres de la reine , Sec.
(2) Dom Morice, Aéles de Bretagne, t. III, col. 794,