‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 45 sur 163 · II1« PARTIE. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

II1« PARTIE. — CHAPITRE IV

« mandements de l'amour de Dieu et du pro- «' chain. Nous sommes obligés d'aimer Dieu par- « dessus toutes choses et plus que nous-mêmes, w et le prochain pour l'amour de Dieu. Je trouve « qu'il y a plusieurs sortes d'amour parmi le « monde : l'amour des étrangers, l'amour des « passants , l'amour des pauvres , l'amour des « associés , celui des amis , celui des parents , et « enfin l'amour pur. On est touché de compasce sion pour des étrangers, quand on apprend « que leur pays est opprimé ou saccagé. On aime « les passants, parce qu'ils apportent cpelque M gain ; les pauvres , à qui on donne le superflu ; « les associés , car leur perte est dommageable ; « les amis , parce que leur conversation plait et « est agréable; les parents, parce qu'on en re- « çoit du bien , ou que l'on craint d'être châtié « par eux. Mais il n'y a que l'amour pur qui « pénètre le cœur de Dieu et à c{ui rien n'est « refusé. Cet amour se trouve rarement ; et c'est « le véritable amour : car aucune chose ne le « touche , ni le bien , ni le mal. Il ne connaît « point ses intérêts , ni même ses besoins ; la ma- « ladie ou la santé lui sont indifférentes ; la pros- « périté ou l'adversité, la consolation ou la sé- « cheresse, tout lui est égal, et il donne sa vie « avec plaisir pour les choses aimées. Je regarde

« les personnes détachées de tout et seulement « attachées à Dieu, comme ce petit poisson appelé « rémora qui arrête, dit-on, les grands navires; « c'est-à-dire tout ce qui peut nuire à l'avance- « ment d'une communauté.

a Oh ! qu'une communauté est obhgée à Dieu , « s'il lui {'ait la grâce de posséder ce petit re- « mora , qui obtient de lui tout ce qu'il demande « pour sa gloire et pour le bien du prochain ! Les c( personnes de communauté ont tous les moyens « de parvenir à cet amour : l'observance des « règles , l'accomplissement des vœux , les « maximes de l'Évangile, les grâces de Dieu qui « y sont très -abondantes. Pour arriver à cet « amour d'union , il faut que nous purgions nos « âmes par une parfaite contrition , et nos corps « par la pénitence. La lampe de l'Église fait bien « comprendre celte union. L'huile étant bien cla- « rifiée , et le coton bien préparé , le feu tire « l'huile jusqu'à la dernière goutte. Notre âme « est représentée par l'huile , notre corps par le « coton , duquel il reste ensuite un peu de cen- « dre , marque de la résurrection qui doit arriver i< à la fin du monde , et le Saint-Esprit est figuré « par le feu. Si l'huile est sale, elle ne peut « éclairer ; si la mèche n'était pas propre , le feu « n'aurait pas moyen de tirer cette huile : de

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« même le feu du Saint-K.sprit, ne trouvant pas « nos âmes bien préparées , ni nos corps purifiés , « ne trouve point lieu de les embraser de son « divin amour, et ne fait pas cet amour d'union togrophes de

la sœur Botu-

« avec Dieu dont je parle (1). f/eojjs.

« Il faut abolir encore tout ce qui est contraire ^^^1(1^^

(c à l'amour du prochain , comme sont toutes les '^^ 'q^™*^'"

<< paroles de médisance, de raillerie; s'abstenir ^iHa"'

, , P . 1 , , f Congrégation

" de contreiaire les personnes, même en recréa- doivent

avoir pour

« tion, ou de rechercher leurs actions, à moms le prochain.

« d'une nécessité, ce qu'il faut faire avec pru-

« dence. Mais Dieu ne se contente point que l'on

« conserve l'amour que l'on doit au prochain ; il

« veut que l'on conserve le prochain dans l'a-

« mour qu'il nous doit. Il faut donc donner le

« manteau à qui veut avoir la robe , plutôt que

« de plaider. Il est très-visible cjne tous les acci-

« dents qui arrivent à la Congrégation , sont

« causés par des manquements à ce précepte, e!

« que les grâces sont pour l'ordinaire la récom-

« pense de la fidélité à le soutenir. J'ai toujours

« remarqué qu'en cédant quelque chose pour

« obéir à Dieu , et ne pas altérer le prochain , on

« a gagné davantage; et qu'au contraire il est

« toujours arrivé quelque accident après les pro-

'< ces. La Pointe-Saint-Charles a brûlé après le

« procès pour un cheval et autres disputes. La

« grange de Verdun a été brûlée, et le blé gâté « au retour de Québec, après le procès avec le « fermier. Dans les difficultés qui arrivent , il se « trouve assez de personnes charitables pour les (1) ibid. " accorder sans aller en justice (1). » xu. Parmi les instructions que la sœur Bourareovs

La sœur ^ u o

Bourgeoys nous a laissées , elle trace le portrait d'une '^d'uilr*^ personne de communauté qui n'a que l'appaper^Hine ^encB de Cet amour parfait de Dieu et du procommunauté „!„• »ll 1-, • r ^ 1

qui n'a cnam qu elle voulait von^ régner dans les cœurs l'apparence de toutos ses filles ; et nous le rapporterons ici

du vrai amour

de Dieu, comme un abrégé remarquable de tout ce qu'elle a écrit sur les écueils que les personnes de communauté ont à éviter pour ne pas tomber dans la lâcheté et la tiédeur. « Tandis qu'une âme qui « aime vraiment Dieu, obéit à tout ce qui est « commandé, et obéit de jugement et d'esprit, « s'étudiant à ne jamais raisonner sur les com- (( mandements , tandis qu'elle fait ses mortifi- « cations et ses autres bonnes œuvres en secret « et à la vue de Dieu seul, et qu'elle ne manque « pas de refuser à la nature ce qui ne lui est « point nécessaire , l'âme qui n'est à Dieu qu'avec « réserve , n'aspire pas plus haut qu'à éviter le '( péché. Les scrupules ne la piquent point ; elle « obéit à la cloche et à la supérieure ; mais elle « est bien aise de n'entendre ni l'une ni l'autre.

nr PARTIE. — CIIAriTRE IV. 71

« Si elle n'obéit pas, elle croit qu'elle n'y est « pas obligée , et qu'en toutes choses il faut « examiner si le commandement est bien à '« propos. Elle se mortifie quand cela paraît, et « qu'on le sait; mais elle cherche ses aises en « tout. Elle aime la propreté à l'excès, et ne <( croit jamais avoir d'amour-propre en cela. « Enfin , elle trouve des nécessités pour avoir « tout ce qu'elle veut. Par exemple, qu'on se « porte mieux quand on est bien nourri ; qu'on « prie Dieu plus attentivement quand on est à « son aise ; que de souffrir le mépris fait souvent « beaucoup de tort , et donne trop de liberté de « faire bien des péchés. Elle ne croit jamais « avoir failli , s'excuse en toute rencontre , et « sait trouver des raisons aux dépens souvent de « la vérité. Si elle a quelque office à remplir, « elle ne manque à aucune des circonstances « extérieures ; mais la perfection n'est pas de son « goût ; la coutume est sa règle ordinaire. Elle « aime à être regardée et considérée quand elle « a réussi en quelque chose , et y prend bonne « part. Elle embrasse toutes les difficultés et les « surmonte par humeur. Elle hasarde sa santé , « sa vie même, pour s'accommoder à son amour- « propre et le satisfaire ; mais pour le service de « Dieu et le soulagement du prochain , elle craint

« le froid , la boue , et toutes les petites difficultés « qui se présentent. Elle se dit la servante des « plus méprisées , et elle répugne de rendre à la « maison quelque service humiliant.

« Elle va avec toutes sortes de compagnies «■ sans scrupule, dans l'espérance qu'elle aura « assez de prudence pour ne pas offenser Dieu. « Elle ne se lasse point des entretiens, des ré- « créations avec les personnes du siècle. Elle n'a « jamais rien à donner aux pauvres, ni pour « faire plaisir à personne , sinon à ses amies. « Elle pardonne en apparence , mais réserve son « ressentiment, qui parait en beaucoup d'occa- « sions. Elle se met de toutes les dévotions, elle « a toutes sortes de livres, elle veut des clia- « pelets , des médailles , des croix et d'autres « objets de piété ; mais elle ne veut pas être cri- « tiquée. Elle craint plus le mépris que l'offense « de Dieu dans ses fautes. Si elle parle du pro- « chain , c'est d'un ton de compassion ; elle rap- « porte aux autres ce qu'on en a dit , et le con- « damne pour ses fautes. Elle veut que tout le « monde soit saint et fasse son devoir, sans se « mettre en peine d'être du nombre. Elle pré- « tend redresser tout le monde et n'être redressée « par personne , et croit que nulle n'est suffisante « pour lui apprendre son devoir. Elle se mêle de

nr PAUTiK. — cnAnmK iv. 73

« tout, elle veut savoir tout ce (jui se passe. « Enfin elle remplit son esprit de laut de choses, « qu'elle ne se donne pas le temps de penser « sérieusement a la grande atiaire du salut, a la togntphes dn

lu sœur Bnur-

« vraie et solide vertu (1). geoijs.

« La sagesse divine , qui est le chemin de la pj," a,t

« perfection, veut qu'on quitte tout, qu'on se i';„Tiea'nimpe « détache de tout, même de sa propre volonté ; vrai amour

, .p de Dieu.

« qu'on travaille a morlilier ses sens, ses yeux , « son humeur, ses passions. Elle veut qu'on « souffre le mépris , même la haine , la pau- « vreté, les incommodités et tout ce qui déplaît « à la nature, spécialement dans le boire, le « manger, le vêtir, le dormir, le parler; enfin, « qu'on se retire de tous les entretiens et des « familiarités , même permis à la prudence hu- « maine. Cette divine sagesse veut aussi qu'on « se contente de livres utiles pour la perfection, « et qu'on en savoure le sens. Qu'on estime « toutes les dévotions ; mais qu'on s'attache à la « principale , qui est d'aimer Dieu de tout son « cœur et le prochain comme soi-même. Qu'on « trouve moyen de rendre service au prochain « dans les occasions qui peuvent se présenter , et « qu'alors on le serve pour l'amour de Dieu. « Qu'on prie pour le prochain comme pour soi- « même. Qu'on ne se mêle point des affaires des

« autres , si cela ne nous regarde point ; et qu'on « excuse les intentions , quand les fautes ne peu- « vent l'être. Qu'on ne fasse jamais de rapports; « mais qu'on avertisse la supérieure quand cela « est nécessaire. Elle veut encore , cette sagesse « divine , qu'on considère la vie de la sainte « Vierge et ses actions , quand elle était au « monde, afin de l'imiter autant que possible. « Qu'on se conserve partout en la présence de « Dieu , et qu'on se souvienne sans cesse de ses « enseignements. Qu'on soit soumis d'avance « aux châtiments, à la mort, pour les souffrir « quand Dieu l'ordonnera. Qu'on souffre les « maux sans se plaindre; qu'on suive les avis « de ceux qui nous conduisent , et qu'on soit

hgraphef^d'e " tixactc au règlement jusqu'à laisser le point

iasa-urBour- ^^ gaus tirer l' aiguille (1). ))

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