‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 129 sur 163 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

PREMIÈRE RÉVOLLTION DE LOUISBOL'RG, LES SOEIRS SONT TRANSPORTÉES EX FRAXCE.

Fondation

M. de Forant,

en faveur de la mission

de Louisbourg.

Lorsque la sœur Amiot fut élue supérieure de la Congrégation , M. Isaac-Louis de Forant , capitaine de vaisseau , non moins distingué par ses belles qualités que par la droiture et l'intégrité de sa conduite , était alors chargé du gouvernement de l'ile Royale. Personne n'appréciait mieux que lui les services que le pays retirait des travaiLX des sœurs de la Congrégation , et ne désirait plus vivement de rendre ferme et solide leur établissement dans cette colonie. Ayant été atteint, au mois d'avril 1740, d'une fluxion de poitrine qui, le treizième jour, ne laissa plus d'espoir de le conserver, ce jour-là, qui était le 10 mai, il fit appeler le sieur Laborde, notaire

M.vnr.rERiTE amiot, 7* sitérieire, 17iO. 3o7

du lieu, et par ses dispositions testamentaires (1), , (?) ^ '•'/«.'■ i^^

^ '■ ^ ' de 1(1 mnrnie;

il fonda, en faveur de l'établissement de la Congrégation à Louishourg- , huit places de pension-

il fonda, en faveur de l'établissement de la Con- ^''^'^^ ^f^ J^'.-

nisfre , du 29 mni 17'i0. —

naires. pour des filles d'olFiciers de Tîle Royale. 1742, "^lett'res

1 » 1 • » > potentes du

Il voulut que le gouverneur nommât lui-même a roi , du 22

août , pour les

ces places , et crue dans le cas où le nombre de ••«"'■*, ^^

^ ^ Louisbovrg.

huit pensiomiaires ne serait pas rempli , le surplus des fonds qu'il assignait pour sa fondation, retournât à la communauté des sœurs. Ce jour-là même, M. de Forant mourut fort chrétiennement ; on lui fit des funérailles proportionnées à la place qu'il occupait, et on l'inhuma dans la chapelle des casernes, par ordre de M. Bigot, commissaire de la marine , son exécuteur testamentaire (2). Le 28 du même mois, M. de Bour- ^\'%f'll'l^fl ville écrivait au ministre : « J'ai l'honneur de « vous informer de la perte considérable c{u'a « faite la colonie , par le décès de M. de Forant. « Il était fort aimé et a été regretté généralement « de tout le monde. On peut dire c|ue c'est à « juste titre , car il était très-porté pour les habi- « tants ; et il est aisé d'en juger par la fondation « qu'il a faite à sa mort, d'une rente annuelle « aux sœurs de la Congrésration de Louishourg, de la' marine-.

° ° . , letfredeM.de

« pour huit places de filles d'officiers de File Bourvuie au

-^ ^ ministre^ du

« Royale (3).» ^^maiino.

Ce digne gouverneur avait ordonné que ces Exé<:u'tion

fie pensions seraient prises à perpétuité sur la suc-

la fondation ^

M d *F nt c^^^i*^^^ ^^^'i^ laissait ; et . pour plus grande sûreté, il les avait hypothéquées sur tous ses biens. Sa seule héritière, M"* Marguerite de Forant, sa sœur, consentit avec joie à l'exécution de dispositions si religieuses; seulement, elle demanda qu'en donnant un fonds suffisant pour le paiement des huit pensions , le restant des biens de M. de Forant fût affranchi de l'hypothèque perpétuelle dont ils étaient tous chargés par cette fondation, et elle offrit 32,000 livres, dont les (1) ibid.; sœurs se contentèrent (1). En conséquence, le

lettre de M.

Bigot nu mi- { 7 Qctobre de l'année suivante 1741, M. Lartisrue

nistre. du 20 ' °

mnrsmx. fiig ^ au uom de M"' de Forant, d'une part, et les sœurs de la Congrégation de l'autre, firent une transaction par laquelle celles-ci, en acceptant les 32,000 livres, déchargèrent de toute (2) Ibid.; /e/- hypothèque les autres biens du fondateur (2).

très patentes ''

'Î"'M742 " ^^ Comme on ne trouvait pas à Louisbourg le moyen de placer ces fonds avec toutes les sûretés convenables, on prit le parti de les mettre sur le clergé de France, qui, par contrat du 1" juin 1742, assura 1.600 livres de rente annuelle à

(3) Ibid ; l'établissement de Louisbourg (3). Enfin, pour

dépêches de o \ / x

M i,^ île Roy a- ^ouuer à ces chvers arrangements toute la fer-

le, lettre du "

mLd'uQuet "^6té désirable , le roi voulut bien les confirmer rf« lerjS;?'' par des lettres patentes, le 22 août de la même

(4) Lettres „„^/p (K\ patentes. Md. aimee [^).

Les choses ayant éié ainsi terminées à la satisfaction commune de M"* de Forant et des sœurs, M. Du Ouesnel, gouverneur de Louisbourg, nomma aux places nouvellement fondées. Il fit jouir de cette faveur deux filles d'officiers, qui étaient déjà pensionnaires chez les sœurs : les demoiselles de Covagne et de Lespérance ; et il leur en adjoignit quatre autres : les demoiselles Benoît, Thierry, Lopinot et La Fresillier, les seules filles d'officiers de la colonie qui fussent en âge d'être placées à la Congrégation. Comme *''*'• il restait encore deux places à remplir, il crut d'abord qu'au défaut de filles d'officiers , il pouvait en disposer en faveur de filles d'officiers de plume (*). 11 consulta cependant le ministre sur cette interprétation ; mais ayant lu avec plus d'attention le testament , il y vit que , dans le cas où il ne se trouverait pas assez de filles d'officiers pour remplir la fondation , les places qui seraient vacantes tourneraient au profit des sœurs, pour les aider à faire les réparations utiles à la communauté : ce qui lui fit croire que l'intention du testateur avait été de favoriser

(*) On entendait par les officiers de plume, le contrôleur ^^>^ Archives de la marine; les écrivains principaux, ordinaires et autres; ^^^^". *^^apUale trésorier ; le garde des magasins (]). tion.

(1) Archives fie la marine ; lettres de M.

du Que.mel au ministre, du 27 octobre et du 15 novembre 1743.

(2) Ibid. ; lettre du minisire à M. du Quesnel. du 17 avril 1744.

Première

prise de

Louisbourg ;

les sœurs

sont transférées en France.

(3) Archives de In marine; supplique des sœurs de Louisbourg à M. de Maurepus, 1748.

[1^) Archives du se mi no ire de Soint-Su/jiice de Paris :

registre intitulé : Congrégation à Louisbourg.

seulement les officiers d'épée. tous assez mal pourvus dans la colonie (1). Le ministre lui répondit en effet : « Il ne peut pas être question « de fdles d'officiers de plume, au défaut de « filles d'officiers d'épée ; et lorscju'il n'y aura « pas un nombre suffisant de filles de cette der- « nière espèce pour remplir les huit places , il « faudra s'en tenir à la clause du testament (2).» Mais l'établissement de la Congrégation de Louisbourg ne jouit pas longtemps des bienfaits de M. de Forant. Les sœurs avaient à peine touché la première année de cette rente, et venaient d'en employer le prix en provisions pour elles et pour leurs pensionnaires, lorsque la guerre ayant éclaté entre la France et l'Angleterre , la ville fut assiégée par les colonies anglaises et capitula au mois de juin 1745. Les nouveaux maîtres de Louisbourg, qui avaient ruiné la maison des sœurs pendant le siège , firent un corps de garde de ce qui en restait ; et après avoir pillé toutes les provisions et tous les effets qu'ils y trouvèrent , sans en excepter le linge et les habits à l'usage des sœurs (3), ils mirent ces filles avec leurs pensionnaires sur des navires, aussi bien que le reste des habitants de Louisbourg. et les transportèrent en France (4). Elles arrivèrent à Rochefort le 24 du mois d'août ; de

là elles se rendirent à La Rochelle, où elles se logèrent dans l'hôpital des Orphelines, appelé de Saint-Étienne. Les émotions et les frayeurs dont elles n'avaient pu se défendre durant le siège, jointes aux privations et aux fatigues qu'elles eurent à endurer dans leur traversée , altérèrent considérablement leur santé, et l'une d'elles (1), {i) Archives

de la manne;

la sœur Saint-Placide (2), mourut peu après leur ""ppfi'i"e , iii.

^ ' -' i A Autre suppli-

arrivée en France. Comme l'hôpital des Orphe- Ximnlnniliu lines avait à peine de quoi suffire à ses propres —Tutre]lnns besoins, elles furent dans la nécessité d'y payer ' 'Jw/eV/ioùe leur pension, et de se fournir encore le bois, sur'iès^sœurs r éclairage, le blanchissage . enfin de se pourvoir '^^ '"* '^^^^' de linge, de couvertures et d'habits (3). Elles (3) ibid. comptaient payer toutes ces dépenses au moyen de la pension de 1 .500 livres que le roi leur faisait auparavant à Louisbourg ; et en efTet , après leur arrivée en France . le ministre, M. de Maurepas. avait écrit à l'intendant de la marine, à ^//JltîafSI! Rochefort, de fournir à leurs besoins, à compte J^/emè."i745 de leur pension de l'année présente (4). "o4w.

Mais ces ordres restèrent sans exécution; et, i746. quoique M. Bigot eût assuré les sœurs qu'il s'était Détresse

des sœurs

adressé pour elles au ministre . elles ne recurent dans

leur séjour à

néanmoins aucune sorte de secours. Le 18 mars La Rochelle.

malgré

de l'année suivante 1 746 , elles écrivirent direc- donuérpour tement au ministre pour lui faire connaître leur '"^^ assister.

situation ; et enfin elles réitérèrent plusieurs fois leurs instances, sans obtenir plus de satisfaction, à cause du peu de concours cfu' elles trouvaient de la part des employés subalternes. Dans leur requête à M. de Maurepas, la sœur Arnaud, dite Saint -Arsène, qui était alors leur supérieure, s'exprimait ainsi : « Les filles de la Congrégation , « établies à File Royale , par ordre du roi , pour « l'instruction des jeunes filles de cette colonie, '< ont déjà représenté plusieurs fois à Votre Gran- « deur les pressants secours dont elles ont besoin « pour subsister, sans avoir rien pu obtenir. « Votre Grandeur sait , Monseigneur, qu'elles ont « subi, par l'événement de la prise de Louis- « bourg, le sort de tous les habitants de cette « ville; et qu'après y avoir perdu la petite habi- « tation qu'elles y avaient , et tous leurs effets , « elles ont été obligées de repasser en France, « dénuées de tout , Elles ne vous feront point ici « le détail de ce cpi'elles ont eu à soufTrir pence dant le siège et dans la traversée de Louisbourg « à Rochefort. Vous pouvez. Monseigneur, vous « le représenter. Les misères qu'elles ont eu à « souffrir les ont réduites dans l'état le plus dé- « plorable, à deux doigts de la mort, par les « maladies qui en ont été les suites. N'est-il pas « bien triste pour de pauvres religieuses , éloi-

ANNE THIBIERGE, 8" SIPÉRIECRE . 1746. 363

« gnées de plus de douze cents lieues de leur com- « munaut(3 , de se trouver dans un pays étranger « sans recevoir aucun secours? De six cju' elles « étaient, la mort en a enlevé la moitié (*). Ainsi, « elles ne sont plus que trois , qui se sont retirées « à La Rochelle, chez les sœurs de l'hôpital Saint- « Etienne . où l'on a bien voulu leur donner chari- « tablement l'hospitalité. Elles se sont engagées « d'y payer leur pension, espérant de la charité et « de la bonté de Sa Majesté c[u' elle voudrait bien « la faire payer et avoir égard à leur situation. « Ces pauvres filles ne demandent simplement « que l'équivalent des rations accordées aux « autres habitants de Louisbourg, qui ont été

{•) La sœur Marguerite Trottier, dite Saint-Joseph, qui était devenue fort infirme, avait pris le parti de repasser en Canada avec la sœur Saint-Benoît , qui devait la soigner dans le voyage. Elle n'eut pas la consolation de mettre le pied sur le sol canadien, étant morte dans le navire , vis-kvis de l'île d'Orléans , et sans qu'il fût possible de la transporter a terre, pour qu'elle pût j recevoir les derniers sacrements. Elle fut inhumée k la cathédrale de Québec , dans la chapelle de Notre- Dame de Pitié, le 6 octobre 1746, elle ,, ^^f^„^oirr

était âgée de 70 k 71 ans . dont 54 avaient été consacrés au "f '^* j^^f' '^ rieures de lu

service de l'institut (1). Congrégation.

La supérieure de la Congrégation , la sœur Marguerite Amiot , dont on a parlé, mourut Tannée suivante a Ville- .j, ff^^igire marie, le 1*^ du mois d'août, âgée de 73 ans. Elle fut inhu- ^^f la paroisse

^ de i'iUemarxe,

mée le lendemain, dans la chapelle de l' Enfant-Jésus (2). 2 août Vi'-a.

(^ obligés de repasser en France. Elles se sont « déjà adressées plusieurs fois à Votre Grandeur, « sans en avoir obtenu ni réponse , ni secours : « hélas ! peut-être parce que vos ordres sur « cela n'ont pas été exécutés. S'il en était ainsi, « elles vous supplieraient d'adresser vos ordres « à M. l'abbé de l'Ile- Dieu, vicaire général du <( Canada . résidant à Paris , qui les leur enver- <( rait . afin qu'elles pussent en demander ici « elles-mêmes l'exécution aiLx personnes qui « sont chargées de ces détails. Votre intention, « Monseigneur, n'est pas de laisser périr de faim « et de besoin de pauvres filles qui ont consacré « leur temps , leurs veilles et leurs soins à rem- « plir les intentions du roi. Les habitants de la « colome de Louisbourg ont ressenti les effets de « la charité de Sa Majesté. Elles sont aussi ses « sujets ; et elles osent espérer qu'elle aura les « mêmes bontés pour elles (1). »

1747. M. Pierre de Larue, abbé de l'Ile-Dieu, dont

il est ici parlé , portait en effet un intérêt trèssincère aux sœurs de la Congrégation. Il joignit ses représentations à leur supplique ; et par ce moyen le ministre fut informé de la néghgence qu'on avait mise à les assister. De nouveaux ordres furent expédiés à Rochefort; mais ces ordres n'eurent pas plus d'effet cjue les précé-

{Vj Archives fie In marine:

ibid.

ANNE TIIIBIERGE, 8« SUPÉRIEURE, 1747. 3Go

Jeiils. Après avoir adressé pendant six mois une inullitiide de lettres sans obtenir plus de succès, i\l. de rile-Dieu écrivait au ministre , le 21 avril 1747 : « J'ai bien de la peine à m'imaginerpour- « quoi on a laissé jusqu'à présent ces bonnes « religieuses sans ressources, après les ordres « que vous avez donnés à ce sujet ; mais je m'en

. ^ . {\)Arrliives

« tiens sur cela a ma surprise , et ne porte pas iicin mm-inp;

lettredel'ubbé

« plus loin mes réflexions (1). » dei'iie-Dieu.

S'il était permis d'en faire quelqu'une , on v.

Les sœurs ,

pourrait conjecturer peut-être que les employés retirées à du srouvernement différaient d'exécuter les ordres , fefvisent

~ de retourner

du ministre , dans l'espérance de retenir pour ^"a^aS'^^ eux-mêmes les sommes destinées pour les sœurs, 'deïàVaix!" lorsque celles-ci seraient repassées dans la Nouvelle-France. Car, dès leur arrivée , M. de Maurepas avait écrit à l'intendant de la marine à Rochefort : « De faire fournir aux sœurs les se- « cours dont elles auraient besoin, jusqu'à ce « qu'on pût les renvoyer à leur communauté en « Canada (2); » et l'année 1747, on les pressa (2) ibid. ;

. flëpt^rhes de

beaucoup d'y retourner par les vaisseaux du gou- 1745 , Mtre à

^ •' ^ ^ Af. de Ricou-

vemement, sur lesquels on leur offrit le passage. "/J-jI^^'^^^^P' Mais comme la guerre persévérait toujours , et que depuis les horreurs que les sœurs avaient eues sous les yeux dans la prise de Louisbourg , elles regardaient comme le dernier des malheurs de

temhre.

tomber entre les mains des ennemis , elles refusèrent absolument de s'embarquer. « A mon « arrivée à La Rochelle , » écrivait M. Le Loutre , missioimaire de l'Acadie , à M. l'abbé de l'Ile- Dieu, « ma première visite fut chez les sœurs « de Louisbourg. J'ai fait ce que j'ai pu pour les « engager à passer la mer ; je n'y ai pas réussi ; « et elles m'ont résisté fortement. Elles ne vouw draient pas courir le risque de se faire prendre « par les Anglais. Voilà ce qui les empêche d'en- « treprendre ce voyage. A la paix qu'elles sou- « haitent de tout leur cœur, elles passeront. Si « elles restent en France , elles ne sont nuUe- .., , .. « ment attachées à ce pavs, qu'elles regardent

{\.)Arcnivcf r j y i o

Mtre"^de%' " comme uu Heu d'exil. Elles soupirent toujours

nibbédl'hie. <^ après le Canada , et elles ne mourront pas con-

1747.' "'" « tentes qu'elles ne revoient leurs sœurs (1). »

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