‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 94 sur 188 · LIVRE IIe — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe — LA SŒUR MISSIONNAIRE

humble et cachée, x elle avait essayé déjà en 1850 de se démettre de sa charge ; le conseil s'y était sagement refusé. Cette fois, elle croyait pouvoir déjouer tous les calculs de la respectueuse affection de ses filles et rentrer dans le calme de la vie intérieure, pour se préparer à terminer sa carrière. Mais, pas plus que la Congrégation, Dieu ne l'entendait ainsi. Les prières qu'elle ordonna pour l'élection d'une bonne supérieure ne devaient que mieux faire la lumière sur ses vertus : elle allait être réélue supérieure générale.

C'est pour prendre part à cette œuvre importante que sœur Saint-Maurice fut appelée en France au mois de mai de cette année 1858.

Accompagnée de sœur Solange, la supérieure du Canada s'embarqua a Québec le 22 mai. Malgré les craintes qu'inspirait à ses filles sa santé compromise, sœur Saint-Maurice fit assez bien et sans accident ce voyage sur Y Anglo-Saxon, qui la conduisit à Liverpool, d'où elle gagna bientôt la France.

Quelle joie pour son âme quand, le 10 juin, elle franchit le seuil de la maison-mère de Bourg-Saint- Andéol ! Ni elle ni sa compagne ne pouvaient croire à tant de bonheur. N'avaient-elles pas quitté la

(1) Vie de la R. mère Arsène, p. 427.

France, cinq ans auparavant, sans caresser l'espoir du retour ?

Mais tandis qu'autour d'elle l'allégresse commune dilatait toutes les âmes, sœur Saint-Maurice ne trouvait point son bonheur complet. Quelqu'un lui manquait : la mère générale était absente ; un ordre du médecin la retenait aux eaux de La Caille, en Savoie.

Sans attendre le retour que l'on annonçait comme tout prochain, sœur Saint-Maurice voulut adresser a mère Arsène h lettre suivante, qui est vraiment un cri du cœur.

« Très chère et très respect arle Mère,

« Ainsi que notre bonne sœur Marie vous l'a écrit, nous sommes arrivées jeudi dernier, 10 courant, à la chère maison-mère. 11 n'est pas facile de vous exprimer tout ce que nos cœurs ont ressenti en revoyant premièrement la France, mais surtout en rentrant à la chère maison de Bourg-Saint-Andéol, où j'ai reçu tant et tant de grâces !... Mon cœur battait de joie et de diverses émotions que je ne puis vous dépeindre ; j'étais si heureuse de revoir nos chères sœurs, de me retrouver au milieu d'elles !... Mais, hélas ! ma satisfaction était loin d'être parfaite; je ne retrouvais pas ma très chère, ma bien aimée

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