‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 20 sur 188 · LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE

Cependant la mission, dont nous venons de parler, si bien remplie qu'elle soit, ne constitue pas tout le devoir d'une religieuse. Cet épanouissement extérieur de sa vocation ne peut même être sérieux et solide qu'autant qu'il repose sur les vertus intimes d'une vie surnaturelle bien comprise et bien pratiquée. A cet égard, ce que déjà nous avons dit de sœur Saint-Maurice nous permet de n'insister ici que sur un point, dont la place ne serait pas ailleurs.

Quand on sort du noviciat, après avoir vécu sous le regard immédiat des premières autorités de sa Congrégation, on doit emporter avec soi une si haute idée du Pouvoir qu'on n'ait jamais plus à marchander son obéissance. En sachant bien que quiconque légitimement commande aux autres commande au nom de Dieu, on ne regarde plus à l'instrument de cette domination souveraine. S'il a le droit d'ordonner, les autres n'ont que le devoir d'obéir. Voilà pourquoi une religieuse, qui est pénétrée de l'esprit de son saint état, se soumet à une supérieure locale, comme elle se soumet à la supérieure générale. Il n'y a ici d'admissible ni question de sympathie, ni prétexte de valeur personnelle ; c'est à Dieu que l'on obéit, en obéissant à ceux qui sont dépositaires de son autorité : tout est là.

Sœur Saint-Maurice fut exemplaire sur ce point, comme sur tant d'autres. Et c'est parce qu'elle sut si bien obéir qu'un jour elle saura si bien commander.

Notons ici un triste événement qui se rapporte à l'époque du séjour de sœur Saint-Maurice à Bordeaux. Il s'agit du coup douloureux qui frappait la Congrégation tout entière le 3 février 1838 : la vénénèràble mère Rivier rendait son dernier soupir terrestre, en répétant les dernières paroles de Y Ave Maria. On s'imagine facilement l'amertume des regrets qui s'exhalèrent de tous les cœurs dont celui de la Fondatrice était le lien puissant et inoubliable. Les parfums qui ont embaumé ce tombeau et les saintes espérances qui s'y attachent devraient nous dispenser de rappeler un deuil que nous désirons voir changer en un triomphe. Cependant on ne nous pardonnerait pas de ne pas dire que sœur Saint-Maurice avait trop bien compris sa Mère dès sa première entrevue ; qu'elle avait trop bien senti l'action féconde de cette grande âme sur sa propre perfection, pour ne pas être broyée par une semblable épreuve. Mais elle sut répéter une fois encore le « Fiat voluntas » , dans lequel ses chagrins avaient toujours trouvé tant d'apaisement. Et quand Dieu donna une nouvelle

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