‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 134 sur 163 · La sœur Saint - Arsène , dans la lettre qu'elle · texte numérisé non relu

La sœur Saint - Arsène , dans la lettre qu'elle

Les sœurs

de Québec, écrivait Cette année à la supérieure de la Congré-

d'Orléans

et de la

Pointe-aux

gation , craignait pour le Canada les désastres Trembles^ que venait d'éprouver Louisbourg. Ses craintes ^"^ de fuh?'^*^'' «e furent que trop justifiées par l'événement.

ANGÉLIQUE ANGER , iO« SUPÉRIEURE, '1759. 38")

Dans le courant de la même année , les Anglais lirent en effet le siège de Québec , et minèrent [tresque entièrement cette ville par le feu d'une artillerie la plus formidable cju'on eût encore vue en Canada. Les sœurs de la Congrégation avaient une mission à Québec, une autre dans l'île d'Orléans, une troisième à Château -Ricber, et enfin une cjuatrième à la paroisse de Saint-François-de- Sales de la Pointe -aux -Trembles, établie l'année 1713. Comme les sœurs des trois premières missions étaient plus exposées aux horreurs de cette guerre, M. de Pontbriant , pendant le siège de Québec , jugea qu'elles devaient se retirer à Villemarie ; et la suite fit voir combien cette précaution était sage : car la maison des sœurs à Québec fut incendiée par le feu des ennemis, ainsi que celle de Château-Richer. Dans sa fuite, l'une des sœurs de l'île d'Orléans passa par la Pointe-aux-Trembles , où elle fut reçue dans la maison de la Congrégation par les deux sœurs qui dirigeaient alors la mission de cette paroisse, et dont l'une était la sœur Elisabeth Parent, dite Sainte- Agnès. Un certain nombre de filles et de femmes s'étaient aussi réfugiées dans cette maison pour se mettre à l'abri des insultes des soldats, et y avaient apporté leurs effets les plus précieux. Mais la ville de Québec s' étant rendue aux II. 25

Anglais , et les troupes françaises et les sauvages

s'étant retirés à la Pointe-aux-Trembles , dès ce

moment il n'y eut plus de sécurité pour les sœurs

- à demeurer dans cette paroisse , à cause des ten-

(1) Mémoire

particulier tatives coutinuelles que Fennemi faisait pour s'en

sur la Congrégation, emparer (1).

, l'- . Les Andais réussirent enfin à y faire une des-

La mission o J

^^' Tremblés ^^^^^'i î^s envahirent la maison de la Congré-

aux

Tasœur' gation, et pillèrent tous les effets cpi'ils y trouvè-

Sainte- Agnès . . x j ^ t i

et ses rent , tant ceux des sœurs que les autres qu on y

pensionnaires . . i , * ti - i-rr" -i t»

sont prises avait iiiis en dépôt. 11 serait dimcile d exprimer

par

les ennemis les sentiments d'effroi dont les sœurs furent saisies à l'arrivée des ennemis. La compagne de la sœur Sainte-Agnès s'enfuit aussitôt dans les bois, se dirigea vers Québec et se rendit à Sainte-Foi ; et celle qui était venue de la mission de l'Ile d'Orléans, prit pareillement la fuite dans les bois, sans songer au danger auquel elle s'exposait. Il ne resta à la mission que la sœur Sainte-Agnès , qui ne put se résoudre à abandonner les pensionnaires au nombre de huit , qui lui restaient encore. Elle fut prise avec ses élèves, ainsi que les femmes et les filles qui s'étaient réfugiées dans la maison , et toutes furent conduites sur le vaisseau amiral. Ces jeunes pensionnaires, effrayées autant qu'on pouvait l'être dans une telle extrémité , se pressaient , les larmes aux

ANGÉLIQUE ANGER , 10* SUPÉRIEHRE, ITaO. 387

yeux , autour de la sœur Sainte-Agnès : ce qui fit croire d'abord aux ofTiciers anglais que cette sœur était la mère de ces enfants. Mais ayant bientôt appris que c'était une sœur de la Congrégation, et que ces jeunes demoiselles, qui lui témoignaient tant d'affection , lui avaient été confiées par leurs parents pour les élever, ils eurent pour elle toutes sortes d'attentions et de respect. Un soldat se permit néanmoins de couper le cordon de la croix d'argent qu'elle portait sur sa poitrine , selon l'usage de l'institut , et de la lui enlever. Parmi les prisonniers qu'on conduisait avec eUes, se trouvait un jésuite , le Père Labrosse ; il s'efforça de les rassurer toutes; et enfin le lendemain

(1) Mémoire

on les débaimia à Jaccrues-Cartier, par l'ordre du particulier

^ ^ ' ^ sur la Con-

général Wolf ( 1 ) . grégution.

La sœur missionnaire de l'île d'Orléans, qui ^}^^^ avait pris la fuite dans les bois à l'approche des ^^dVnie'^^

. 1 . .. . ?■> 1 r j d'Orléans

Anglais , continua sa course jusqu a la tin du protégée jour, sans savoir où elle allait. Lorsque la nuit interruption

. . • , -, de la mission

fut venue , elle entra dans de vives inquiétudes , ae la Pointe-

aux-Trembles.

se voyant seule , et exposée à tomber entre les mains des soldats , répandus de tous côtés , qui faisaient sans cesse la ronde. Comme elle se recommandait instamment à Dieu dans une si triste situation, elle aperçut, près de la rivière, une guérite, et vit un soldat qui, s' approchant d'elle.

lui dit avec bonté : « Ma sœur , vous êtes en grand « danger d'être prise par les ennemis : entrez « dans ma guérite. Ne craignez rien, je veillerai c( dehors et vous garderai. » Sans délibérer sur le parti cpi'elle avait à prendre , elle se mit dans la guérite , et y passa toute la nuit en prière. Dès que le jour commençait à poindre , l'inconnu qui l'avait si bien accueillie lui dit avec assurance : « Ma sœur, vous pouvez maintenant aller « à votre couvent ; prenez cette route qui vous y « conduira. » Elle se mit aussitôt en marche pour la Poinie-aux-Trembles , en remerciant Dieu de la protection qu'il venait de lui accorder ; et sa reconnaissance était d'autant plus vive , que cette bonne sœur demeura toujours convaincue que cet inconnu n'était autre que son ange gardien. Elle arriva ainsi heureusement à la maison de la Congrégation , où l'autre sœur qui avait pris la fuite se rendit aussi de son côté. Enfin, la sœur Sainte-Agnès y revint elle-même avec ses pensionnaires, et eut la consolation d'y retrouver ses deiLx compagnes.

La sœur missionnaire de l'ile d'Orléans, considérant alors que, sur l'ordre de M. de Pontbriant, elle était partie précipitamment de cette mission, sans songer à mettre en lieu sur ce qu'elle y laissait de plus précieux, prit la résolution d'y retour-

lier. Elle quitta donc ses deux compagnes de la Point e-aux-Trembles , dans Fespérance de venir les rejoindre bientôt. Mais, pendant son absence, celles-ci reçurent ordre de leur évèque d'abandonner leur mission aiLx soins de la divine Providence et de se retirer à Villemarie. A son retour, l'autre , ne les trouvant plus à la Pointeaux-Trembles , s'arrêta chez les sœurs de Champlain ; elle y demeura depuis le mois d'octobre de cette année 1759 , jusqu'au mois de janvier de l'année suivante , et alla rejoindre

(1) Mémoire

alors ses compagnes à la communauté de Ville- particulier

^ ^ sur la Con~

marie (1). yrégoUon.

M. de Pontbriant s'était retiré lui-même dans „ }]^\, ^

Mort de M. de

cette ville, où se trouvaient réunies un grand ^°£'arie nombre de personnes qui avaient fui à l'appro- au?Angiais. che des Anglais. Ce prélat ne put sur^dvre à tant de désastres : il mourut au séminaire de Saint- Sulpice, le 8 du mois de juin 1760 , et sa mort, jointe à la perspective de la domination britannique dans tout le Canada , qu'on regardait comme inévitable , plongea tous les vrais enfants de l'Église dans la plus amère douleur. M. Jollivet, curé d'office, daus l'oraison funèbre de M. de Pontbriant , qu'il prononça le 25 du même mois , ne dissimida pas la crainte oii cbacim était de voir la religion catholique s'éteindre dans le

pays. « Pleurez, infortunée colonie , s'écriait-il ; « pleurez , parce que , le pasteur frappé , vous « avez tout lieu de craindre de voir bientôt le « troupeau dispersé, et d'être comme des brebis « errantes , sans pasteur et sans guide , exposées « à la fureur des loups. Pleurez, terres fécondes « en fruits de grâce et de salut ; pleurez dans la « crainte de voir bientôt le froment des élus ra- « vagé par les incursions des méchants, ou étouffé « par l'ivraie que l'homme ennemi y fera croître « en abondance ; » et s' adressant aux sœurs de la Congrégation présentes à ce discours : « Pleu- « rez , vierges sages , consacrées à Dieu , pleurez « la perte de la \igne qui donnait à vos âmes ce « vin délicieux, qui entretenait la ferveur parmi « vous , et y faisait germer la grâce et la pureté (\) Archives « virglualo (1).» Eufiu, comme on l'avait craint,

du séminaire rit»'

deviiiemarie. la ville de Montréal fut mvestie par les troupes anglaises , et se vit contrainte de se rendre aux vainqueurs le 8 du mois de septembre de la Jlt«Sre! même année 1760 (2).

1761. Cette révolution, qui fit passer le Canada sous

Rétabiilsement la domination de l'Angleterre, n'eut pas cepen-

des missions ^^^^ ^^^ j^ religion les suites qu'on avait appré-

Trembies, heudées. Il est vrai que M. Murray, qui comman-

et de rile . > --x n < t n

d'Orléans, dait pour le roi a Québec , reçut ordre a amener par degré les Canadiens à professer la religion pro-

testante, et, clans cette vue, d'établir des écoles, afin d'y faire élever les enfants dans les principes de cette religion. Mais la conquête sembla n'avoir servi au contraire qu'à rendre les Canadiens plus attachés à la foi catholique; et d'ailleurs la conduite des officiers du gouvernement fut plus modérée qu'on n'avait osé l'espérer d'abord. Les sœurs de Villemarie, et toutes celles des autres missions de la Congrégation , demeurèrent dans leurs résidences, continuant à exercer comme auparavant leurs fonctions. Bien plus, quoique la maison de la Congrégation de la Pointe-aux-Treml3les de Québec fût occupée depuis deux ans parles troupes anglaises, M. Murray, sur la demande des habitants de cette paroisse , ordonna en 1761 de la rendre aux sœurs, pour qu'elles y donnassent comme précédemment l'instruction aux jeunes filles du pays. Il permit aussi qu'on rétablit la mission de l'île d'Orléans , interrompue depuis le siège. Les sœurs Saint - Etienne et Saint-Ignace furent envoyées à cette dernière mission ; et on chargea de celle de la Pointe -aiLX- Trembles les sœurs Sainte -Hélène et Sainte-Rose. La mission de Château-Richer, dont le bâtiment avait été incendié pendant la guerre, ne fut plus rétablie depuis (1). Mais la Congre- ^ÏÏSSr

.. 1 r 1 , L 1 ±± sur'' la Con-

gation se dédommagea avantageusement de cette yregath».

perte par rétablissement qu'elle fit en 1 7(53 ,

avec l'agrément de M. Murray, d'mie nouvelle

mission à la paroisse de Saint -François de la

Rivière du Sud.

1763. ]yi. Pierre-Laurent Bédard, crui en était curé,

Commence- avait offert Dour les sœurs mie petite maison

ment ^ ^ ^ . ^

de la mission assez éloiffuée de l'éfflise , et qui avait servi de

de Samt- ^ o ^ i

dc^ia^R?ïïére pr^sbytère . Quoiqu'il ne put assurer encore audun du Sud. revenu pour les y faire subsister , la sœur deLaiigloiserie, qui venait d'être réélue supérieure (*), nomma les sœurs Sainte-Hélène et Sainte -Scholastique pour aller fonder cette nouvelle mission ; et en les envoyant le 30 août de cette année, elle leur remit la lettre suivante, adressée à M. Bédard. « Voilà enfin vos pieiLx: désirs accomplis. « Nos deux chères sœurs qui vous présenteront « cette lettre, vous assureront avec combien de « satisfaction nous nous prêtons à la bonne « œuvre que vous avez si fort à cœur. Nous vous « sommes très- obligées, Monsieur, des peines « que vous vous êtes données pour nous pro- « curer un établissement dans cette paroisse , où « nous pouvons facilement exercer les fonctions

(*) La sœur Angélique AuKer, 10* supérieure de la Coii-

(1) Registres ^ ' " ' ^ ^ ,, ■ ^-r-

de la paroisse grégatioD , mourul le 28 avril 1766 , âgée d environ ob ans ,

29 amT^Tm ' et fut inhumée le 29 dans la chapelle de I'Entant-Jésis (1).

MARC. DE LANGLOISERIE, 0" SUP. RÉÉLUE, 17Gi. 303

« de notre étal. Quelle joie intérieure ne doivent « pas ressentir celles que Dieu a choisies pour « commencer cette mission, où je crois cpi'il y a « de grands biens à faire ! Sous votre conduite , « Monsieur , que ne dois-je pas espérer de leur « ferveur? J'ose me flatter que votre bonté ne « leur refusera pas les avis qui leur sont néces- « saires. Munies de ce charitable secours , j'ai « lieu de croire que dans cette nouvelle mission. « Dieu sera connu , aimé et servi avec fidélité.

« Quoique nous devions nous abandonner à « la divine Providence, je vous avoue cepen- <(. dant que je suis un peu inquiète de leur petit « temporel , pour cette première année. Nous « leur avons fourni ce qui leur était absolument « nécessaire , selon notre petit pouvoir. Dans les « malheureuses années où nous sommes, nous « avons nous-mêmes bien de la peine à vivre ; « mais nous aimons mieux nous endetter , que « de laisser nos chères sœurs dans une trop « grande indigence. J'espère que le Seigneur. « touché de notre situation, ne nous abandon- {i)Ardni-es

de la Congré-

« nera pas (1).» gation.

Dieu fut en effet le soutien invisible de ce nou- vu."

. Construction

vel établissement. Il mspira au curé du lieu, aux de la maison

des sœurs

sœurs de la Congrésration et à tous les habitants ^^ saint-

^ ^ François-

une si parfaite confiance en sa Providence, que,

de la Rivière du Sud.

malgré le malheur des temps , ils résolm'ent, dès Tamiée suivante , de construire une maison spacieuse, plus appropriée que ne l'était la première aux besoins de la mission. Dans ce dessein, les sœurs acquirent , le 3 mai 1 764, du sieur Joseph- Maurice et de Marie -Josèphe Boutin, son épouse, un terrain proche du nouveau presbytère, en s' obligeant, envers les vendeurs, à faire célébrer annuellement une messe basse à leur intention , le jour de Saint-Joseph ; comme aussi à les remettre en possession du terrain, si la mission {\) Archives vcuait à être abandonnée par elles (1). On creusa

r/e l'nrrhevé- in-iPi i ^ r -\- c

rhé de Québec; saus délai les toudemeiits du nouvel editice, dont

remarques

sur les mis- M. Bédard posa la première pierre le 28 du

sions.

même mois. Comme cette maison devait avoir quatre-vingts pieds de façade sur trente de profondeur, et qu'on était presque dépourvu de matériaux pour la commencer , on y employa d'abord ceiLx de l'ancien presbytère, que les sœurs évacuèrent , pour aller occuper avec leurs pensionnaires une partie du nouveau, afin de donner de là leurs soins à la bâtisse. On y travailla avec tant de diHgence, et les matériaux arrivèrent si à propos à mesure qu'on en avait besoin, que la maison fut achevée au mois d'août de la même année; et que M. Favard, confesseur de la Congrégation, et vice-supérieur du

MARC. DE LAXGLOISERIE , 9" SUr. RÉÉLUE , 1764. 39r>

séminaire en Tabsence de M. Montgolfior, alors en France , en fit la bénédiction , le 3 1 du même mois, à la grande satisfaction de toute la paroisse. Il est vrai c^ue les sœurs Sainte-Hélène et Sainte- Scholastique , comme dignes filles de la sœur Bourgeoys, mirent elles-mêmes la main à l'œuvre, l'allés travaillèrent à latter et à calfater l'intérieur et l'extérieur de la maison , comme auraient pu le faire deux bons ouvriers , prenant même sur leur sommeil une partie du temps c[u' elles employaient à cet ouvrage. Bien plus, elles entreprirent d'aplanir le chemin , arrachant de leurs mains les souches et les troncs d'arbres , minant encore d'énormes rochers cjui masquaient la façade de la maison ; et un tel dévouement de leur part excita l'émulation de plusieurs habitants, qui voulurent contribuer par le travail de leurs mains à l'avancement d'un ouvrage si utile à tout le pays (1). La maison étant ainsi (i) Mémoire

i «J ^ ' particulier

achevée, M. Bédard la donna aux sœurs de la ^arçnntion^^^' Congrégation , avec une certaine étendue de terre , pour tout le temps que la mission subsisterait à la paroisse de Saint-François ; et il ajouta dans le contrat de cette donation, du 20 octobre 1766, qu'en cas que la mission vînt à être abolie, le tout retournerait de plein droit à l'égHse et à la fabrique du lieu. Enfin, le 10 janvier de

de^Varchei^ê- ^'^^^^ Suivante, les sœurs acquirent un morceau '^rclnm^!^' ^^ ^^^^^^^ ^^ sieur Jeau-Baptiste Danduran . et un Tionl"" """ autre en 1769(1).

vm. La conquête du Canada par les Anglais devait

^'^ du'La?" apporter quelque changement dans la mission que

la cou'quêto. ^^^ sŒurs dirigeaient au lac des Deux- Montagnes,

"d?*^' et qui , depuis son origine , avait été soutenue au

M. de Terlay. ,, -n- ^r,/^/^T i

moyen de la gratilication de 3,000 livres que le roi de France faisait chaque année pour cet objet. Cette gratification fut en effet supprimée sans retour, ainsi que celle que le séminaire recevait auparavant. La mission des prêtres de Saint- Sulpice persévéra néanmoins après la conquête , quoique la seigneurie du Lac ne produisit rien alors , et que les terres fussent presque aussi incultes et désertes qu'elles l'étaient lorsqu'on les donna au séminaire. La Providence pourvut aux besoins de cette œuvre par les Hbéralités de quelques-uns des missionnaires, spécialement par celles de M. Margon de Terlay, qui fournit généreusement à la subsistance des sœurs, jusqu'à ce que le séminaire leur eût assuré un revenu {%) Mémoire fixe (2), commc uous le dirons dans la suite. Les

particulier

sur la Con- sœurs de cette mission continuaient à inspirer aux

grei/atiOH. ^

filles sauvages l'amour de la vertu et l'attachement sincère à la religion cathoUque. Un trait qui leur fait trop d'honneur pour le passer ici

MAUG. DE LANGLOISERIE , 9" SUP. RÉÉLUE, 1704. 307

SOUS silence, ce fut la mort édifiante d'une de leurs anciennes élèves, appelée Marie Gagouiracs, de la nation des Tétes-Plates. Elle était pour tout le village un modèle de piété , et surtout de charité envers les malheureux , sa maison étant le refuge ordinaire des infirmes, des malades et des orphelins. Pendant sa dernière maladie elle en avait six auprès d'elle, à cjui elle céda toutes ses nattes, juscpi a n'avoir pour elle-même que la plate terre pour lit. Environ une heure avant sa mort , voyant qu'un jeune homme goyogoin, âgé d'environ dix -huit ans, qu'elle avait reçu par charité, était à l'extrémité, elle se fit traîner auprès de lui; et là, assise par terre, et appuyée sur la natte du mourant, elle se mit à l'exhorter à la mort , avec un zèle et une ferveur admirables. M. Mathevet, l'un des missionnaires, entra dans ce moment. Touché de compassion pour cette pauvre sauvagesse, qui avait déjà elle-même la mort sur les lèvres , il la fit remettre à sa place ; et, après qu'on eut fermé les yeux à ce jeune homme, baptisé seulement depuis quelques jours, il fit les prières de la recommandation de l'âme à la sauvagesse , qui bientôt après rendit son âme à Dieu. Elle laissa sa maison pour les sauvages nouvellement convertis qui pourraient en avoir besoin , et chargea les missiomiaires de

Étatd

398 HISTOIRE DE LA C0NGBÉ6ATI0N. — CH. XTIF.

(1) Registre la destiner à cet usaffe (1). Ces nouveaux con-

de la rnissiùii ^ ^

Deux-MontZ ^ertls étaient des sauvages païens , qui venaient yne^'^.]9mars ^^ ^^^^^ instruire au lac des Deux -Montagnes,

comme aussi ceux c{ui abjuraient les erreurs de la secte anglicane , dans laquelle ils avaient été élevés. Quelques mois après la mort de Marie Gagouiracs, M. de Lagarde, l'mi des missionnaires, reçut l'abjuration d'un Asrnié , élevé dans

(2) Ibid .16 ' * J O '

août 1761. cette secte, et qui fut nommé Laurent (2).

Nous avons raconté que les sœurs de Louises^ sœurs ijQurg, transférées en France après la prise de retirée? ' Cette ville , s'étaient retirées à l'hôpital Saint- Mort Etienne de La Rochelle. C'étaient la sœur Arnault,

de la sœur t • . o • ty

Arnault. dite Saiiit-Arsène, la sœur Samt-Vmcent. et deux sœurs converses, la sœur Sainte-Geneviève et une autre qui mourut peu après leur arrivée. Par le crédit de M. l'abbé de l'Ile-Dieu, la cour leur faisait à chacune mie pension annuelle de 250 livres. Elles n'auraient pu subsister avec ce faible secours, si elles n'avaient pas eu pour y suppléer li) Archives ^^ reutc de M. de Forant, qui leur fut toujours 'lltion!''ieth'e exactement payée chaque année par le clergé de Dieii. du n France (3). Car, à l'hôpital de La Rochelle, elles u)Arch'ives domiaieut 300 livres chacune pour leur logement de st!int^-st7- ^t leur nourriture, sans compter encore les frais ^e'gisù-e :%on- àe chauffage , d'éclairage et d'entretien, qui Louisbourg. étaient à leur charge (4). Outre la rente de M. de

MARG. DE LANGLOISERIE, 9' SU P. KÉÉLl'E , ITG"). 39^»

Forant, elles toiicUaient aussi la petite rente de cent livres que le duc d'Orléans leur avait laissée. On voit par une supplique de ces bonnes sœurs qu'afin de se rendre utiles dans le lieu de leur exil, elles avaient offert de passer à Belle -Ile en mer, et partout où on aurait voulu les envoyer, pour procurer l'instruction aux enfants, et même les secours corporels aux malades (1). Mais la (i) ibid ;

^ ^ ^ ^ placet à M.

mort de la supérieure, lasœurArnault, qui arriva Berryer ,ni-

'■ •*■ nisfre de la

dans ces circonstances , n'aurait guère permis "'^"'«^• de mettre ce projet à exécution. Elle mourut à l'hôpital de Saint-Etienne, le 5 juillet 1 764, âgée de soixante-cinq ans, après avoir passé quaranteneuf ans en religion, et fut inhumée le lendemain, dans le cimetière de la paroisse de Saint -Barthélemi de La Rochelle (2) (*). 11 ne resta donc (2) Archives

de la Congre'-

plus de la conununauté de Louisbourg que la gation. sœur Robicheaux dite Saint -Vincent, et la sœur converse dite Sainte -Gene\dève. Comme il était nécessaire que cette communauté fût représentée par une supérieure , pour recevoir les gratifications qu'on lui avait faites juscjue alors , et que , d'un

(*) Marie-Marguerite-Daniel Arnault, tille de M. Arnaull,

négociant, et de dame Callieiine Tnileau , était née à Ville- (Jiaifociieife.

marie, oîi elle était entrée à la communauté de la Congre- paroisse Saint-

galion, a l'âge de i6 ans [i). juillet nea.

autre côté, il était impossible de faire une élection , puisc[u'il ne restait plus que deux sœurs , M. l'abbé de l'Ile-Dieu, comme vicaire général de Canada, muni des pouvoirs du chapitre, le siège vacant, nomma la sœur Saint -Vincent supérieure, le 13 juillet suivant, et l'autorisa à signer en cette qualité les quittances d'usage, pour toucher le petit revenu dû aux sœurs de

{l)Arc/uves ^ '-

du séminaire Louisbour^T, et les aratifications qu'on avait courte Saint-Sul- o 7 o x

^^egish-e!'S)n- ^^^^^^ ^^ ^^^^ faire. Enfin il leur donna l'abbé de

Lcfuisbourg.*^^ Genues pour supérieur (1).

,^v^ La sœur de Langloiserie , ayant appris la mort

riie'^Dieu ^^ l'^ s*^^' Arnault, écrivit à la sœur Saint-Vin-

Robicifeàux ceut de repasser en Canada, attendu qu'il n'y

son départ avait plus d'espérauce pour elle de retourner

le Canada, jamais à Louisbourg, après le traité cpii venait

Elle meurt

à La Rochelle, d'être couclu entre la France et 1 Angleterre. Elle écrivit aussi à M. l'abbé de l'Ile-Dieu , pour qu'il hâtât le départ de cette sœur. « Vous n'êtes pas la a seule qui désiriez le retour de la chère sœur « Saint- Vincent dans votre maison, lui répondit « l'abbé de l'Ile-Dieu ; elle le désire aussi beau- « coup elle-même. Mais comment risquer une « pareille traversée pour une fille seule ? Quand « elle mènerait avec elle sa chère sœur- donnée, « cela ne ferait que doubler la dépense, sans « rien diminuer des risques qu'elles auraient à

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