‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 57 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SOEUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SOEUR MISSIONNAIRE

vous comment il s'indignait un jour contre des voleurs qui lui avaient enlevé quelques restes de monnaie? — « Ils en avaient besoin, disait-il ; après tout « ce sont mes enfants. » — Voilà le cœur qui battait sous la soutane vieillie et rapiécée de ce prêtre. Après cela, comment lui reprocher d'avoir souvent promis plus qu'il ne pouvait donner? La silhouette de l'administrateur y perd sans doute ; mais la grande figure du pasteur y gagne. Qui oserait s'en plaindre?

Cette rapide esquisse suffit a faire soupçonner quels rapports s'établirent entre le presbytère et le couvent. Si la forte tête et le caractère viril de sœur Saint-Maurice pouvaient s'apercevoir du côté faible de son excellent curé, le cœur était en elle trop vivant pour ne pas comprendre et estimer, a leur vrai prix, les compensations que lui offrait l'âme si apostolique de M. Crevier. — a C'est vraiment un saint prêtre ! » écrivait-elle à la révérende mère Arsène.

Un autre saint attirait également son regard. Le profond respect que professait sœur Saint-Maurice pour l'autorité, lui fit tourner bien vite les yeux du côté de Saint-Hyacinthe. Elle aurait voulu se rendre en personne dans la ville épiscopale, pour se présenter a Mgr Prince et recevoir une première bénédiction, de ce grand cœur d'évêque, que nos lecteurs

apprécieront tout à l'aise dans la suite de ce récit. Mais ne pouvant aller aussitôt à ce nouveau « père de son âme », elle lui écrivit. — « Oui, Monseigneur, lui disait-elle, nous nous regardons comme privilégiées dans le choix que la divine Providence a fait de nous ; et nous lui en rendons d'humbles actions de grâces. »

En même temps elle remettait à Sa Grandeur la lettre d'introduction qu'elle portait de la maisonmère et dans laquelle nous relevons cette phrase de la supérieure générale : « J'espère, Monseigneur, que vous voudrez bien être leur père et leur protecteur. Cette pensée adoucit la peine de la séparation. De mon côté je désire ardemment qu'elles remplissent le but que votre zèle s'est proposé en nous faisant l'honneur de les appeler dans votre diocèse. »

Ce double vœu de la révérende mère Arsène devait amplement se réaliser. Mgr Prince, répondant à sœur Saint-Maurice, commence à se montrer véritablement père, en se préoccupant de la santé des sœurs et en leur annonçant qu'il viendra présider chez elles la prochaine fête de la Présentation. Et, de son côté, la directrice du Canada, écrivant à la révérende mère générale, lui donne la note de la fidélité de ses filles par cette parole qu'il suffit de citer : « C'est une consolation pour nous, bonne

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