‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 126 sur 188 · LIVRE IIIe — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

La voici entrée chez un brave commerçant, qui à semblable honneur n'en peut croire ses yeux. Un client pénètre dans la boutique. — « Oh ! mon ami, « lui dit le marchand, pour aujourd'hui allez ail- « leurs, je vous prie ; car j'ai chez moi cette excelc lente mère Saint-Maurice ; et pour jouir de sa pré- « sence, voyez-vous, je perdrais sans chagrin une « vente de cent francs ! »

Plus loin accourt à elle un vénérable vieux prêtre des environs. Il est venu tout exprès de sa paroisse pour voir encore une fois l'ancienne directrice de Saint-Gingolph. Il ne l'a pas trouvée a la maison et s'en retourne désolé, quand tout à coup il l'aperçoit sur la route ; il descend de voiture et s'approche en criant : « Oui, c'est bien elle... quel beau jour pour t moi ! »

C'est, dans cette première visite en Savoie que mère Saint - Maurice rencontra Mgr Mermillod en compagnie de Mgr de Langalerie. Ces deux prélats d'une piété si suave et rappelant si bien, tous deux, en un tel lieu, le doux saint François de Sales, la bénirent en même temps dans une commune pensée traduite par ces mots de l'éminent évêque d'Hébron : — « Nous vous donnons un faisceau de bé- « nédictions ; en retour, révérende mère, vous nous « rendrez un bouquet de prières. » — Plus tard,

en 1873, mère Saint-Maurice retrouvera à Ferney le noble évêque exilé. Chassé du sol natal, il avait reçu l'hospitalité de cette France, qui l'aime tant qu'elle se croit sa patrie et veut le compter parmi ses gloires. Avec quelle pieuse émotion celle qui était hier exilée volontaire au Canada reçut alors une nouvelle bénédiction du banni de Genève, « souffrant persécution pour la justice » . Mais, en même temps, comme tout sentiment remuait en elle la fibre maternelle, sa pensée franchissant la frontière se reportait là-bas près d'une vaillante chrétienne frappée dans ses plus chères affections ; et bientôt, traversant Genève, mère Saint-Maurice arrivait à Carouge, pour offrir ses consolations à la digne mère de Mgr Mermillod.

Dieu récompensa aussitôt, à sa manière, une si cordiale effusion. Au détour d'une rue de la grande ville protestante, une jeune femme se précipite, arrête deux sœurs de la Présentation qu'elle a aperçues, reconnaît mère Saint-Maurice et lui saute au cou : c'était une canadienne, l'une des enfants que la révérende mère avait élevées dans la Nouvelle France» On comprend si les deux cœurs débordèrent de joie ; et le lecteur, qui connaît déjà fort bien cette riche nature dont nous peignons les traits, se demandera laquelle fut plus la heureuse de la mère ou de l'enfant.

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