‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 111 sur 163 · II. Dans un péril si imminent, et c{ui semblait même · texte numérisé non relu

II. Dans un péril si imminent, et c{ui semblait même

Les sœurs

s'adressent au inévitable, elles s'adressèrent au Cœur immaculé

saint Cœur

de Marie, de Marie , dont elles célébraient la fête depuis

et sont ^

di/danS quelques années; et comme si Dieu eût voulu autoriser cette dévotion nouvelle par un signe visible de sa protection , le vent changea tout à coup et les flammes prirent une autre direction ;

(3) Archives ce oui fit succéder aux vives alarmes de toutes les

de In Congre- ^

gation; action ^ç^^w^^ les plus justes seutimeuts d'actions de E//172T"' grâces (3). Délivrées elles-mêmes de ce danger,

elles s'empressèrent de témoigner aux sœurs de Saint -Joseph la part qu'elles prenaient à leur affliction, et de leur offrir tout ce qu'elles possédaient. Dans ce dessein , la sœur Marguerite Le Moine , supérieure de la Congrégation . accompagnée des plus anciennes de ses sœurs , alla demander à M. de Belmont l'autorisation de leur donner asile. Ce qu'il leur accorda de grand cœur. « Nous nous rendîmes toutes chez elles , » disent dans leurs annales les sœurs de Saint -Joseph; « et elles nous reçurent d'une manière très-obli- " géante et des plus gracieuses (1 ) . » Mais comme celles-ci étaient au nombre de guarante-neuf (i) a, maies

^ de l'Hôtel -

personnes, sans compter leurs malades, et cpie la ^«'^^ Sajn' maison de la Congrégation n'était pas assez vaste pour qu'elles pussent s'y loger et y exercer leurs fonctions, le gouverneur et l'intendant les placèrent dans une partie de l'hôpital général , où . (2) . ibid. —

^ r o ' Archives de la

elles demeurèrent et servirent les malades , jus- TrTdemLde qu'à ce que leurs bâtiments eussent été recon- Bégm^cm mt

. , -> nistre , du 4

StrultS (z). novemb.\l<i\.

Après avoir rendu aux sœurs de Saint-Joseph in.

■^ ^ Actions

tous les devoirs de la plus tendre charité , les ^^ grâces

i prolongées

filles de la Congrégation ne songèrent qu'à témoi- ^^ an"f ^après gner à Dieu et à Marie leur reconnaissance pour la déiiTrance. protection qu'elles venaient de recevoir. Elles prolongèrent même leur action de grâces pen-

dant une année entière ; et afin de laisser à celles qui viendraient après elles un mémorial d'une assistance si providentielle, elles en mirent le récit par écrit et le déposèrent dans leurs archives. « Nous avons considéré cet événement, disent- « elles dans cette relation , comme une marque « toute particulière de la bonté du Seigneur et « de la protection de la sainte Vierge sur cette « petite portion du troupeau de son divin Fils. « Afin de conserver la mémoire de cette faveur <c et d'en témoigner notre reconnaissance à son « auteur, nous avons fait dire, avec la permis- « sion de nos supérieurs , une messe dans notre « église tous les premiers samedis de chaque « mois pendant un an, en l'honneur du sacré « Cœur de Marie. Toute la communauté coinmu- « niait à cette messe, pendant laquelle nous chan-

(\) Archives ' ^ ^

de la Conyré- ^^ {[qyis ciuelques livuines au saint Sacrement ou

galio»: fiction i i J

due"'uu^ 'sZ- " à ^* sainte Vierge, suivant les circonstances.

toute' la corn- « Après la saiutcmesse, l'officiant nous accordait

1 721 . ' « la bénédiction du saint ciboire ( 1 ) . »

, .IV. L'église paroissiale , qui était située auprès de

(le Beimont PHôtel-Dieu, fut aussi préservée de l'incendie.

sur ' '-

les sœurs jyjais \q ^^^4 lyi, (jg Rauscart , se livra à des fati-

Bourgeoys, ' o

et Gannensa- o^*^^ ^i exccssives pour sccourir et pour assister

{^) Archives ^^^ paroissieus incendiés , qu'il en contracta une

1" 'vîit^na. maladie (2) mortelle ; il fut contraint de cesser

l'exercice de ses fonctions (1), et mourut l'année 'J;''J,^f^>'« <^f

^ ' ' M. Mofjnien a

suivante (2). Après cet incendie, un grand nom- ^^,j'%j^f%^ bre de familles devaient se trouver réduites au '"",\^^^^'

(\) Registres

plus entier dénùment. M. de Belmont. qui em- n^/'-f,'*';7-ff'

i 1 djuiuet 1721.

ployait sa grande fortune au bien du pays, ne {%) Liste des

prêtres du

pouvant suffire à tant de misères, chercha à inté- Canada, ïn-^'',

^ Québer, 1834,

resser la charité de ses amis de France en faveur p- 's.

des incendiés de Villemarie. Entre autres moyens

que son zèle industrieux lui fournit . il dédia à

M. Maurice LePeletier, abbé de Saint -Aubin,

prêtre du séminaire de Paris et fils du ministre

du même nom. un ouvrage manuscrit qu'il venait

de composer. Cet écrit, qui a pour titre : Eloges

de quelques personnes mortes en odeur de sainteté

à Montréal en Canada ^ est très-honorable par sa

matière aux sœurs de la Congrégation, comme on

en jugera par l'épître dédicatoire. « Souffrez

« patiemment, Monsieur, dit T auteur, s'adres-

'< sant à M. Le Peletier, qu'mi vieillard incomiu,

« qui a presque oublié sa langue naturelle en

« catéchisant les Iroquois , ose vous présenter cet

« ouvrage , quelque rudesse qu'il puisse avoir.

« 11 est vrai cpie la curiosité de certains esprits

« peut être piquée , aussi bien que le goût , par

'( les choses rares qid viennent d'un pays étran-

« ger; mais si j'ai Heu d'espérer que ce petit

« ouvrage ne vous déplaise pas . c'est à cause de

" ce qu'il a iV intéressant pour la religion. 11 « contient d'abord la vie d'une illustre \derge « de Villemarie . anachorète . recluse pendant « de très -longues années jusqu'à sa mort : c'est « M"* Le Ber ; en second lieu . les maximes spiri- « tuelles de la sœur Bourgeoys . institutrice des « filles de la Congrégation; et enfin, un petit « abrégé de la vie d'une excellente chrétienne . « sauvagesse de la mission de Montréal.

« M"' Le Ber et la sœur Bourgeoys sont les « deux premiers et les plus précieiLx ornements « de la Congrégation de ]\otre-Dame de Yille- « marie. Dieu a a'OuIu que. dans la même mai- « son et dans le même temps . elles aient mené « deux vies extérieurement bien différentes, quoi- « que avec la même innocence et la même sain- « teté : Tune, la vie contemplative, et l'autre la vie « active ; afin que leur postérité apprît à mêler « tellement ces deux sortes de vie l'une avec « l'autre . que les saintes dispositions de l'inté- « rieur fussent toujours Tesprit qui donnât le « mouvement aux fonctions extérieures. La vie « de M'" Le Ber fait voir que le Nouveau-Monde « est encore assez favorisé pour produire de nou- « veaux fruits de sainteté , et cjue Difl' a voulu « faire dans l'Amérique septentrionale en M'" Le « Ber , ce qu'il a fait dans l'Amérique méridio-

« nale en la personne de sainte Rose de Lima , « mais d'une manière plus cachée et qui se mani- <( festera peut-être un jour.

« Les maximes spirituelles de la sœur Bour- combien « geoys, que le Saint-Esprit lui a inspirées ton- Bourgeois « chant son institut, et qui ont été confirmées *^son"ins?itur

au

« par la pratique , sont comme les fondements maintien

^ . .de la religion.

« sur lesquels elle a établi la Congrégation , in- « stitut dont futilité et les fruits sont aussi connus « que la réputation qu'il s'est acquise dans la « Nouvelle-France. C'est par un effet tout parti- « culier de sa bonté sur ce pays, que Dieu a « suscité la vénérable sœur Bourgeoys, pour ré- « panclre f esprit de zèle et de ferveur , partout « où sa Congrégation est établie , en tant de « paroisses de la campagne , dont les filles pau- « vres ne peuvent être instruites dans les cou- « vents. Service important qu'elle rend encore '< par ses filles ; service absolument nécessaire « à la Nouvelle-France, qui est elle-même l'uni- « que ressource de l'ÉgHse catholique dans toute <( l'Amérique du Nord. Car si le Canada n'était « pas comme mie digue contre f hérésie, les sec- « taires auraient bientôt tout empoisonné de <« leurs erreurs dans ces vastes contrées de f Amé- « rique et ôté aux pauvres sauvages le moyen de « se sauver.

« Au reste , Monsieur , quel que soit le sort de « l'ouvrage que je prends la liberté de vous « offrir, j'aurai la consolation, à la fin de ma « vie, d'avoir servi le Montréal , à qui Dieu m'a « doimé , en vous faisant connaitre ses saints et " leur patrie, dans un temps surtout où cette « ville a si grand besoin de protection : les deux « tiers de ses maisons ayant été consumées par « im incendie qui l'a laissée à la merci de ses « ennemis. Si ce petit ouvrage, tout impoli et « sauvage qu'il est, peut trouver auprès de vous « un accès favorable , je le devrai imiquement à {\) Archives " votre amour pour les choses saintes; et s'il de sl'ùi"^uf- " attire à ce pays désolé l'honneur de votre pro-

pire de Paris; . .. * .1

Eloges de quel- " tectiou , OU Comptera cette grâce entre les nés, etr. Épi- <( miracles dout DiEU commence déjà d y honorer

tre dédka-

toire. « l'une de ses servantes (1). »

M Grandet ^^^^ la secoude partie de cet écrit, M. de Beld'écrire'fa^vie ^ont se borna à classer sous divers chefs les

de la sœur • , ^ i 1 ' •< j 1

Bourgeoys, maximes répandues dans les écrits de la sœur entreprendre Bourgeoys. Il n'y domia aucun détail historique sur cette sainte fondatrice, parce qu'il espérait que sa vie entière serait bientôt écrite par une plume plus exercée cpie la sienne à ce genre de composition. Mais voyant que ceux de ses confrères de ViUemarie qui auraient pu l'entreprendre avec plus de succès, étaient accablés par

ce travail.

le ministère de la paroisse , il envoya à M. Leschassier, d'après le vœu des sœurs de la Congré- ,^ation , des mémoires sur la sœur Bourgeoys , en le priant de les remettre à celui des membres de la Compagnie de Saint-Sulpice qu'il jugerait plus capable d'écrire cette Vie. M. Leschassier jeta les yeiLx sur i\I. Grandet, directeur au séminaire d'Angers , auteur de la Vie de Ji"* de Meliin , princesse d'Épinoy , religieuse de Saint- .losepli , et lui fit remettre ces mémoires par M. Maurice Le Peletier (1). Comme on espérait ,i}^\f^fnai% ({ue M. Grandet composerait cette Vie, on fit gra- igtf^.g ^2"' 'm.

, -. . ^. , - -x 1 1 Maqnienà M.

^•er a Pans par Simonneau le portrait de la sœur dechaumuux.

, du&juiiiM'ii.

Hourgeoys (2), pour être place a la tète de 1 ou- f^) BibUo- \rage qu on se proposait de publier d un tonnât à Paris; cai n-i" . Mais M . Grandet , trop occupé par les emplois tampes , œu-

^ , vre de Si ■

([u*il remplissait à Angers, garda les mémoires mo>ineau. ])endant plusieurs années, sans trouver le loisir (le mettre la main à l'ouvrage (3). Peut-être aussi j^j^^li^^'l/^^Jl iïit-il rebuté par la difficulté de le composer : ces "'"'"'' '^^^'^• mémoires étant en effet trop informes et remplis de trop de lacunes, pour fournir la matière d'une histoire suivie , à un écrivain qui ne connaissait pas d'ailleurs la sœur Bourgeoys , ni son institut. Parmi les ecclésiastiques du séminaire de Villemarie qui auraient pu composer cette Vie et suppléer sur les lieux aux défauts des mémoires,

M. de Chaumaux, directeur de la Congrégation , et tout dévoué à cet institut , eût été l'un des plus capables. Mais les détails de la procure du séminaire dont il était chargé se multipliaient tellement de jour en jour, que, pour lui donner le fn irciiives "^oyeu de suffire à son emploi, on fut obligé de lievâTemarie: ^^ décharger du ministère de la prédication , et Les'haLlrr ù même de la direction des sœurs (1), qu'on donna nmnf. nloTs à M. Dosquet.

M d"' t Pierre Hermant Dosquet, né au diocèse de

'^'deir'^ Liège, dans les Pays-Bas, était entré au sémi-

^TJhSge"" naire de Saint-Sulpice , à Paris , en 1715, ayant

d'écrire déjà reçu l' Ordre de sous- diacre. Après six ans

la sœur de séjour dans cette communauté, il eut le désir

Bourgeoys.

f'i)Catai'ome des'attaclier à la compagnie de Saint-Sulpice (2),

fies yïlGyïlOKCS

(le la compa- ct s' offrit à M. Leschassier pour aller travailler à

gnie lie Suint- i -n • -< i r

Su /pire. 1 Œuvre de \illemane. Son départ, qm eut heu

^3) ibid. au printemps de Tannée 1721 (3), fit verser bien

WLaViede ^^^ larmes à ses parents, surtout à M"* Dosquet

guer/té Bour- sa sŒur . malgré sa grande vertu et sa piété peu

RamàtfS,Avi'. commuue (4). Il arriva à Yillemarie dans le mois

1728,^ iS\ de juillet. Chargé de la direction de la Congre-

\;6,Cntniogue gatiou (5) , il Sembla être Fhéritier du zèle de ses tique^'^duVe'- prédéccsseurs , pour procurer la perfection des

minaire de •••ni

viiiemarie. sŒurs , et surtout pour maïutemr parmi elles les maximes et l'esprit de leur sainte fondatrice. Mais le climat du Canada était contraire à sa faible

constitution; ei bientôt le dépérissement de sa santé fit concevoir de vives alarmes. Après deux ans depuis son arrivée , les médecins jugèrent qu'il succomberait infailliblement s'il prolongeait son séjour dans le pays ; et ses supérieurs l'obligèrent de repasser en Europe . pour aller respirer l'air natal (1). Comme M. Grandet ne pouvait tra- ,.,„V%t.î'vailler à la Vie de la sœur Bourgeoys, M. Dos- ^^^^«'«.oS'; quet . avant son départ , promit aux sœurs de la ^'" "' Congrégation de chercher quelque autre écrivain qui put se charger de la composition de cet ouvrage (2). A Paris, il en conféra avec M. Leschas- ^f^^ l^'^'^- ' sier , et pensant qu'un ecclésiastique , son parent . M. Ransonet. tp.ii demeurait à Liège, et qu'il avait déjà sondé là-dessus, serait très-propre à ce travail, il lui envoya les mémoires sur la sœur Bourgeoys (3). M. Ransonet composa en effet ^^^J^JX^J^J l'ouvrage , qui fut dornié au public sous la supé- f^^/^'/.ç 'de" m.

^ . 1 Maqnien à M.

riorité de la sœur Trottier, comme nous le racon- dechaumaux, terons bientôt.

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