LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
a vous... Je vous bénis comme votre pasteur et vo- « tre père. Je bénis vos travaux et je désire que c Dieu les fasse prospérer. »
On était au dimanche 20 novembre. Après les vêpres, une procession sortit de l'église paroissiale ; et, au chant des litanies, elle s'achemina vers le couvent. Mgr Prince bénit la maison, puis la chapelle. Quelle pauvre chapelle ! Mais la pauvreté a ses industries. Un autel avait été improvisé, dont les moulures et les arabesques se dessinaient en papier peint ; des plumes d'oie avaient été frisées : en dehors de toutes les prévisions de leur destinée, elles s'étaient transformées en bouquets... Supposez le reste à l'avenant et croyez bien que l'ensemble ne manquait pas plus de grâce que de pittoresque. Quand le cœur y est, cela fait toujours bien.
Ce qui faisait bien surtout, c'était la présence de la population tout entière, sympathique et recueillie, heureuse de posséder les bonnes sœurs françaises et commençant à vénérer celle qui pour tous allait devenir une mère.-
Le lendemain 21 , Notre Seigneur Jésus-Christ descendit pour la première fois sous le toit de ce nouveau Nazareth, que Mgr Prince avait dédié à la Saine- Famille. L'éminent prélat célébra la sainte messe avec une visible émotion ; et avant la corn-
munion, les sœurs renouvelèrent à haute voix leurs saintes promesses, ainsi que cela se pratique dans la Congrégation.
Vraiment, nulle part ailleurs le vœu de pauvreté ne fut mieux redit. Frappé de ce triste dénûment, Mgr Prince, quelques jours après, devait donner un bel ornement pour commencer le vestiaire de la petite sacristie. Le jour même, M. Crevier portait aux sœurs une statue de la Sainte Vierge ainsi qu'une statue de S1 Joseph. — « Je suis heureux, leur di- « sait-il, de vous les offrir, afin que vous les dédom- « magiez un peu de ma négligence a les honorer. Ils « m'ont tant aidé ; ils m'ont donné si souvent des « marques d'une protection spéciale que je désire a vous les voir remercier pour moi. »
C'est .devant celte image de la mère de Dieu que, le soir de cette première fête de la Présentation, nos sœurs missionnaires voulurent faire leur consécration à Marie. En en prononçant l'acte au nom de toutes, sœur Saint-Maurice ajoutait ce mot qui tombait plus encore de son cœur que de ses lèvres : « Veuillez « être notre mère, notre patronne, notre soutien... « Je vous établis première supérieure de cette mai- « son. C'est vous qui agirez et qui parlerez pour « moi et par moi ; je ne veux être que votre humble « servante et rien de plus... » — Mais ici les saa-