‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 109 sur 163 · I. M. de Saint-Vallier avait sollicité avec d'autant · texte numérisé non relu

I. M. de Saint-Vallier avait sollicité avec d'autant

Mission • i i

fie Québec, plus d'iustauces la grâce dont on vient de parler,

qu'il se voyait moins en état d'aider les sœurs par lui-même , à cause des dépenses cpi'il faisait pour soutenir l'hôpital général qu'il avait fondé à Québec. Il écrivait cependant à la supérieure de la Congrégation : « Je ne néglige rien pour « dihgenter ici l'achèvement de l'augmentation « que j'ai fait faire à la maison de vos sœurs de « Québec. Mais je me vois sur le point d'aban-

CATHERINK f.Il.VRLY , 4* SUP. HÉÉLL'E , 1718. 50.'J

« donner tous mes ouvrages pour ne pouvoir pas « soutenir la grosse dépense que je suis obligé « de faire pour notre hôpital. Dieu veuille bien « nous faire sortir de tant d'embarras, et vous « donner aussi le moven de sortir des vôtresfi). » {i) Archives

•^ ^ ^ rie In Congré-

Le développement crue prenait la mission des fiction ■ lettre

*• *■ ^ ^ (teM.cle Saint-

sœurs à Québec rendait nécessaire l'augmen- Js'^(/j>j his ' tationde leur maison, dont parle ici M. de Saint- VaUier.

Depuis cmekfues années, elles avaient établi ii-

Fondation

près de cette ville une nouvelle mission . celle '^"^ ^l. i"'?sjon

••■ de Neuville

de Neuville, fondée en partie par les libéralités ia°Po?ntede M. Dupont, seigneur de cette paroisse et con- '"de'JIiéhS;'^* seillerau conseil supérieur de Québec. Par contrat du 5 octobre 1713, il avait donné à la conununauté de Villemarie mi arpent et demi de terre en superficie , sur le domaine de sa seigneurie , pour y former un établissement. Les charges qu'il imposa à toutes les sœurs en général , pour cette donation , furent d'entendre trois messes , et de faire trois communions lorsqu'elles apprendraient son décès ; et à celles qui résideraient à Neuville , d'entendre une messe , et de faire chacune une communion, tous les ans, aiLx intentions du dona- ,„, , , .

' ' {1) Archives

teur et de toute sa famille . le jour de saint Fran- f^édeQuébet cois de Sales, patron de la paroisse (2). Mais cette .mT^es^mlsterre étant une trop laible avance pour que les viiie.

(1) Ibid.

Motifs qui font désirer

d éloigner

de Tile

de Montréal

la mission

du Saultau-Récollet.

sœurs pussent entreprendre ]a fondation d'une mission à Neuville , deux ans après, le 1 " août 1715, M. Bosset, ancien curé de ce lieu, afin de les aider à s'y établir, leur donna, sous une certaine redevance annuelle, une terre et habilaf ion siiuée sur le bord du fleuve Saint-Laurent, de trois arpents de front sur quarante de profondeur. Il chargea la Congrégation de soutenir cette mission, en y plaçant des sœurs , et voulut que celles de Neuville prissent chez elles . chaque année , pendant le carême, une fille du plus pauvre habitant pour l'instruire et la préparer à sapremière communion. Ces conditions furent acceptées et ratifiées par la sœur Marguerite Le Moine , alors supérieure de la Congrégation (1).

Sous sa supériorité , la mission sauvage des sœurs, fixée d'abord à la Montagne , et transférée depuis environ vingt ans au Sault- au -Récollet, changea de nouveau de place et fut établie hors de l'île de Montréal, sur les bords du lac des Deux-Montagnes, à mi quart de lieue de l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui. La nécessité d'éloigner les sauvages des habitations françaises, dont le voisinage leur était toujours si funeste par les boissons enivrantes qu'ils s'y procuraient; et le désir de les fixer dans un lieu plus propre à la pèche et à la chasse, avaient fait prendre, depuis

MARGUEKITE I.i: MOINE, 3" SCP. RÉÉLUE, 1721. 26r>

plusieurs années , aux prêtres de Saint-Sulpice , la résolution de les placer ailleurs , lorsque l'occasion favorable s'en présenterait. Us espéraient d'ailleurs que réloignement des sauvages donnerait la facilité de défricher la partie de l'île de -\[ontréal voisine du Sault-au- Récollet, et d'y établir cinq ou six nouvelles paroisses (1 ). Pour ne a) Archives

(lu .séminaire

pas priver cependant l'île de Montréal, en cas de devuiemarip

^ *^ mémrjirf.s ne

guerre, du secours qu'elle pouvait tirer de cette i'"2en7i3. mission, composée alors de huit à neuf cents fjeiamorine\

p . X • . • /ci\ -1 h février nn;

ames. lormant cent cmcpiante guerners (2), us chnnfiement

de la mission

proposèrent de la iixer sur le bord du lac des du Sauit-ou-

Rérollet.

Deux-Montagnes, qui était à la léte de la colonie (3). (3) ibid. , M. de Vaudreuil, gouverneur général, qui goù- M.Leschassier

au roi et à son

tait ce projet, le fit approuver par la cour, en conseil de mamontrant combien il serait avantageux au pays, u\ ibid qu'il couvrirait du côté du nord, par où les sau- de^vomitenii,

,,.,,. 1 1 du^ novembre

\ages ennemis étaient toujours descendus pour \i\ç,.— Lettre

,. commune, 14

I attaquer (4). octobre i7ifi.

En conséquence, vers la fin de 1720, ou dès le *''^^commencement de l'année suivante, qu'eut lieu La mission du

^ Sault-

(^ette translation (5). les deiLx sœurs mission- au-Récoiiet

^ ' est transférer

iiaires du Sault-au -Récollet allèrent s'établir sur je^Deuxles bords du lac des Deux-Montasnes . avec leurs ^^'^'^^^s'^'^*'-

'-- (5) Archives

•''lèves iroquoises, huronnes et algonquines. Car ^^' '^f^Z/emAla mission se composait de sauvages de ces trois 'M/Mag,Zfd nations. Elles eurent même à instruire de jeunes m'ont f du \'o

«t"-«v -"«o. sauvagesses nipissingues, lorsque, peu de temps

5/ ^de^cZnt ^près, les prêtres de Saint-Sulpice transférèrent

jvlueixin. ' ^iissi au lac des DeiLX-Montagnes la mission pour

les sauvages de cette nation, qu'ils avaient formée

{]) Archives daiis l'île aux Tourtes (1). Au lac, comme à la

lettres du mi- Moutasue dès les commencements de cette der-

nistre a M. de o

Rresiay , etc. ^^^^9 missiou , les sŒurs fureut logées , pendant plusieurs années , dans des cabanes d'écorce , en attendant que l'expérience eût fait comiaître l'endroit le plus convenable pour y bâtir une église et un fort, et y établir définitivement les sau- (2) ibid ; yao^es (2). Ccs cabaues , dont la lonsrueur était

mémoire de " ^ ' °

auiomeii'du '^^^ifféreiite , avaient environ dix -huit pieds de roi, 1723. large , avec un tambour et une porte à chaque extrémité. On faisait le feu au miUeu de la cabane , et la fumée s'échappait par une ouverture pratiquée à la couverture, qu'on bouchait avec un morceau d'écorce quand le temps était mau- {-i) Archives yais (3). Ce fut dans une cabane semblable que

du séminaire ^ ' ^

froieté^^pmr ^^^ SŒurs se logèrent d'abord et qu'elles firent lar'l^'amTun- ^^urs classes. Le dessein des prêtres de Saint-

notations rf<? o 1 • '. -, 1 i ■ •

M. de Bel- r>uipice était de leur construire une maison en

mont. . , • 1 1 > •

pierres, hors du tort qu ils se proposaient debatir, et c[ui en fût cependant assez rapprochée pour qu'elles pussent s'y réfugier en cas d'alarme. On voit dans un plan tracé par M. de Belmont, qu'en attendant t[u'ils fissent construire pour elles un

bâtiment à part , ils avaient eu l'intention de leur céder l'usage d'une des quatre tours qu'ils voulaient donner au fort projeté , ainsi ({ue l'usage de la salle ([ui eût été destinée poin* le conseil des sauvages (1). Mais ce plan n'eut pas de suite, et (i) ibid. on en exécuta un autre quelques années plus tard, d'après lequel on construisit en effet pour les sœurs une maison isolée , assez voisine pourtant de l'église et du fort, comme nous le dirons dans la suite.

Les autres établissements de la ConErrés-ation .T.-

O^^ft'

Mission

continuaient à édifier la colonie par le zèle pur ^^^ '^^ ^^i"*"

et désintéressé des sœurs missionnaires . Dans quel- ^^ TrembieT'''

ques-uns elles avaient à souffrir des privations de ^e xîontréai.

plus d'une sorte. Elles les enduraient cependant

avec joie; et une conduite si apostolique attirait

de plus en plus les bénédictions de Dieu sur leurs

travaux. Il paraît que la mission de la Chine était

de ce nombre. Du moins nous voyons que , vers

ce temps, M. de ChaumaiLx demanda à M. Les-

chassier, pour les sœurs missionnaires de ce lieu.

une concession qui les mît à même de se fournir

debois de chauffage et de nourrir une vache. Celles

de la mission de la Pointe-aux -Trembles, dans

l'île de Montréal , y jouissaient d'un peu plus ^^)Archii'es

a aisance et y avaient même lait 1 acquisition de vuiema-

vip 772 &

•l'une terre (2). Car cette paroisse ne se ressentait de iin.

ne, mémoire

plus des malheurs qu'elle avait éprouvés; elle s'était rétablie assez promptement, et était deve- - nue plus populeuse qu'elle ne l'avait été avant sa dévastation par les Iroquois. Les frères hospitaliers de Villemarie y avaient même établi depuis peu , par les libéralités du séminaire , une école pour les garçons, et déjà en 1717 ils y possédaient cent vingt arpents de terre, et aussi r/}[ni"Mà. quelques terrains dans l'enceinte du fort (1). VI. Les fruits que produisaient les sœurs de la Con-

M. Charon

est autorisé orégation daus l'éducation des filles , avaient fait

par

le roi à former espérer en effet à M. Charon qu'il pourrait rendre

des missions •*• ^ '^

'^pour*^^ les mêmes services aux garçons , par le moyen

les garçons. ^^ ^^^ frères hospitaliers; et M. Raudot père

(2) Arehivps l'ayant utilement servi auprès du conseil de ma-

(ie la marine: . ^^ i ■ ^ • ^ t ^ fi

lettre de MM. rme , il obtmt du roi. maigre les réclamations

(le Vaudreuil r ^ i i

et Bégon au de M. de Vaudreuil , gouverneur gênerai, et de

ministre, du

4 oc/o6re 17 18. M. Bégou , intendant (2), une somme annuelle lettres p'a- de 3,000 Hvres. Cette somme était destinée à

tentes pour les

maîtres d'é- l'entretien des maîtres, dont le nombre fut porté

cole, février

dill'de mf d'a^>f*i'^ '1 six (3) et ensuite à huit (4). « Étant

^diÛetoTdm- " informé , » est-il dit dans les lettres patentes

««S7/S- expéciiées au nom du roi, a que les jeunes gar-

''^(Vibid -fol " Ç*-'^^ manquent d'instruction dans notre colo-

fmarstiù', « ^ie de Canada . pendant que les jeunes filles

ultiondéFiet'- « ^n reçoivent par le moyen des sœurs de la

deiii%. « Congrégation cpi sont étid^lies dans la plus

MAIUIUERITE LE MOINE, 3"^ SIT. RÉÉLUE, IT'il. '269

« grande partie des cures de la campagne, nous « autorisons les directeurs de l'hôpital général à c( faire l'instruction aiLv jeunes garçons ; et pour H cet effet -soûlons qu'ils fassent tenir des écoles « puljliques dans ledit hôpital et qu'ils puissent « envoyer des maîtres d'école dans toutes les (i)ibi(j.;ibi. « paroisses du diocèse de Québec (1). » patentes-.

Les prêtres du séminaire secondèrent les frères „ ^"■ liospitaliers autant qu'ils purent , pour leur don- des mîïions ner le moyen de se former et de s'établir dans des Sres

, . .,, , . r • 1 \ hospitaliers.

plusieurs ^^llages des emirons, spécialement a

la Pointe-aux-Trembles , à Boucherville , à Lon-

gueil, où ils exerçaient les fonctions curiales.

M. Leschassier, apprenant ce qu'ils faisaient pour

leur être utiles , leur écrivait : « C'est un si grand

« bien pour la colonie , de pouvoir répandre dans

« l'Ile et aux environs de bons maîtres d'école

« pour les jeunes garçons , qu'il faut contribuer

K pour faire réussir cette bomie œuvre , et pour

« procurer cju'il y ait de bons maîtres d'une

« vraie et solide piété , de mœurs pures et de

« saine doctrine. Pourtant , ajoutait-il, il ne faut

« pas pour cela ruiner votre école de paroisse ,

« ni en ôter le fonds ; il ne faut pas non plus

« priver votre égUse d'enfants de chœur , ni aban- ^ Lettre de

« donner ceux a qm on enseigne le latin (2). » à m de Bei-

En 1 72 1 , les hospitaUers avaient formé six écoles, i7i9 \

conformément aiLx lettres patentes du roi. chacune dirigée par un frère ; celle de l'hôpital général était dirigée par le frère Dumoire ; celle de

(1) Archives la Pointe-aux-Tremhles par le frère Jeantot; l'éffénérat'^' "le cole dc Boucherville , par le frère Pillard; celle

nrorurotioH dc Lougueil . par le frère Simonnet de la Croix ;

(1071 née le li i p r\

sepfemij. 1721 la Cinquième, à Batiscan, par le irère Datte; et

au frère Turc,

par la corn- la sixième , celle des Ïrois-Rivières , par le frère

nmnauté des

hospitaliers. Lagirardière (1).

p a^uc.i ^^^^^ quelque zèle qu'on eût à soutenir ces

des maîues maîtres d'écolc et quelque appui que l'autorité

s'éteignit, l'oyale leur donnât , ils ne purent se soutenir, et

ceiui^de"a lie furent presque d'aucune utilité à la jeunesse.

prospérait Leur institut , quoique formé par les motifs les plus

toujours

davantage, purs du zèlë et du bien public , avait manqué de la condition seule essentielle aiLx œuvres de cette nature, comme il est dit plus en détail

(2) Vie de dans la vie de M"' d'Yomdlle (2). M. Charon,

Jlfme dYoU- ^ '

tie^^cha" "^n"^' fi'appé dcs bénédictious que Dieu avait données p. 23 et Sun: ^^^^ ^^^^^, Bourgeovs daus la formation de la Congrégation . crut pieusement qu'il lui suffirait à lui - même , pour former ime coimnunauté , de réunir des personnes et de faire bâtir une maison. Il ne fit pas réflexion sur cette vérité d'expérience , que les nouveaux instituts dans l'Église doivent être l'ouvrage de l'Esprit de Dieu, qui seul peut donner à chacun sa grâce propre et sa vie.

MARGUERITE LE MOINE, 3* sur. RÉÉLUE, 17'2I. 271

Celui (|ii'il avait él)auché était un corps sans âme , il ne survécut pas longtemps à son auteur et s'éteignit en peu d'années. Les sociétés formées ]»ar l'Esprit de Dieu s'étendent au contraire et se multiplient après la mort de leurs fondateurs , à l'imitation de la grande société de l'Église , que Jésus-Christ . après son ascension dans les cieux, a répandue dans tout l'univers. C'était ce qu'on avait lieu d'admirer dans la Congrégation depuis la mort de la sœur Bourgeoys. Car, tandis que la communauté des hospitaliers se voyait abandonnée par la plupart de ses membres , la Congré- .y-ation. au contraire, toujours animée de l'esprit qu'elle avait reçu de Died dans la personne de sa fondatrice , attirait de jour en jour de nouveaux sujets, et méritait de plus en plus l'estime et la vénération publicpies par les importants services tju'elle rendait à tout le pays.

Un voyageur célèbre qui la visita au mois de „ '^•

•J o ^ Hommage

mars de cette année 1 721 , le Père deCliarlevoLx, [e PèJe de de la Compagnie de Jésus, fut si édifié et si frappé à SnsTitut des fruits que produisait partout cet institut , Congrégation. qu'il crut devoir en faire ce bel éloge dans son Journal historique et dans son Histoire de la Nouvelle-France, qu'il donna ensuite au public: «La « maison des filles de la Congrégation àMontréaL « quoicpi'une des plus grandes de la ville , est

« encore trop petite pour loger mie si nombreuse

« communauté. C'est le chef cVordre et le novicial

« d'mi institut qui doit être d'autant plus cher à la

ic Nouvelle-France, et à cette viUeen particulier,

« qu'il y a pris naissance, et que toute la colonie

« se ressent des avantages que lui procure un si

{i) Histoire ,^ i3gi établissement (1). La Nouvelle-France, dont

de lu ?>ou- ^ ' '

tomemloiu- '^ ^^ ^^* aujourd'hui un des plus beaux ornements, uai, p. 139. ^^ jg j^^^l ^ Marguerite Bourgeoys , qui a rendu

« son nom cher et respectable à toute la colonie,

« par ses éminentes vertus et par l'institut des

« filles de la Congrégation , dont l'utihté aug-

, , „., « mente tous les iours avec le nombre de celles

3Ïr''^"^'^" '' qui l'ont embrassé (2).

« Sans autre ressource que son courage et sa

ic confiance en Dieu , elle entreprit de procurer à

K toutes les jeunes persomies , quelque pauvres

u et quelque abandonnées qu'elles fussent, une

« éducation que n'ont point, dans les royaumes

« les plus policés , beaucoup de filles , même de

u condition. Elle y a réussi au point qu'on voit,

« toujours avec un nouvel étonnement , des

u fenmies jusque dans le sein de l'indigence et

« de la misère , parfaitement instruites de leur

« religion , qui n'ignorent rien de ce qu'elles

M doivent savoir pour s'occuper utilement dans

« lem's familles , et qui . par leurs manières , leur

« façon de s'exprimer et leur politesse , ne le

« cèdent point à celles qui , parmi nous , ont été

« élevées avec plus de soin. C'est la justice que mnisioirede

« rendent aux filles de la Congrégation tous ceux ^France a\\vI

« qui ont fait quelque séjour en Canada (1). » p"3'43.°™^ ''

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