V. La Vie de la sœur Bourgeoys nous offre un
La vocation de
la sœur témoignage certain, et tout à la fois une image
Bourgeoys, ^ ( 7 o
de'^^cette Sensible , de cette action efficace que la trèsiiRérieurede mainte Vierge a exercée dans la formation de dans^féta- l'Église. On y voit des preuves incontestables de
blissement de . . , .
l'Église. sa puissance intérieure ^ pour ménager, procurer et envoyer secrètement par les voies de Vesprit et de V amour divin, comme s'exprime M. Olier, des ouvriers de la foi par tout le monde. C'est dans une des fêtes de Marie . c'est le jour même du Saint-Rosaire , et à la vue d'une image de cette invincible protectrice de l'Église, que la sœur Bourgeoys sent son cœur ému, touché, changé et tout embrasé du zèle apostolique ; zèle qui prend de jour en jour de nouveaux accroissements , et lui inspire bientôt le dessein de passer à Vniemarie, afin d'y contribuer à l'établisse-
ment du règne de Jésus-Christ. Enfin, pour montrer avec une entière évidence, qu'une si étonnante vocation est réellement son ouvrage, Marie daigne apparaître visiblement à la sœur Bourgeoys, et la lui confirme de sa propre bouche. « Va, je ne t'abandonnerai pas, lui dit-elle ; et je « connus, ajoute la sœur, que c'était la sainte « Vierge ; ce qui me rassura pour ce voyage et « me donna beaucoup de courage ; et même j e « ne trouvais plus rien de difficile. » Mais ce signe , ciuekrue assuré qu'il fût , était vi.
*^ ' ^ ^ ^ ' Preuves
personnel à la sœur Bourgeoys. Dieu en ménage jj ^^la^'^^lvinu,^ un autre d'un genre différent , qui doit être \àsi- ^^ ^^ vocation ble à tous les yeux, et devenir la preuve in- Bourgeoys. contestable de l'autre. Il permet qu'après cette apparition, la sœur appréhende d'être trompée, et il lui suggère , comme moyen de s'assurer de la vérité de sa mission, la résolution si extraordinaire de ne rien porter avec elle dans le voyage. « Comme je craignais les illusions, dit-elle, je « pensai cpie si cela était de Dieu , je n'avais que « faire de rien porter. Je dis en moi-même : Si « c'est sa volonté que j'aille à Villemarie, je n'ai « besoin d'aucune chose ; et je parfis sans denier « ni maille, n'ayant qu'un petit paquet sous « mon bras. » Dieu ne tarda pas en effet à donner à sa servante le nouveau signe qu'elle atten-
dait de sa bonté. Il fut constamment son pourvoyeur et son soutien imdsible, comme on Fa raconté dans cet ouvrage ; et les soins paternels et miraculeux de sa Providence furent même si manifestes à chacun, qu'ils laissèrent dans tous les esprits la certitude parfaite et la conviction intime de la vocation divine de la sœur Bourgeoys à Villemarie. « Tout cela est admirable , « écrivait M. DoUier de Casson, et fait \oir la « main de Dieu sur cette bonne fille et sur son H institut. » «Dieu inspira une sainte fille de pas- « ser en Canada , dit le Père Le Clercq : ce fut la « sœur Bourgeoys, que nous avons connue pleine « de l'esprit de Dieu, de sagesse et d'expérience, « et d'une constance invincible à tous les obsta- « clés qu'elle a trouvés dans son dessein. » « Je « n'exagérerai point, écrivait M. de Saint- Vallier, « en assurant que cet établissement a été fait « comme par miracle . par une pauvre fille qui , « avec mie pièce de trente sous, commença cette « maison. » Mais il est inutile de répéter ici tant d'autres témoignages déjà cités, puisqu'il est manifeste que la vie seule de la sœur Bourgeoys à Villemarie , les bénédictions dont ses travaux y furent couromiés, l'influence qu'elle y exerça, les vertus éminentes cpi'elle offrit à l'admiration de toute la colonie , sont autant de témoignages
divins qui confirment la vérité de su vocation.
La formation de la Gon^Tésation en est une vu.
Dans
nouvelle preuve. Cette puissance intérieure de la formation Marie c{ui avait paru dans la vocation de la sœur, ^j,af Ic^a^fS^Ï' se montre également dans celle de ses premières senSbîement
cette
compagnes ; et Marie l'exerce sur celles-ci par la puissance
. , , intérieure.
sœur Bourgeoys , comme par un instrument en qui elle se plaît à résider, pour la formation de cet institut. On a vu avec quel dévouement et quelle générosité les sœurs Châtel , Crolo et Raisin abandonnèrent tout pour suivre cette sainte fondatrice, quoiqu'elle ne possédât d'autre bien en Canada qu'une pauvre étable. « J'ai « admiré, écrit-elle, comme M. Châtel, qui était « notaire apostolicjue , m'a confié sa fille. Eh « bien ! me dit-il , voilà une étable pour vous « loger ; mais de cj[uoi vivrez-vous? Je lui dis que « nous travaillerions pour gagner notre vie , et « que je leur promettais à toutes du pain et du « potage : ce qui lui tira les larmes des yeux et « le fit pleurer. Il aimait beaucoup sa fille ; mais « il ne voulait pas s'opposer aux desseins de « Dieu sur elle. » Enfin, ce fut avec la même efticace que la sœur Bourgeoys gagna à son œuvre les autres compagnes dont nous avons parlé, qui furent au nombre de plus de quarante, et « à qui, dit -elle, je n'ai Jamais pro-
« mis autre chose que pauvreté et simplicité. » viTi. Toutes ces courageuses filles étaient convain-
Les premières ^
ConçrréErîtion ^^^^^ ^^® ^^ gràce de leur vocation à Villemarie , convaincues ^^ *^^ ^^^^ ardent qui les pressait de se dévouer à ieur?ocation la sanctificatiou des âmes, étaient l'effet de la
était . ■ r • 1 AIT • 1
l'ouvrage de puissance intérieure de Marie sur leurs cœurs.
Marie ,
et qu'elles La sœur Bourgeoys , fidèle interprète de leurs
devaient w ^ ±
imiter sa vie sentiments, rend dans ses écrits de nombreux
de zèle après
l'Ascension, témoignages de cette conviction. « La sainte « Vierge après la résurrection de Notre -Sei- « GNEUR, dit-elle, a contribué par ses soins à « établir l'Église et à la fortifier ; elle a instruit « les premiers chrétiens en tout ce qu'elle a « trouvé d'occasions de faire connaître et aimer « Notre-Seigneur : n'ayant jamais refusé de se « trouver Jà où la charité ou la nécessité récla- « maient son secours; et elle a agréé qu'il y etît « une troupe de filles qui s'assemblassent à Montu réal pour honorer sa vie dans le monde. Ayant « reçu de Dieu le domaine de ce pays, elle a eu « dessein d'en faire instruire les petites filles en « bonnes chrétiennes. Pour cela, elle a choisi « les pauvres filles de la Congrégation , sans M esprit, sans conduite, sans talents et sans bien, « comme Notre-Seigneur , pour instruire tout le « monde de sa doctrine et de son Évangile, avait « choisi des hommes grossiers et peu estimés du
« monde. Il est donc l)ien raisonnable que nous « nous engagicjns à imiter les vertus qu'elle a « pratiquées, et à suivre la vie qu'elle a menée: « employant toutes nos forces, notre industrie, « notre vie même , pour contribuer en quelque « chose à l'instruction des filles et continuer ses « pieux emplois. Pour honorer sa vie, nous ne « sommes point cloîtrées, quoique vivant en « communauté ; nous devons être filles de pa- « roisse et gouvernées par les séminaires : l'église « de la paroisse nous représente le cénacle, où « la sainte Vierge a présidé ; et les séminaires u nous représentent le collège des apôtres (*). « Au cénacle, elle reçut une surabondance de
{*) On ne saurait trop admirer la conduite de la Sagesse divine dans les difficultés même qui retardèrent si longtemps l'établissement canonique de la Congrégation , comme on l'a raconté en détail dans cet ouvrage. Pour montrer que le dessein de ce nouvel institut était venu d'en haut , Dieu permit que l'autorité épiscopale , quoique dirigée par les motifs les plus purs, s'y montrât d'abord peu favorable, et que même elle essayât d'en changer la nature et la fin. 11 aurait pu sans doute inspirer aux évêques de Québec des dispofiitions toutes contraires; il aurait pu se servir d'eux pour en faire les promoteurs et les instituteurs de la Congrégation. Mais il voulait que sa main parût dans cet ouvrage; et s'il permit d'abord les oppositions dont nous parlons, ce fut pour montrer ensuite avec plus d'évidence que ce dessein n'avait point été concerté par les hommes , et que lui seul en avait été l'auteur, comme seul il pouvait en être le soutien.