III. M. de La Tour, doyen du chapitre de Québec
État de la • • i T^
Congrégation et ^Taud vicaire de M. Dosquet, visita aussi à
et éloge ^ ^
de cet institut Villcmarie les sœurs de la Congre e-at ion. Il fut
par M. " ^
de La Tour, très-édifié de l'esprit qu'il remarqua dans cette
communauté , et conçut "beaucoup d'estime pour elle, comme lui-mcmo nous Tapprend dans ses Mémoires. Voici ce qu'il y rapporte sur l'état de la Congrégation en 1730 ou 1731. « Les « sœurs sécidières de la Congrégation de Notre- « Dame ne font que des vœiLx simples de chas- « teté, pauvreté et obéissance, et pratiquent « tous les exercices de la vie religieuse , sous la « protection de la Reine des Apôlres, cpi'elles « regardent comme leur chef et leur modèle. « Elles doivent être dirigées par des ecclésias- « tiques et sont fdles de paroisse. Selon l'esprit « primitif de toutes les communautés , elles y « assistent fêtes et dimanches, avec leurs éco- « lières, dans une chapelle qu'on leur a donnée, « où elles ont leur sépulture. Leur habit est « très-shnple : la robe de serge noire descend « jusqu'aux talons . et est toute fermée sur le « devant. La ceinture est de laine noire et fait « deiLx tours : le tabher, d'une étamine noire : « le mouchoir de cou et la coiffure, de toile de « Rouen : la coiffe de dessus, d' étamine à voile. « Elles portent une croix d'argent sur la poitrine. « La Congrégation possède des établissements « en plus de vingt endroits du diocèse (*) oîi
(*) M. de La Tour n'est pas exact sur le nombre d'établis-
."326 HISTOIRE DE LA CONGRÉGATFOX. — CU. XllI.
« elle tient école ouverte. Les sœurs doivent
« enseigner gratuitement aux jeunes filles la
« religion et la politesse, à lire et écrire, et à
« travailler aux ouvrages convenables à leur
« sexe , dans les ^■illes et dans les campagnes, et
« jusqu'au milieu des sauvages ; ce qu'elles font
« avec un très-grand fruit. La sœur Bourgeoys
« a établi aussi des assemblées de fenunes et de
« filles , qui forment comme une espèce de con-
« grégation. où l'on fait des exhortations chaque
« semaine, et de temps en temps des retraites
« pour les externes , outre celle que la commu-
« nauté fait régulièrement tous les ans, à la-
seinents qu'il attribue ici a la Congrégation. On voit |>ar une lettre de M. de Pontbriant, évêque de Québec, écrite au ministre en 1747, que cet institut possédait alors douze mis- (1) Arciiives sions (1). Il est vrai que M. de La Tour publia ses Mémoires ^irttrc (ic'^lf'.'dc en 1761 ; mais, loin d'avoir alors plus de vingt missions, muiistre'%"\ C';)mme il le prétend , la Congrégation n'en comptait pas iiocemh. nu". niême douze , puisque celles de Louisbourg , de Québec et de Chàteau-Ricber ne subsistaient plus. Les dou/.e missions dont parle ici M. de Pontbriant, étaient sans doute celles de Québec , de la Sainte-Famille dans l'île d'Orléans, de Chàteau- Ricber, de la Pointe-aux-Trembles de Québec , de Cbamplain, delà Pointe-aux-Trembles de Montréal, de la Chine, delà Prairie de la Madeleine, du Lac des Deux-Montagnes, de Boucherville , de Louisbourg et de Saint-Laurent. M. de La Tour est encore inexact en portant le nombre des sœurs à plus de cent cinquante.
MAUCrtllITE LE MOINE, 3" SUP. RÉÉLUE, 1730. 3'27
« quelle les dames pieuses sont admises (1) (*).» {^) ^^lemoires
^ ^ \ / \ / sur la vie de
Depuis que M. Dosquet avait quitté la conduite iîvrif ''vf»" "'/ spirituelle des steurs de la Congrégation . à son
départ pour la France en 1723, elles avaient m. Déat
, quitte
pour du'ecteur M. Deat, dont on a parlé. La con- remploi
fie directeur
fiance universelle dont ce dernier jouissait dans ^ ^^e la
Congrégation.
la paroisse, et la grâce qu'il avait reçue d'annoncer la parole de Dieu avec fruit , firent craindre à la sœur Le Moine qu'on ne le retirât de l'emploi
(*) M. de La Tour ne fit pas un long séjour en Canada. Après environ deux ans d'une vie assez peu agréable, par suite
des résistances qu'il éprouva de la part de certains esprits (i) Archives
,., -, , • , , ] . /. , -1 •, 1 ,- 1 (/(' la marine;
qu il avait entrepris de réduire (1 j , il prit le parti de repasser dépêches de
en France. Son humeur trop caustique, dont il ne réprimait ^^j' J^jj^,,,!',
pas toujours les saillies (2), et peut-être aussi un certain air iim-noiset iioc-
de hauteur, qu'on lui reprochait dans ses manières d'agir à wtrtf, foi. 515. —
!.. Il 1, ■ ■ I- „>, 1 . Lettre au coad-
I égard des ecclésiastiques canadiens (oj , ne oonlribuerenl juteur , du s
pas peu , en éloignant de lui les esprits , a le dégoûter de sa sur' l'égiise'dc
position a Québec. Il quitta le Canada en 1731 , étant alors S'ïSi.^ ■""''
âgé de 31 ans, et ne revint plus dans ce pays. 11 emporta avec (2) Biogra-
lui quelques écrits de M. Glandelet, son prédécesseur dans ^lèiie, ^' article
la dignité de doyen , et s'en servit pour composer les Mé- j,y n°"ÔV '""
moires sur la Vie de M. de Laval, qu'il publia trente ans (3) Lettre du
après son retour en France (4). M. de La Tour ne rentra point ^l)osqucf.—Let-
au séminaire des Missions- Étrangères, ni a celui de Saint- ^'c tte m. dos-
° ' guet au minis-
Sulpice-, et si les jansénistes, à&ns leurs Nouvelles Ecclésias- trc.
tiques, alTeclent de lui donner la qualification de mission- gjjf^ iâ^y^"'dl
naire sulpicien , de sulpicien très-zélé (5), c'est a cause de 'if. de Laval, p.
son attachement à la foi catholique, et de sou alTeclion pour (5) youveiies
Saint -Sulpice, comme ils la donnent aussi à d'autres ecclé- f'^'^'^^'èvtgrnbrc
siasliques qui n'ont jamais appartenu a cette dernière société, l'îse, p. las.
328 HISTOIRE DE LA CONGRÉGATION. — CH. XlII.
de directeur de la Congrégation, pour lui donner celui de curé d'office , en remplacement de M. Le
{i) Rerfistres , . f -, ^ ,/,x
de la paroisse Pape du LesGoat , qui en était charge (1) • et qm
de Villema- • i» i
He.^ de 17-25 ne pouvait l'exercer longtemps, à cause du dépérissement de sa santé. Elle écrivit donc à M. Le Peletier pour lui exprimer la satisfaction que toutes les sœurs éprouvaient sous la conduite de M. Déat , et le prier de ne pas souffrir qu'on privât la Congrégation des services qu'elle recevait d'un directeur si utile . et en qui les sœurs avaient toutes la plus entière confiance. « Je ne « puis point prévoir, lui répondit M. Le Peletier, « les raisons qui pourraient obliger nos Mes- « sieurs à changer votre confesseur ; je n'ai rien « mandé ni l'année dernière, ni celle-ci, qui « puisse les y engager. Mais si la Providence en « ordonnait autrement , j'ai la confiance qu'elle M vous en accorderait mi autre . qui serait tel « que vous le pourriez souhaiter. Tant que la '< ferveur et l'union régneront dans votre com- « munauté. vous nous trouverez toujours dis- « posés à contribuer de notre côté à y entretenir « ces saintes dispositions. .le vous ai, dans ma « dernière lettre, exprimé mes véritables senti-
def (/^Congre- « mcuts pour VOUS et pour toute votre com-
qntion ; lettre , f n- ,• • i i
deM.LePpie- « muuaute. Contmuez-moi le secours de vos
fier, du 'i» \ -, , , -o f • i
mors 1730. « prières (2) . » L événement justifia néanmoins la
MAliOrERITK I.E MOINE, 3' SrP. RÉÉLUE, 1731, 320
( rainte de la sœur l.o Moine. M. du Lescoat ayant été obligé d'abandonner la cure, on en chargea on effet M. Déat . au mois de février 1730 (1). (i) nerjùtre
de la paroisse
Mais, comme l'avait espéré M. Le Peletier , on devu/emane,
donna l'emploi de directeur de la Congrégation à un ecclésiastique tel que les sœurs pouvaient le souliaiter.
Ce fut M. Gilbert Favard. d'mie honorable ,. ^^' ,
M . Favard ,
fmnille d'Auvergne, quis'était dévoué à l'œuvre de '^^'àe\T^ Villemarie. pour fuir les honneurs que ses parents ^sëfvS's!"' avaient eu dessein de lui procurer en France (2). et qui , pendant près de quarante - quatre ans . ^) ^J.'^ 'J'' cp'il eut la conduite spirituelle de la Congréga- ^'■^'''' ^- ^'• tion, contrilma puissamment à y entretenir le zèle, la régularité et la ferveur. Les vertus solides que cet ecclésiastique avait pratiquées durant onze ans au séminaire de Saint -Sulpice à Paris, son zèle et ses' talents , firent juger à M. Le Peletier, en l'envoyant à Villemarie. qu'il pourrait au besoin en gouverner un jour le séminaire en qualité de supérieur. Cai^ M. de Belmont était alors cassé de vieillesse, et M. Normant duFaradon, destiné à le remplacer, avait lui-même une santé fort chancelante. Mais si. par la suite, M. Favard ne fut pas dans le cas de gouverner le séminaire comme supérieur , il sut y entretenir , jusqu'à la fin de sa longue carrière , la régularité et la fer-
veur par son exactitude ponctuelle à tous les exercices , par son zèle à s'acquitter de tous ses emplois , et par sa tendre et touchante religion envers le très -saint Sacrement . au pied duquel il passait chaque jour un temps considérable et même une partie des nuits. Il prêchait et confessait assidûment à la paroisse , visitait avec zèle les malades de la viUe et de la campagne , et versait avec joie dans le sein des pauvres les biens dont il était pourvu. Il savait encore , par de pieuses industries , associer à ses bonnes œuvres des personnes riches , et les faisait contribuer au soulagement des malheureux en leur procurant de petites douceurs dans leurs maladies , du bois pour se chauffer durant l'hiver, et d'autres sortes de secours qu'il se chargeait souvent de leur distriljuer lui-même. Pour attirer plus sûrement la bénédiction de Dieu sur les œuvres dont il était chargé et sur les âmes c|u'il avait à conduire , il exerçait encore sur son corps de rudes et frécpientes macérations. M. Montgolfier a tracé en peu de mots le plus bel éloge cju'on pût faire de M. Favard , en disant : « Que les travaux qu'il a « entrepris, les vertus qu'il a pratiquées dans
II) Catalogue '* '-^^^^ paroissc , et les exemples qu'il y a donnes ecclésias- t • . • ri /i\
tiques du se- « nes. pourraient p;isser pour incroyables (1). » Viiiemarie. Tel fut le successeur de M. Déat dans la direction
MARGUERITJi LE MOINE, 3"" SUP. RÉÉLUE, 1731. 331
spirituelle, tant des sœurs de la Congrégation que de leurs pensionnaires , durant près de quarante-quatre ans. Aussi sa mémoire est-elle encore en bénédiciion parmi elles, quoiqu'il se soit écoulé quatre-vingts ans depuis sa mort. Dans des notes qu'elles conservent sur leurs anciens directeurs , elles rendent ce témoignage à sa piété , à ses vertus et à son zèle : « Ce vénéré « Père en Dieu sacrifia sa belle , longue et sainte « vie au bonheur de notre communauté , qu'il « appelait à bon titre sienne. Tous les quinze « jours , il nous donnait une instruction sur les « devoirs de notre vocation, ou sur les princi- « paiLx points de notre sainte règle. Nous con- (i) Mémoire « servons encore précieusement cjuelques ana- .,„,. les direr-
« lySeS de ses discours (1). » Cunyréyotmi.