‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 59 sur 87 · LIV. II, CHAP. II. I7I · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. II. I7I

la bravoure ne lui ont manqué, mais les abominables débauches <$c les crimes de tout genre qui ont fouillé fa vie ont, à julle titre, rendu fa mémoire odieufe.

Une fois polfelfeur de la bulle de diflolution de fon premier mariage, Louis XII réclama de la veuve de Charles VIII faccomplilfement des aéles qu’ils avaient échangés peu de mois aupavant. Anne de Bretagne y accéda volontiers; quelques jours avant l’expiration du neuvième mois de fon veuvage, elle fe rendit à Nantes, où le roi de France venait d’arriver. Ce n’était plus, comme Charles V 1 1 1, un vainqueur ayant des droits réels à la fuccelîion du duché, qui, pour arrêter l’efFufion du fang, confentait à époufer une jeune fille tombée déjà entre fes mains, c’était un roi qui venait époufer une ducheffe régnante beaucoup moins puilfante que lui, à vrai dire, mais un roi dont le cœur était épris ! Les habiles confeillers qui entouraient Anne de Bretagne ne l’ignoraient pas ; ils rédigèrent le contrat de mariage en conféquence. Par ce contrat, non feulement Anne de Bretagne confervait le gouvernement de fon duché, en touchait feule les revenus, mais encore, fi elle mourait fans enfants, le roi de France

Louis XII jouiffait, fa vie durant, du duché qui devait revenir après lui aux héritiers directs d’Anne de Bretagne fans que les autres rois fes fuccejfeurs en pujfent quereller. Dans le cas où des enfants naîtraient , le fécond enfant mâle , ou fille à défaut de mâle, ferait de droit héritier de ce duché. Anne de Bretagne devait jouir durant toute fa vie du douaire que lui avait affigné Charles VIII, de plus le roi très-chrétien lui accordait un douaire d’égale valeur (1).

Tel efl en réfumé cet a été, au bas duquel la jeune ducheffe lignait : Donné au châtel de Nantes, au mois de janvier 1 498, de nojlre règne le premier. Ainfi toutes les peines qu’avaient prifes Louis XI, Anne de Beaujeu <5c Charles VIII étaient perdues 5 le roi de France époufait la ducheffe de Bretagne, mais cette province gardait l’indépendance qu’elle avait retrouvée à la mort de Charles VIII. Quelques jours plus tard, le 19 janvier, par un accord paffé en tre lui <3t fa femme, comme cadeau de noces, Louis X 1 1 ratifiait tous les privilèges, tous les droits de l’Eglife, de la juflice, comme Chancellerie, Confeil, Parle-

(1) Contrat de mariage entre Louis XII & Anne de Bretagne , Dom Morice, Aides de Bretagne , t. III, col. 81 ].

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