LIV. II, CHAP. IV
Loin de fe rendre à de fi bonnes raifons, Anne de Bretagne infiftait toujours & même avec une grande vivacité ; ce fut alors que Louis XII, fans fe fâcher, lui raconta l’apologue de la biche à laquelle Dieu avait donné des cornes ; mais il fut contraint de les lui ôter parce quelle voulait s'en fervir contre le cerf ( 1).
Le jour de FAfcenlion de l’année 1 y 06, dans la grande falle du château de Pie flis-lè s-Tours, eut lieu la cérémonie des fiançailles de Claude de France avec François d’Angoulême. Le jeune prince avait douze ans, Claude n’en n’avait pas encore fix (2).
En vain l’archiduc envoya- t-il à la France une confultation rédigée en latin par cinq jurifconfultes flamands, dans laquelle on demandait fi le roi & la reine n’avaient pas été parjures en manquant à la convention du mois d’août iÿoi; c’était revenir fur un fait accompli (3).
Dans la dépêche que l’envoyé de l’archiduc à la cour de France adre fiait à fon maître, pour
(1) Duhaillan, Hift. de France, t. II, p. 228. Cité par lebibliophileJacob,H(/fiv>É,<^ XVIe siècleen France, Sec. , t. III, p. 1 28.
(2) Chroniques de Jean d’cAuton, t. III, p. 1 p] .
O Le Glay, Négociations, t. I. p. 19^.
lui annoncer que la cérémonie des fiançailles avait eu lieu., il difait que la reine était bien déplaçante de ce qui venait de fe paffer(i). Effectivement Anne de Bretagne ne put jamais fe réfigner à cet égard ; elle n’en parlait plus, mais elle efpérait toujours que des événements imprévus y viendraient mettre obftacle. Ce fut feulement deux mois après fa mort, le 1 8 mars que cette union fi convenable fut enfin confommée.
On ne faurait trop favoir gré à Louis XI 1 de cette réfiftance à la volonté perfiffante de la reine-ducheffe. Que ferait devenue la France, fi le mariage projeté de la prin celle Claude avec Charles de Luxembourg s’était effectué ; fi ce prince avait joint la Bretagne aux immenfes états qu’il a réunis fous fon fceptre quand il fut devenu l’empereur Charles-Quint (2)?
(1) Le Glay, t. I, p. 142.
(2) Henri Martin, Hift. de France , t. VII, p. 3Ç7.