III- Mais la mission de Louisbourg était destinée à
Les travaux
faits éprouver toutes sortes de disgrâces. Le 7 d'oc-
à la maison ^ *-"
sont ruinés **^bre , im coup de vent des plus violents qu'on '^^ouragàn.^"^ eût resseuti de mémoire d'homme, fit dans toute la colonie des dégâts inouïs , jusque-là qu'il renversa de fond en comble tout ce qu'on avait déjà élevé du bâtiment des sœurs , brisa tous les bois , les poutres , les planches , et mit enfin tous ces matériaux dans un état de dégradation tel , qu'ils étaient tout à fait hors d'état de pouvoir servir. Par suite de ce désastre , non -seulement les sœurs furent contraintes d'abandonner leurs travaux , mais elles se virent encore dans l'impuissance de payer au négociant , dont on a parlé , les avances qu'il leur avait faites , et aux ouvriers les sommes qui leur étaient dues. « Des circonstances si fâ- « cheuses, écrivaient -elles au ministre, nous « dispensent malgré nous de continuer à recevoir
marc;, de LANGLOISERIE , \y SUPÉRIEURE, 175i. 375
« des pensionnaires et à tenir école , ayant d'ail- « leurs les plus grandes peines à subsister dans « une colonie où toutes sortes de denrées sont à « un piix excessif. Nous osons nous flatter, Mon- « seigneur, que vous serez touché de notre état « actuel, que nous ne pouvons vous peindre « aussi cruel qu'il est ; et que, pour y remédier, « vous voudrez bien obtenir de Sa Majesté « qu'elle daigne assigner chacj[ue année une « somme , jusqu'à ce que notre maison soit en- « tièrement rétablie, afin que nous puissions « satisfaire aux devoirs de notre institut, recevoir « des pensionnaires , contribuer à leur éducation « et à celle des enfants de la colonie , qui n'en « ont que trop besoin. Le bien que vous ferez en « cela, Monseigneur, sera très-grand et très- (\) Lettre des
sœurs au miif digne de vous (1). » nistre,ihid.
Malgré les promesses données à M. Le Loutre, *'^^*' et qui avaient fait espérer à M. de Pontbriant La cour
■'■ négligeant
crue des ordres allaient être donnés cette même ^•: les'aider,
i les sœurs
année pour rétablir la maison des sœurs (2) , les '^îeS^Sson^ choses persévérèrent néamnoins dans le même leurs propres état. « Je ne vous donne point de mémoire sur la
(2) Archives
« nécessité urgente de rebâtir la maison des du séminaire
deViUemane;
« sœurs de la Congrégation de Louisbourg , » {f//''^^^^'-^?
° " o ' l lie -Dieu a
écrivait l'année suivante M. l'abbé de l'Ile-Dieu f^■J^^ ^°'li\ au ministre. « M. Prévost me mande qu'il a Thon- ''"'^ "''^'
« neiir de vous en écrire. M. le comte de Ray- « mond (gouverneur de l'île Royale) est en « France , et peut vous certifier l'utilité dont ces « religieuses sont dans la colonie , et l'impossi- « bilité où elles se trouvent d'y rester, si on ne « rebâtit pas leur maison. 11 peut vous dire « même les mesures qu'elles avaient prises pour « la rétablir, sur la simple promesse de secours « qu'on leur avait annoncé de la part de la {i) Archives « cour (1). )) Malgré toutes ces instances et tant
de la marine ; ^
ieth-edeM.de (jg motifs si pressauts d'aider les sœurs, le mi-
/ lie -Dieu au J^ '
^\%avriliiu i^istre sembla les avoir entièrement oubliées ; en
sorte que par le désir qu'elles avaient de reprendre
enfin leurs fonctions , elles rebâtirent leur maison
iX) Archives à leurs propres frais (2). Elles rouvrirent en effet
du séminaire
de Saint-Sui- jg^pg classes , à la grande satisfaction de toute la
ptce de Paris ; ' ^
grfgation^X coloiiie , qui leur rendit toujours la justice qu'elles
Louibbourg. méritaient , tant pour leur conduite édifiante que
pour leur zèle à instruire toutes les jeunes filles
du pays, pensionnaires et externes.
^^^^ Mais elles ne parvinrent à se rétablir qu'en
^*^où^ces^^ s' imposant les plus dures privations, et en con-
^'^'^jette'nr"^ tractaut de nouvelles dettes ; car, à leur retour à
l6S soBurs.
La cour' Louisbourg, elles devaient encore 5,000 livres à
se propose .
de les aider. M. de Roaucourt, pour le complément du prix dJ'fa^CmgTe^ de leur maisou (3). Le gouvemeur de l'île Royale ^donnance ^d'e et l' Ordonnateur de la marine, touchés du dénù-
MAKG. DE LANGLOISERIE, d' SUPÉRIEURE, 1757. 377
ment où elles s'étaient réduites par ces construc- j'-. ''f '^,^'"''
^ l/nant , du 29
tions, écrivirent au ministre le 20 novembre ■^"'" "*^' 1 754 pour qu'il les aidât par quelque secours. Cette demande étant restée sans effet, ils écrivi- 1755. rent de nouveau l'année suivante, sans obtenir plus de succès. Enfin, comme les sœurs demandaient qu'il leur fût permis de retourner en Canada , attendu qu'elles ne pouvaient plus subsister à Louisbourg, le gouverneur et l'ordonnateur de la marine , qui désiraient beaucoup de les y retenir, écrivirent au ministre le 28 décembre de l'année 1757 : « La pauvreté des sœurs de la 1757. « Congrégation de Notre-Dame, les a forcées plu- « sieurs fois à demander leur retour en Canada , « parce qu'elles sont hors d'état de subsister et « de payer les dettes qu'elles ont contractées an- « ciennement , et depuis la reprise de possession, « pour se bâtir et pour vivre. Nous avons détaillé « leur position dans nos lettres du 20 novembre « 1754 et du 4 décembre 1755. Ces filles sont « dignes de compassion, Tvlonseigneur, pour leur « position , et elles méritent vos charités et vos « bontés par leur zèle , leur bonne conduite , et « par l'utilité dont elles sont pour l'instruction de « la jeunesse. Nous vous prions de les secourir ; « le bien que vous ferez rejaillira sur la colonie « en les y retenant , et en les mettant à portée de
{)) Archives « gV soiitenir dans leur mission (1) (*). » Des
de In marine: «^ V / \ /
rewTre'iTs?" sollicitations si pressantes émm^ent enfin le mi- 1758. nistre. Il répondit le 28 avril 1758 que, dans la triste situation où étaient les sœurs , il proposerait au roi de leur accorder une gratification, et qu'en R(^uie] "'28 attendant, il approuvait qu'on leur donnât quelque secours pour les aider à subsister (2). LouSourg ^''^^^ ^^^^ ^^ purent profiter de la gratification ^îL A^giaS^' qu'on semblait leur promettre. La guerre entre sont la France et l'Angleterre étant alors allumée
de nouveau . ,
transportées de nouveau, Louisbourg se vit attaque cette
en France.
même aimée par vingt-trois vaisseaux de guerre, dix -huit frégates et seize mille hommes de débarquement , avec une artillerie proportionnée ; et cette ville fut bientôt en proie aux horreurs du (i) Archives siéffc le plus désastreux (3). «Les boulets et les
de In marine; <j r \ /
l%'^de"M^d'e " bombes pleuvent sur la ville, écrivait M. Pré-
ïrTel'tembre " ^^^t au ministre, le 7 du mois de juillet ; nous
« y avons de blessés jusqu'à dix-huit officiers,
« quatre-vingts soldats et douze habitants, avec
« quelques morts. Une bombe a causé un affreux
« accident la nuit dernière à l'hôpital. Deux reli-
f) Le 21 mars de celte année 1757 , mourut la sœur Marie-Anne Thibierge,liuitième supérieure de la Congrégation. Elle fut inhumée le lendemain dans la chapelle de I'Enfant- Jésus.
« gieux en sont mortellement blessés , et le chi- « rurgien du bataillon des volontaires y a perdu « la vie (1). » Enfin, le 19 du même mois, les J^J^ J^'^y chefs de la marine, qui avaient le commandement JSfms. ^ de Louisbourg , jugeant qu'une plus longue résistance serait inutile, et entraînerait la ruine entière de tous ses habitants, prirent le parti de capituler; résolution qui excita l'indignation des chefs du génie et de tous les officiers des troupes de terre : jusque-là que ceux du bataillon de Cambis déchirèrent leurs drapeaux , et que les soldats à leur exemple brisèrent leurs fusils (2). Par la capi- , (2) ibid. ; tulation il fut stipulé que la garnison serait f/^g'^J'/'^j^' transportée en Angleterre, et les habitants en ^lll^tuiZion France (3). Les sœurs, après avoir donc éprouvé '^^^"''*°J7" durant le siése des alarmes et des efïrois qu'on articles de la
o T. capitulation
aurait peine à imaginer , se virent de nouveau 25 y«Sf nSs' arrachées de leur maison, avec leurs pensionnaires, et jetées sur des vaisseaux, comme à la première prise de Louisbourg.
Elles étaient au nombre de cinq : la sœur Ar- vu.
Voyage
nault, dite Saint -Arsène, supérieure ; la sœur ^^j^io^r^' Robicheaux , dite Saint- Vincent-de-Paul ; la sœur salnte-Thècie. Sainte -Thècle, et deux converses, la sœur Geneviève Henry, et la sœur Labauve. La sœur Sainte- Thècle avait été atteinte d'une grosse fièvre quatre jours avant l'embarquement. Comme elle n'était
pas en état de se mettre en mer , ses compagnes supplièrent les Anglais de leur permettre d'attendre quelque autre occasion pour leur départ. - Tout fut inutile ; il fallut céder à la force et partir sans délai. Les sœurs eurent à endurer sur le vaisseau tout ce qu'on peut imaginer de gêne , de privations et de souffrances : étant pressées jusqu'à n'avoir pas de place pour se coucher; et, ce qui les navrait de douleur, manquant de tout pour procurer quelque soulagement à leur chère malade. Aussi la sœur Sainte -Thècle ne put résister longtemps contre la violence du mal et les fatigues accablantes d'une telle traversée. Elle mourut entre les bras de ses compagnes, dix jours après le départ. Sa mort fut plus déchirante encore pour ses sœurs que ne l'avaient été toutes les horreurs du siège ; mais surtout elles furent comme inconsolables , lorsqu'elles virent le corps {i) Archives de la défuute jeté à la mer par les Anglais (1).
de In Congre- ^ ^
gation: lettre Amvées en Frauce, elles allèrent reprendre, a
de la sœur Ar-
nmdt à la su- l'hôpital de La Rochelle, l'asile qu'elles y avaient
pe'neure, du ^
11 févr. 1759. trouvé précédemment ; et là elles reçurent fort à propos une lettre de consolation que leur écrivait leur supérieure de Villemarie.
État dessœurs " ^^ "^^ P^"^ ^'^"^ exprimer, lui répondait la Louisbourg, « sœur Arnault, le 11 février 1759, combien je à la Rochelle. « suis recoiuiaissante de la lettre que vous
« m'avez fait Tlionneiir de m'écrire dans un Leur crainte
pour
« temps où Je ne devais pas espérer cette conso- ^JJ cS"
« latiun. Il m'est impossible de pouvoir vous
« faire le détail des peines et des croix qu'il m'a
« fallu essuyer depuis dix -huit mois. Je ne com-
« prends pas moi-même d'où vient que notre
« aimable Sauveur ne met pas fin à ma chétive
« vie, après tant de frayeurs et de misères que
« cette guerre cruelle nous fait expérimenter.
« Rien de tout cela, ma chère mère, ne m'a été
« aussi sensible que la douleur que j'ai eue en
« perdant une de mes chères compagnes, ma
« sœur Saint e-Tliècle , dix jours après notre em-
« barquement. J'ai eu la douleur de la voir jetée
« à la mer. Cette mort m'a plongée dans un
« état de peine dont je ne puis sortir. Je recom-
« mande cette chère sœur à vos saintes prières.
« Nous sommes à l'hôpital Saint-Étienne de La
« Rochelle, où j'avais demeuré pendant la giierre
« ci-devant. Ces demoiselles nous ont reçues avec
« bien des marques de leur grande charité. Nous
« y sonmies très -bien , elles n'épargnent rien
« pour adoucir nos peines. Mais, ma chère mère,
« nous ressentons bien que nous ne sommes pas
« dans notre centre. Je me confie dans la divine
« Providence, qui ne nous a jamais manqué,
« quoique nous ayons tout perdu dans notre
« mission de Louisbourg. Les Anglais ont eu
« l'avantage de trouver notre maison toute gar-
« nie , car nous n'avons emporté avec nous que
. « quelques coffres. Dieu soit béni de tout ! volon-
« tiers je lui en ai fait le sacrifice. Jamais il ne
c( s'est vu un siège si cruel que celui d'où nous
« sommes sorties : je ne puis y penser sans être
« encore dans la frayeur; et ce qui augmente
« notre peine, c'est de penser combien notre
« cher Canada est en danger de subir un tel sort .
« Tout ce que nous entendons dire à ce sujet
« nous afflige. Mais Dieu donnera , je l'espère ,
« du secours; la sainte Vierge ne souffrira pas
« que nos ennemis détruisent ses temples et abo-
« lissent la dévotion qu'on a pour cette sainte
{\) Archives « mère (l). » A l'hôpital Saint -Etienne, les
de la Congre- \ J f 7
gation. sŒurs cureut pendant quelque temps plusieurs
de lem's pensionnaires de Louisbourg, qu'elles
continuaient à instruire autant que les circon-
du sémlialZ stauces pouvaieut le permettre. Car la rente de
pice; registre: 1,600 Hvres proveuaut de la fondation de M. de
Congrégation „ , , . . r /c\\
deLùuisbourg Foraut leur était toujours exactement payée (z).
ANGÉLIQUE AiNGER, 10« SUPÉRIEURE, 1758. 383