‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 163 sur 163 · II · texte numérisé non relu

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« grâces. De cette surabondance , elle répand ses

« faveurs sur les personnes qui s'exercent aux

« vertus qu'elle a praticpiées pour établir et for-

« tifier TÉglise; et elle les fait découler aussi

« sur cette petite troupe de filles qu'elle a choi-

« sies pour former de bonnes chrétiennes dans

« ce pays qui lui est consacré. »

{5;. Cette confiance ferme de la sœur Bourgeoys et

chrétienne ^^ ses couipagues , a été justifiée de la manière

la ' la plus incontestable par l'événement. La Con-

Congrégation . ^ ^, , ^ • ^ r •

a retracé grégation , eu se vouant a 1 éducation chrétienne

la vie de zèle

de Marie, de la jeuuesse , a retracé le zèle que la très-sainte Vierge avait fait paraître pour établir et fortifier l'Eglise, et elle n'a cessé de rendre jusqu'ici à celle du Canada les services les plus importants. S'il est vrai, comme les saints docteurs l'assurent, et comme l'expérience le montre, que la piété envers Marie est le moyen dont la Providence se sert pour attirer les âmes au bien ; et si l'on voit tous les jours que celles qui se donnent au service de Dieu commencent par aimer cette di\-ine Mère, quelle influence la Congrégation n'a-t-elle pas exercée jusqu'ici , puisqu'elle n'a cessé d'inspirer aux enfants cette dévotion? Ce fut toute l'ambition de la sœur Bourgeoys de la porter dans les cœurs ; et Dieu montra que telle était la vocation de sa servante , en procurant par elle la

construction de la première église qui ait été dédiée à Marie dans l'île de Montréal, monument qui n'a cessé d'être d'âge en âge comme un aliment à cette dévotion singulière, dont on y a toujours fait profession. Ce que cette digne fondatrice lit pendant tout le cours de sa vie avec tant de succès et d'avantage pour la religion , ses filles n'ont cessé de le continuer depuis ; et en se répandant en tant de missions et en formant un si grand nombre de mères de famille , leur zèle a eu l'influence la plus étendue. C'est ce qu'on a vu par V Histoire de la Congrégation, et par cette suite imposante de témoignages honorables que lui ont donnés les évéques, les ecclésiastiques, les religieux, les gouverneurs, les intendants, les historiens, les voyageurs. Il n'y a jamais eu qu'une seule voix sur cette société. Tous en ont parlé avec estime, avec éloge; tous l'ont louée à l'envi comme l'institution la plus utile à la société et à la religion ; et aujourd'hui encore , elle est le plus ferme soutien de l'Église de Canada par l'éducation religieuse qu'elle donne à près de cinq mille filles, de toutes les conditions, qui fréquentent habituellement ses écoles.

Cette dévotion ne contribue pas seulement à donner aux élèves catholiques de la Congrégation

l'amour de la piété (*), et à les ailerniir dans rattachement à la foi de leurs pères ; elle est encore le moyen dont la bonté divine se sert pour ramener à l'Église plusieurs de celles qui appartiennent à des familles encore privées du bienfait de la foi. Presque tous les ans, les sœurs de Villemarie ont la consolation d'en voir qui abjurent l'erreur, et qui ensuite ne servent pas peu, par leur conduite édifiante dans le monde, à dissiper les préjugés de leurs anciens coreligionnaires contre Ifes catholitjues. Il arrive même que des pensionnaires protestantes, ainsi touchées de la grâce, deviennent l'instrument de la conversion de leurs parents, et qu'on voit dans la

(*) Nous rapiiellerons ici une cérémonie édifiante qui eut lieu, il y a quelques années^ k l'église de Notre-Dame de Bon-Secours. Le 2i mai 1848, toute la communauté des sœurs se rendit en pèlerinage avec les élèves du pensionnat, pour y renouveler leur consécration à la très- sainte Vierge et lui olTrir un cœur d'argent. La présidente des enfants de Marie, qui portait le cœur sur un coussin de soie bleue, et quatre enfants qui en soutenaient les rubans, représentèrent toutes les pensionnaires. La communauté des sœurs fut représentée de son côté par la supérieure , l'assistante et la maîtresse des novices. Celles-ci suivirent les enfants jusque aux pieds de Mgr l'évêque de Montréal, a qui elles remirent leur otTrande ; ce prélat , qui voulut olVrir dans cette occasion le saint sacrifice pour elles, leur adressa une louchante exhortation.

CONCLUSION. Sn

chapelle de la Congrégation des pères et des mères être solennellement réconciliés à l'Ëglise, et recevoir de concert avec leurs filles les sacrements de Baptême, de Confirmation et d'Eucharistie.

Enfin , la dévotion envers Marie que les filles de la sœur Bourgeoys sont chargées par état de répandre dans la colonie, devient aussi un moyen dont elles se servent pour inspirer efficacement à leurs jeunes élèves l'amour des œuvres de charité, et leur en faire contracter l'heureuse habitude dès l'enfance ; et, en terminant cet ouvrage, nous raconterons ici, pour l'édification de nos lecteurs, une circonstance touchante dont nous avons été nous-même témoin.

Le jour anniversaire de la mort précieuse de la sœur Bourgeoys, qui a toujours été une fête de famille pour la Congrégation, donne Ueu chaque année à une réunion des plus intéressantes et des plus pieuses tout ensemble, qui semble faire revivre parmi les élèves du pensionnat la charité des premiers chrétiens. Plusieurs mois avant ce jour, les pensionnaires emploient les heures de leur travail manuel à faire chacune un trousseau d'hiver, qu'elles destinent à autant de petites filles pauvres des écoles externes. Au jour marqué pour cette distribution , les unes et les autres , ainsi qu'un grand nombre de parents

et d'autres personnes invitées, se réunissent dans la vaste salle de communauté des sœurs, où tous les objets destinés à être distribués se trouvent placés au pied de la statue de Marie. Après divers exercices propres à intéresser l'assemblée , et à augmenter la joie de cette pieuse fête, les pensionnaires s'avancent sur deux files, chacune conduisant par la main l'enfant pauvre qu'elle a résolu de vêtir ; et , arrivées devant la statue , elles prennent les trousseaux préparés et étiquetés, et les remettent chacune à l'une des petites fdles, avec un pain assez considérable pour que celle -ci puisse en faire part à ses parents. C'est au pied de la statue de Marie qu'a lieu cette distribution . pour faire comprendre aux enfants pauvres qu'elle leur est faite au nom et comme par les mains de cette aimable mère ; et c'est à l'occasion de la mort de la sœur Bourgeoys , dont le buste est aussi exposé dans la salle , pour exprimer que cette sainte fondatrice est toujours présente en esprit au milieu de ses enfants, et qu'elle préside à cette pieuse et innocente réunion. Car sa mémoire est en vénération parmi les élèves, aussi bien que parmi leurs parents , qui tous la regardent avec raison comme la source du bien que la Congrégation ne cesse de produire, et comme l'instrument qui

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a perpétué dans le pays la dévotion à Marie.

Nous devons ajouter que si nous primes, il y a quelques années, la résolution d'écrire la Vie de la sœur Bourgeoys, ce fut sur la demande que nous en fit l'une des pensionnaires, au nom de toutes ses compagnes, lorsque nous eûmes l'avantage de les visiter. Nous sommes heureux d'avoir pu accomplir notre promesse ; et nous nous croirions bien dédommagé de nos peines , si cet ouvrage, en contribuant à accroître parmi les jeunes élèves de la Congrégation l'estime et la vénération religieuse pour la sœur Bourgeoys , et en les portant à imiter ses vertus, pouvait augmenter aussi dans leurs cœurs la piété envers Marie, et leur mériter de plus en plus ses abondantes bénédictions.

Ainsi soit -il.

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