CHAPITRE PREMIER
Famille,
naissance
et première
éducation
Marie
Barbier.
(1) Registres de ta naroisse deVillemarie, Baptêmes. 30 septemh. 1657.
(2) Registre des ritariages deVillemarie, année 1650.
DEPUIS L.\ NAISSANCE DE LA SOEUR BARBIER JUSQU'A SON ÉLECTION A LA CHARGE DE SUPÉRIEURE.
De toutes les filles formées par la sœur Bourgeoys , il n'y en eut aucune qui l'imita plus parfaitement , et qui se remplit plus abondamment de son esprit, que la sœur Barbier, qui lui succéda , comme on l'a vu , dans la charge de supérieure de la Congrégation. Elle eut l'avantage de naître d'une famille des plus considérées dans le pays pour sa probité , ses vertus exemplaires , et surtout pour son dévouement à la religion et au bien de la colonie. Son père, Gilbert Barbier, surnommé Minime (I), né dans le diocèse de Nevers (2), s'était voué, par le zèle le plus pur et le plus désintéressé , à la compagnie de Montréal , afin de contribuer par ses services à la con-
NOTICE SLH LA SCEUH MARIE BARBIER. iOl
version des sauvages, et même de sacrifier sa vie, s'il le fallait, pour un si noble dessein (*). Il s'acquit une estime si universelle de la part des colons de Villemarie, que, lorsque ceux-ci élurent pour la première fois des marguilliers , le {i)Regùtr<' 21 novembre 1657, il fut l'un des trois que l'on tiens de la pa-
. . . roi'sse, 21 no-
choisit pour occuper les premiers cette charge (1 ). vembre les?.
(*} M. de Ladauversière, connaissant lapiélé, le courage el les autres belles qualités de Gilbert Barbier, désirait beaucoup qu'il allât s'établir a Villemarie. Il jugeait, avec raison, qu'il pourrait y être d'un grand secours tant pour défendre cette folonie contre les Iroquois, que pour construire aux colons les maisons où ils devaient loger; car Gilbert Barbier exerçait avec beaucoup d'habileté l'état de cbarpentier, l'un des plus nécessaires alors au pajs. Il se doiiua en elVet h la compagnie lie Montréal, et partit de France a la tête de onze autres colons, qui arrivèrent a Villemarie en 1642, avec M. de Répentigny. Pour le gagner plus sûrement et tout ensemble pour avoir ^J'^ yfmuréa'il occasion de le gratifier, M. de Ladauversière l'avait chargé de par M. UoiUcr
"^ ^ de (. assoit , île.
conduire plusieurs pièces de canon, qu'il y amena en elTet {\). 16^2 à lew.
Gilbert Barbier justitia pleinement les espérances qu'on avait conçues de sa bravoure , de sa piété et de son zèle. Il rendit a la colonie les plus grands services, par son courage k toute épreuve, exposant généreusement sa vie en mille rencontres, quoique pourtant, par une espèce de privilège assez singulier, il ait survécu 'a la plupart des premiers colons, qui presque tous perdirent la vie pour la défense du pays. Par zèle pour la religion, il accompagna en 1653 la sœur Bourgeoys k la montagne de Montréal, et pendant trois jours, de concert avec les autres ouvriers qu'il avait conduits, il travailla k rétablir la croix élevée dans ce lieu en 1642 par M. de '2) Vie de. la
' sœur Bour-
Maisonneuve , comme nous l'avons raconté (2 ). geoys, 1. 1, p. 83.
Il avait épousé Catherine de Lavaux, qui joignait (1) Archives à ^ne cliarité sincère pour les pauvres (1) un sens
nu seminaiie ^ •'^ ^ '
dl^h'^'sœur ^^^^* ^* ^"® solidc piété. Leur mariage eut lieu
M.'^^Montgoi- ^^ 1650, et fut le cinquième contracté dans l'île
de Montréal entre Français, depuis l'établisse-
Ci) Registre ment de la colonie (2). Dieu se plut à le bénir
des mariages,
1650. dans les enfants qu'il en fit naître, surtout dans
En 1650, deux autres fervents chrétiens, Jean de Saint- Père, dont on a parlé, et M. Lambert Closse, major de Villemarie, résolurent, conjointement avec Gilbert Barbier, de se former chacun un établissement à part, pour procurer plus eTicacement par là le bien des sauvages. M. de Maisonneuve, qui applaudit à ce pieux dessein, leur fit à chacun, au nom de la compagnie de Montréal , une concession de terre , et leur assura encore d'autres avantages, pour les récompenser des (1 Archives services qu'ils avaient rendus jusque alors à la colonie (1). rfe vuiemaTip^, Gilbert Barbier fut aussi l'un des premiers qui donnèrent ?650.^" ^ '"'"' l'exemple de l'application a la culture des terres dans les côtes, malgré les dangers auxquels on y était alors exposé de la part des Iroquois.
Mais il se rendit surtout utile et célèbre par son zèle à construire des logements a ses concitoyens, et à former des ouvriers qui pussent servir après lui la colonie. M. Dollier de Casson, dans son Histoire du Montréal, parlait en ces termes de Gilbert Barbier en 1672 : « Il est encore ici, où Dieu lui a a donné une famille assez nombreuse; et, quoiqu'on lui ait « donné le nom de minime, qui, en latin, veut dire : le plus « petit , il n'était pas toutefois le moindre dans les combats^ « non plus que dans sa profession. Nous devons rendre cet « hommage à son courage, et aux services qu'il a rendus à 2) uistoue ,( cette île qui est presque toute bâtie de sa main, ou par
du Montréal, ' * r ^
ibid. « ceux qu'il a lui-même formés r2) »