LIVRE IIIe. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
une nouvelle ; mais la révérende mère était de celles qui ne songent pas même à la question personnelle, quand il s'agit du bien commun.
Souvent, dans Tune des principales maisons où elle se rendait, elle présidait à la retraite annuelle de toutes les soeurs de la région. C'est ainsi que nous la trouvons plusieurs fois à Bordeaux avec cent cinquante sœurs environ ; et ailleurs 1 encore, avec un nombre presqu'aussi considérable de retraitantes, s'édifiant de ses conseils et de ses exemples au milieu de leurs exercices spirituels.
D'autres fois, c'était pour elle-même qu'elle recherchait un peu de calme, loin du centre des affaires, afin de se recueillir dans une retraite personnelle, ainsi qu'elle le fit notamment à Aix, en février 4 867 et en février 1870. Elle savait alors faire bénéficier encore ses filles de sa présence.
Lorsque, sans trop se détourner de sa route, elle pouvait accédera quelque sanctuaire béni, à Notre- Dame du Puy, a la Salette, a Lourdes, elle se rappelait le grand devoir de la prière, qui semble toujours plus facile aux pieds d'une madone aimée ; et elle allait demander à la Très Sainte Vierge de diriger
(1) Cette retraite comptait à Aix 130 religieuses, sous sa présidence en 1875.
elle-même sa nombreuse famille de la Présentation et d'en présenter toutes les intentions et tous les efforts à son divin Fils.
Il n'entre pas dans nos desseins de raconter en détail toutes ces visites qui, pour le fond, se ressemblent. Nous ferons cependant une exception pour le premier voyage de la révérende mère générale en Savoie. Le lecteur n'a pu oublier tous les noms qui ont marqué les premiers pas de cette vie déjà si pleine : Présilly, Saint-Julien, Saint-Gingolph ! Pour mère Saint-Maurice quels souvenirs attachés à ces lieux aimés ! Quel honneur, quelle joie sous ces toits modestes, lorsqu'il leur est donné de recevoir cette supérieure générale dont ils avaient abrité les premiers débuts !
Mentionnons tout spécialement l'arrivée à Saint- Gingolph. Le village a pris un air de fête ; tous ses habitants ont revêtu leurs habits des grands jours ; les enfants ont entre les mains des corbeilles de fleurs, dont on devine la destination. Mère Saint- Maurice a trop bien deviné elle-même tous ces apprêts ; et sa modestie trompe cette attente de la foule massée sur les bords du lac ; elle se dérobe aux ovations. Mais son cœur en dédommage ensuite tout le monde avec une condescendance et une bonté auxquelles rien ne résiste.