‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 84 sur 188 · LIVRE 11e. — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE 11e. — LA SŒUR MISSIONNAIRE

principe. On ne put aussi bien s'entendre pour en venir à la pratique.

M. Crevier possédait à Saint-Hyacinthe une maison dite de la Providence, qu'il offrait. La sœur Saint- Maurice alla la voir, au commencement de 1855; elle la trouva l trop isolée, bâtie sur des fondations peu solides et répondant mal dans l'ensemble de ses aménagements au but que l'on se proposait. M. Crevier avait bien à cet égard les plus généreux projets ; son cœur ne connaissait jamais une limite au bien. Mais sœur Saint-Maurice était trop femme de tête pour ne mener les affaires qu'avec le cœur. Elle sut du moins employer le sien, avec toutes ses ressources de patience et d'abnégation, pour arriver, d'accord avec Mgr Prince et la révérende mère Arsène, à décliner l'offre de M. Crevier sans blesser ce digne bienfaiteur.

Cependant les locaux de Sainte-Marie ne suffisaient plus au noviciat. Or, depuis quelque temps, deux fondations se préparaient: A Saint-Aimé et a Saint-Hugues. Ces deux paroisses sont à quatre heures l'une de l'autre ; et la même distance sépare Saint-Hyacinthe de Saint-Hugues.

Cette dernière maison fut désignée par Mgr Prince

(1) Lettre de sœur Saint-Maurico, 18 février 1855.

lui-même comme préférable à ce qui élait proposé au chef-lieu.

Au mois de février, sœur Saint-Maurice était allée la visiter et en régler la distribution intérieure. Par 26 degrés de froid, elle avait fait, avec une de ses soeurs, une navigation à sec sur la rivière à'Yamaska. Se faire porter sur la glace par un sleigh, ou traîneau, jusqu'à Saint-Hyacinthe ; gagner de là Saint-Hugues, en s'égarant dans les bois ; se geler à demi en roule et risquer pis encore en se dégelant ensuite trop rapidement au feu : tels avaient été les petits incidents du voyage. Mais qu'est-ce que tout cela pour des missionnaires? La récompense de tant de fatigues avait été du moins de trouver un établissement bien entendu. La maison bâtie par M. le Curé de Saint- Hugues avait 74 pieds de long sur 54 de large. Elle était solide ; un calorifère y était aménagé, — nos lecteurs ont compris que ce n'était pas de luxe ; — une chapelle entrait dans le plan, afin que les sœurs eussent le culte chez elles ; une grande et belle cour, un jardin, un bois avoisinant invitaient à la récréation et à la promenade. Qu'ambitionner de mieux? Les filles de la vénérable mère Rivier n'en désiraient pas tant.

C'est là que la maison provinciale dut se transporter. Le 15 août 1855, cette translation fut définitive-

Page 1