LIV. II, CHAP. I
gretté. Du relte la jeune duchelTe 5c les confeillers avaient été lingulièrement favorifés par les circonftances. Il s’agiflait pour eux d’obtenir le llriét accomplilFement des conditions ftipulées dans le contrat de mariage avec Charles VIII. Ces conditions obligeaient le nouveau roi d’époufer Anne de Bretagne, ou de l’unir à l’héritier préfomptif de la couronne 5 or Louis XII était marié; l’héritier préfomptif, François d’Angoulême, n’avait encore que quatre ans. Anne de Bretagne, en préfence des impolîibilités de l’exécution du traité de Nantes, fe regardait comme dégagée à l’égard de la France. Pour en donner des preuves, elle agiffait en fouveraine du duché de Bretagne. Elle n’ignorait pas d’ailleurs que Louis XII reffentait pour fa femme une répullion invincible, qu’en l’époufant il avait obéi aux volontés menaçantes de Louis XI; que bien au contraire il profelFait pour elle, Anne de Bretagne, une admiration qui allait bientôt fe changer en un amour auffi profond que lerieux. Telle était la lituation d’efprit de la reine-duchefle quand elle répondait à ceux qui plaignaient fon fort, qu’elle relierait plutôt veuve toute fa vie, après avoir été la femme d’un h grand roi, que de fe rabaiffer
I y'zj. ANNE DE BRETAGNE.
à un moindre que lui (i). Brantôme ajoute qu’elle difait encore: « J’ai affez de confiance en mon étoile pour devenir une fécondé fois reine de France. »
Anne très bien inflruite des inflances que faifait faire Louis XII près de la cour de Rome pour rompre fon mariage, n’ignorait pas que fes inflances ne pouvaient manquer de réuffir. Au (Tl partit-elle pour fon duché de Bretagne le cœur rempli de nouvelles efpérances.
Ce fut vers le milieu du mois d’août, dans le quatrième mois de fon veuvage, que ce départ eut lieu. Toutes les précautions avaient été priles pour que fon retour en Bretagne fe fît avec l’appareil qui convient à une princeffe fouveraine. Le 15 août, elle avait écrit au fieur Coupcoul, membre de fon confeil privé & fecré taire de la guerre, de lui envoyer cent des meilleurs archers du pays pour lui fervir d’efi corte (2). Le 16 elle était à Etampes, le 24 à Chartres. Elle écrivait aux gens d’églife, barons & bourgeois des diocèfes de Rennes, de
(1) Brantôme, Dames illuffres, t. V des OEuvres complètes , p. 4.
(2) Appendices, n° 2 , Extraits des Comptes, § IV, n° 2, Voyages.