‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 59 sur 163 · SUR LA SŒUR MARIE RARRIER · texte numérisé non relu

SUR LA SŒUR MARIE RARRIER

celle dont nous écrivons la Vie , la première fille de Villemarie qui devait se consacrer à son service, en entrant dans l'institut de la Congrégation. Elle naquit le 1*' mai 1 663 , et reçut le nom de Marie sur les fonts du baptême (1). Ses pieux , i^) Registre

^ ^ ' ^ des baptêmes,

parents ne négligèrent rien pour lui inspirer, dès ^" "^'" ^^^^'

l'âge le plus tendre, l'amour de la piété et de la

vertu. Il parait qu'elle fut instruite et formée par

leurs soins dans la maison paternelle , l'éloigne-

ment oîi ils étaient de la ville ne leur permettant

pas apparemment de l'envoyer aux écoles des

sœurs.

L'ouverture d'esprit qu'elle fit paraître dès ManeBaibier l'enfance , et un certain air de sagesse et de dé- dèsTenfance cence qui lui était comme naturel , lui attirèrent " de de bonne heure l'estime et l'amitié des personnes vierge. qui fréc[uentaient sa famille. Mais jeune encore et sans expérience, elle ne triomphait pas toujours des premières saillies de vanité que ces marques d'attention lui faisaient ressentir. La complaisance qu'elle y prit fut dans la suite le sujet de ses regrets les plus amers, et nous verrons bientôt ce que sa ferveur lui inspira pour s'en punir sévèrement le reste de sa vie. Avant qu'elle eût fait sa première communion, s'étant vue un jour exposée à un péril imminent, elle crut en avoir été délivrée par l'assistance de la très-sainte Vierge

qu'elle avait appelée à son secours. Elle en conçut une si vive reconnaissance pour sa libératrice, que dès ce moment elle résolut de se vouer à son service et de ne mettre plus aucune borne à sa perfection. Dans ce dessein , elle ne se contenta pas d'offrir aux petites filles de la côte où elle demeurait , l'exemple des vertus propres de leur âge , elle se mit à les réunir et à leur faire ellemême l'école , pour avoir occasion de les porter

(1) Vie de .

la sœur Bar- à la piété ; préludant ainsi , sans le savoir , aux

bier, par M. . , n t • t i • / \

Montgoifier. fouctious qu elle devait remplir dans la suite (1).

Première ^^^^ s' appliquait à co pieux exercice de zèle,

^^""^e"^"" lorsque arriva pour elle l'époque de la première

Barbier. commuiiion. Pour la disposer prochainement à

Elle forme ...

le dessein de une actiou SI importante , ses parents la placèrent

se consacrer

à Dieu auprès de la sœur Bourgeoys, où elle passa six

Q3,nS Ici

Congrégation, semaines. Un cœur si bien disposé s'enflamma tout aussitôt du feu de la ferveur. La jeune Marie éprouva surtout un puissant attrait pour la prière , avec un grand éloignement du monde , et forma le dessein de s'attacher pour toujours à la Congrégation. Mais les moments de la Providence n'étaient pas encore venus pour elle. Contrainte, après sa première communion , de retourner dans la maison de ses parents, elle se dédommagea d'un sacrifice qui lui était si sensible , en se faisant recevoir dans la Congrégation externe, dont

SUR LA SŒCR MARIE BARBIER. iOo

elle fréquenta depuis avec zèle toutes les réunions les jours de dimanches et de fêtes, et où elle attira encore toutes les jeunes fdles sur qui elle avait quelque ascendant. L'un des fruits qu'elle retira du court séjour qu'elle avait fait à la Congrégation , ce fut une grande délicatesse de conscience sur la pureté des motifs qui la portaient à agir ; délicatesse qui lui faisait ressentir , surtout au moment de ses communions , les plus vifs reproches, lorsqu'il s'était mêlé dans sa conduite quelque vue de vanité, ou quelque désir [i) vœ de

la sœur Bar-

secret de s'attirer Festime (1). hier.

Pour purifier de plus en plus cette âme imio- c^,.cô,^5tancp cente, Dieu lui fit éprouver alors une impression détermine

1 , , r • j < n 1 • Marie Barbier

lie grâce tres-vive , dont elle conserva le souvenir à entrer tout le reste de sa vie, et qui Faida beaucoup à de la

1» 1 j 1 -11 p Congrégation.

s avancer sans relâche dans la voie de la perlection. Il lui sembla qu'elle était transportée au tribunal de Dieu pour y être jugée sur ses actions bonnes et mauvaises : que les bonnes ayant été mises dans le bassin d'une balance , et les mauvaises dans Fautre , celles-ci commençaient à faire pencher la balance de leur côté , lorsque son Ange gardien vint à mettre dans le bassin des bonnes œuvres, un acte d'obéissance et de charité qu'elle avait pratiqué ce jour-là; et qu'enfin, par la médiation de la très-sainte Vierge, qui

Dispositions

que

la sœur

Barbier

apporte

à sa

prolpSKion.

s'intéressa pour elle , elle évita sa condamnation. Cette vue , si propre à frapper l'esprit d'une enfant , lui inspira la résolution de renoncer absolument au monde, qu'elle jugeait être plein de dangers pour elle, et de faire de nouvelles instances pour entrer dans la communauté naissante de la sœur Bourgeoys , afin de se dévouer pour toujours au culte de Marie. Elle trouva d'abord quelques obstacles à son dessein, ses parents n'étant pas assez pourvus de biens pour lui fournir le petit trousseau nécessaire à son entrée; mais un de ses frères, qui jouissait do plus d'aisance , et qui vivait en fervent chrétien , y pourvut généreusement.

Elle entra donc à la communauté des sœurs ; ce fut en l'année 1678, lorsqu'elle était âgée de quinze ans. Elle prit l'habit le jour de l'Assomption , et enfin , à pareil jour, en \ (380 , elle fit sa profession , donnant ainsi la première aux filles de Montréal l'exemple de cette parfaite consécration à Marie, qui a eu depuis tant d'imitatrices, au grand bien de la colonie et à la gloire de la rehgion. Elle s'était préparée à cette action par une confession générale qu'elle avait accompagnée des sentiments les plus vifs et les plus véhéments de contrition et de douleur. Aussi, les dispositions si parfaites qu'elle avait apportées à

SUR LA SŒUR MARIE BARBIER. iOl

sa profession , et les grâces abondantes qu'elle y reçut , lui firent regarder cette action si solennelle de sa vie, comme l'époque de sa véritable conversion à Dieu (1). « Quand j'entrai à la commu- ' ') viedeia

^ "^ sœur Barhier.

« nauté, écrivait-elle dans la suite, il me sem- « blait que mes compagnes étaient toutes des « saintes, et moi une misérable qui était bien « hardie d'oser m'associer à de si saintes âmes. « J'avais une compagne qui m'aidait à me porter « à Dieu ; quoique ancienne , elle se faisait mon « égale ; son humilité et sa mortification me « charmaient , elle m'avait même prise pour son « admonitrice. Étant nouvellement convertie, « rien ne me coûtait , et je ne sentais point mes « passions. Je ne faisais plus rien pour me faire « estimer , et quoique dans mes actions je sen- « tisse quekjuefois intérieurement de la complai- « sance , cela me faisait de la peine, et je n'y « consentais pas. J'avais de grandes touches de « Dieu , et je faisais tout ce que je pouvais pour '< animer les autres à l'aimer.

« Je ne sais cruelle ferveur j'avais , mais elle "* '•

^ "^ Sachanto

« était plus pour les autres que pour moi. Si une fer^^-nte pour

^ ^ ■■■ ^ ses sœurs ,

« fille s'adressait à moi pour l'encourager , elle ^^ sa^déTOtion « ne s'en retournait jamais cjue bien contente. ^ jesIÎ"^ « Lorsque mes sœurs , même des anciennes , me « faisaient confidence de leurs difQcultés et de

I os NOTICE

« leurs peines, je leur faisais trouver doux toui

f< ce qui leur paraissait insupportable. Plusieurs

« de celles qui sont venues à la communauté

« après moi m'ont assuré, depuis, qu'elles fus-

« sent sorties si je ne les avais encouragées, et

« cela par le moyen de la dévotion au saint En-

« fant Jésus , à qui je disais mille folies , par une

(1 y Lettre de « oraude simplicité et une entière confiance (1 ). » hier h M. C'était en effet dans cette dévotion et dans celle

Glanaelet.

envers la très-sainte Vierge, que la sœur Barbier puisait le feu de sa ferveur et toutes les industries de son zèle. Elle s'était sentie singulièrement pénétrée d'amour et de confiance envers l'Enfant Jésus deux ans après son entrée dans la Congrégation, à l'occasion d'un sermon qu'elle entendit à la paroisse sur l'efficacité de cette dévotion, pour obtenir le pardon des péchés qu'on avait commis. Son grand esprit de componction et l'horreur souveraine qu'elle avait du péché, la portèrent dès lors à embrasser avec ardeur cette dévotion , qui fut comme le caractère dominant de sa piété et le mobile de sa vie intérieure, vil- Avant été mise à la boulangerie, ainsi qu'on

Assistant ^

^'^^'^,. l'a raconté, et se voyant chargée elle seule d'un

sœur Barbier «^ ^

^Ts'ofiices"' li^avail accablant, aucpel deux sœurs, avant '^dîarçé'e''^ elle, pouvaient à peine suffire, elle s'adressait à exïaorSre. l'Enfant JÉSUS et à la très-sainte Vierge dans ses

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