LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE
nous venons de peindre en disant ce que doit être à cet égard une supérieure accomplie.
Il est tout naturel d'ajouter que deux bases indispensables servaient d'appui a cette grande autorité : la prière et V exemple.
L'exemple ! Elle le donnait en tout. La règle était pour elle l'arche sainte à qui nul ne pouvait toucher.
— Quant à la prière, c'était, on le sait déjà, son arme favorite. Elle ne décidait rien sans prier et faire prier, même lorsque ses lumières naturelles lui indiquaient déjà une solution. Et elle enseignait à ses sœurs à compter toujours sur cette puissance.
— « Priez, priez, disait-elle, et laissez faire le dé- « mon. Avec la prière humble et persévérante, vous « avancerez toujours malgré les obstacles. » Et dans le même esprit, elle ajoutait qu'il ne fallait jamais négliger la sainte communion, répétant souvent : « Le démon vous trompe en vous mettant au « cœur des sentiments de défiance pour vous éloi- « gner de la table sainte. Ne l'écoutez pas ; jetez- « vous, les yeux fermés, dans le Cœur sacré de « notre bon Maître. La vous ne risquerez rien. »
La première, elle s'était elle-même jetée dans ce divin Cœur, cherchant sans cesse à y mouler son propre cœur, que Dieu disposait ainsi à de grandes œuvres. 4
Avant de la mener au but pour lequel II la façonnait, Dieu voulut ajouter un dernier détail aux connaissances qu'il lui fallait acquérir. Elle avait été successivement maîtresse de classe, première maitresse d'un pensionnat, directrice de deux maisons d'inégale importance ; il lui manquait la pratique d'un noviciat. La Providence qui conduit bien toutes choses, combla cette lacune. En mai 1853, sœur Saint-Maurice fut nommée directrice de Verdelais, où existait alors un noviciat préparatoire.
Celui-ci, il est vrai, ne comptait pas un personnel bien considérable. — « Il n'y a que quatre postulantes j> , écrivait la nouvelle directrice. « Priez pour que le Bon -Dieu nous envoie des sujets solides qui fassent honneur a la religion à laquelle ils veulent appartenir. » Ces paroles font entrevoir comment la qualité la préoccupait plus que le nombre. Et comme si d'avance elle eût voulu encourager les futures maîtresses de novices, souvent tentées de croire que les nouvelles générations ne valent pas les anciennes, elle disait de son temps : « Oh ! quel peu « de courage, combien peu de dévouement il y a « aujourd'hui chez les jeunes personnes î »
Le séjour de sœur Saint-Maurice à Verdelais fut de quelques mois a peine. Il suffisait aux desseins de Dieu de lui avoir fait toucher à un noviciat pour