‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 19 sur 188 · LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE

Après ce début tout imprégné de surnaturel, voyez avec quelle dignité, nous allions presque dire avec quel respect, la maîtresse traite ses élèves. C'est Y esprit de foi le plus parfait qui la guide. En chacune des petites filles confiées à sa sollicitude, elle voit l'image d'un Dieu, une âme rachetée par le sang du Sauveur, un front empreint du cachet baptismal et dont on doit sauvegarder l'innocence, un cœur enfin, dont il faut éloigner les orages.

Aussi, admirez la façon magistrale dont elle gouverne son petit monde. Quelle sûreté de principes ! — « Pendant les exercices de la chapelle, lui disait un « jour à Alais Tune de ses sœurs, je reste à la trice bune. C'est bien plus facile d'exercer de là une « surveillance. Je vois mieux les fautes de mes élè- « ves pour les en punir. Que ne faites-vous de « même? » — «Oh! non, répondit-elle, je ne € suis pas de votre avis. Je préfère rester a côté des « miennes : ma présence leur fait éviter les man- « quements et je n'ai pas besoin de sévir. » — Quelle sagesse ! Prévenir vaut mieux que réprimer. Comme tout gagnerait , l'école et la société , si l'on savait mieux le comprendre et mieux l'appliquer!

Sœur Saint-Maurice, qui avait des idées aussi jus-

tes sur sa mission, ne pouvait les pratiquer que par une heureuse union de douceur et de fermeté.

La douceur était son argument habituel, même pour venir à bout des natures les plus opiniâtres. Et quand on semblait craindre que ses appels au cœur ne fussent entendus à rebours et pris pour de la faiblesse : — « J'aime mieux, répondait-elle, pécher « par excès de douceur que par excès de sévérité ; » et elle rappelait le mot naïf de son saint apôtre du Chablais : « On prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu'avec cent barils de vinaigre » .

Toutefois, hâlons-nous de dire qu'il n'y avait en cette âme aucune place a la pusillanimité. On a déjà compris combien en était incapable un caractère si bien trempé ; et l'on verra par la suite quelle inébranlable fermeté s'alliait a tant de mansuétude, en ce cœur véritablement viril.

Ces qualités exquises, unies a une tendre piété, faisaient de sœur Saint-Maurice une institutrice hors ligne. Si elle s'adressait à l'esprit, on voyait par la netteté de son enseignement qu'elle en possédait fort bien les données. Quand elle dictait ou demandait quelque chose au cœur, on sentait qu'elle le pratiquait elle-même à un degré éminent. Aussi bien dominait-elle son jeune entourage et savait-elle s'en faire obéir, respecter et aimer.

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