I- Après que la sœur Le Moine eut achevé les six
Origine ^
'^T •'^ttlT'^ années de sa supériorité depuis sa dernière éleo-
f-st fôi-mée *^^^^ ' ^^^^ ^® démit de sa charge , et on élut pour
la^œur ^^i succéder la sœur Marguerite Trottier , dite
[Vt'^Mémoire Saiut-Joseph (1). La famille de la sœur Trottier,
suT'lefsupé- l'une des premières qui s'étaient dévouées, par le
Congrégat%n. pur motif de la religion, à l'établissement de la
colonie de Montréal, servit le pays autant par
son courage que par ses vertus , et mérita dès
lors l'estime dont elle a joui jusqu'à ce jour (*).
(*) Gilles Trottier, fort versé dans les langues sauvages, servit utilement la colonie de Villemarie en qualité d'interprète , dans les pourparlers qu'on était obligé d'avoir fréquemment alors avec ces barbares. Dieu mit sa vertu à une grande épreuve, en permettant qu'il tombât entre les mains des Iroquois, qui le conduisirent dans leur pays, oii d'ordinaire ils faisaient expirer leurs prisonniers dans les plus cruels supplices. Comme on n'attendait plus que la mort de ce fervent chrétien. Dieu, qui lui réservait un autre sort, le délivra d'une manière bien providentielle. 11 voulut que, dans le même temps, on prît à Villemarie six capitaines iro- «luois, en grande réputation de bravoure dans leurs nations, et que M. de Maisonneuve offrît de les rendre si l'on mettait
MARGUERITE TROTTIEU , ?)« SUPÉRIEURE, 17"22. 285
Mais le plus solide titre de gloire qu'elle s'y soit acquis est sans doute d'avoir donné à la sœur Bourgeoys deux zélées coopératrices , dont lu plus jeune, Marguerite ïrottier, fut jugée digne pour ses vertus et ses talents de succéder à cette sainte fondatrice. Marguerite et Catherine sa sœur eurent l'avantage d'être formées par ses soins aux vertus de leur état , et de recevoir ainsi de la sœur Bourgeoys elle-même les prémices de son esprit de zèle et de ferveur. Aussi conservèrent-elles jusqu'à leur dernier soupir le souvenir de ses maximes et de ses saints exemples. « Quand « on donnait l'habit ou la coifTe dans les récep- « tions et les professions, » écrivait dans la suite la sœur Marguerite Trottier, « notre vénérée « mère Bourgeoys répétait souvent, pendant « qu'on ôtait aux sœurs leurs habits du monde, « et qu'on les revêtait de ceux de la religion :
en liberté les prisonniers français. I.es Iroquois y consentirent, et ramenèrent M. Trottier, M. de Saint-Michel et d'autres
à Villemarie (1), où ils furent reçus avec de grandes démon- (ij mstoire
strations de joie, et de reconnaissance envers la bonté di- ^1^^. ''/"'j-j^f/iv/-
vine. Ce fut apparemment pour donner à Dieu un dernier rfe Casson, de
^^ ^ lOM à 1655.
témoignage de sa reconnaissance, que Gilles Trottier, ayant été atteint d'une grave maladie, dont il mourut au commencement du mois de février 4658, laissa, par testament, à i2i Registre
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l église paroissiale de villemarie tout ce qu il possédait de de nuemarie ,
biens en Canada (2j. fâ'nVr 1658. ^
{l) Archives de la Congrégation de Villemarie.
(2) Mémoire particulier sur les sœurs de la Congrégation.
La sœur
Trottier
est envoyée
en mission
à Chàteau-
Richer.
Elle est élue supérieure.
« Mes chèi^es sœurs, soyez toujours humbles et « pauvres (1). » Lorsque les sœurs Marguerite et Catherine Trottier prirent l'habit , la sœur Bourgeoys , qui était encore supérieure, leur mit à l'une et à l'autre la main sur la tête ; et afin de leur faire comprendre l'horreur qu'elles devaient avoir pour tout ce c{ui ressent l'élévation et la vanité, elle leur dit avec sa simplicité ordinaire : « Conservez toute votre vie les bas sentiments « que Dieu vous donne de vous-mêmes , et soyez « toujours petites et rabaissées comme les ci- « trouilles et les choux (2). »
Après sa profession , la sœur Marguerite Trottier , qui avait reçu le nom de Saint-Joseph , fut désignée pour la mission de Château-Richer, près de Québec. Comme elle était alors fort jeune et très-affectionnée à la communauté de Villemarie, où elle avait demeuré depuis son enfance , elle se mit à verser une grande abondance de larmes , en disant adieu à ses sœurs. ^< Notre vénérée « mère Bourgeoys , écrit-elle . remarquant com- «< bien j'étais peinée et affligée de laisser la com- « munauté pour aller en mission , eut la bonté « de me parler, pour m'encourager à bien faire u cette démarche , qui me coûtait beaucoup ; et << me dit : Pensez, ma chère enfant, qu'allant en « tyiission vous serez a^sez heureuse , en retirant
MARGUERITE TROTTTER , 5* SUPÉRIEURE, 1722. 287
'« les enfants de Vignorance , de ramasser les
(* gouttes du sang de Noire-Seigneur qui se per-
« dent. Ces paroles me firent une impression si
« vive, que dans le moment je ne ressentis plus
« rien de cette grande affliction. Depuis, elles
« m'ont souvent excitée à bien m' acquitter de
« mes obligations auprès des enfants; et je ne
« puis dire comlDien j'en reçois encore de force de^ia'^conm^é-
« cpiand je me trouve abattue dans mon em- f/e''7rt' ï!w
, . / , X Trottier à M.
« plOl (1). » Glandelet.
La sœur Marguerite Trottier avait un talent rare pour l'instruction, elle n'était pas moins propre aux affaires temporelles. Sa sœur, comme sous le nom de Saint-François, très-capable aussi des fonctions de l'enseignement , ne jouissait pas d'une aussi bonne santé que l'autre ; ce qui fut cause que, l'année qui suivit le départ de la sœur Marguerite , on l'envoya à la mission de la Sainte-Famille dans l'île d'Orléans, où le nombre des enfants était moins considérable que dans les missions de Québec et de Château -Ricber (2). trJ d-nvis'' à
... ,, , , . . Mgr l'écêque
Elles étaient 1 une et 1 autre dans leur mission de Quéhee sur
le projet d'une
respective, lorsqu'en 1698 M. de Saint -V allier communauté'
^ de la Congré-
les appela à Québec , pour leur faire accepter les f"l'f^'[.^/J'^"''' règles qu'il venait de donner à la Congrégation (8) , (3) ne de la
sœur Bour-
comme il a été dit dans la Vie de la sœur Bour- geogs, isis,
geoys. La sceur Marguerite Trottier fut rappelée à
la communauté de Villemarie , et nommée dépositaire en 1 705. Elle remplit cet emploi avec beaucoup de sagesse et d'intelligence pendant dixparticuiTer^ sept aus (1), et présida, comme on l'a dit, à la rieJTs de^iâ construction du pensionnat et des écoles en 1713 ong) (jawn. ^^ 1714, Eufm , la sœuF Marguerite Le Moine s' étant démise de la charge de supérieure en i 722 , la sœur Trottier fut élue pour lui succéder , et (2) ibid. gouverna la Congrégation durant sLx ans (2).