DITE DU SAINT-ESPKIT, TROISIÈME SUPÉRIEURE DE LA CONGRÉGATION
La sœur Le Moine , dite du Saint-Esprit , qui i.
^ ^ Famille
succéda à la sœur Barbier en 1 698 , dans la charsre et naissance
de supérieure de la Congrégation , était née k L^''fi^ijj!'' Montréal d'une famille qui s'est illustrée plus qu'aucune autre par son dévouement au bien de la colonie. Son père, Jacques Le Moine, né à Dieppe en Normandie , était frère de Charles Le Moine de Longueil, non moins célèbre par les services qu'il rendit lui-même à la Nouvelle- France , que par ceux que rendirent à leur tour ses illustres enfants. Jacques Le Moine était II. 10
frère aussi de Jeanne Le Moine, qui épousa M. Le Ber, si avantageusement connu dans tout le Canada , et qui fut père de M'" Le Ber , dont nous avons parlé dans la Vie de la sœur Bour- (\) Registres qeoi/s (1). Aiusi Marguerite Le Moine (*), troi-
de la paroisse ^ -^ "^ ' ^
deViùeïmrie; sièuic Supérieure de la Conffrésration , se trouvait
maruKjes, 24 ^ o es 7
mai \(ibk,i ^|j..g cousine germaine de cette sainte recluse,
û^i^'elc""'' ' ^^ parente au même degré de MM. de Longueil,
d'Iberville , de Serigny, de Bien ville , de Cha-
teauguay et des six autres fds de M. Charles Le
(<£} Arc/iives Moiuo , cfui mouriireut au service du roi (2). Sa
de la marine , ^ ^ '
iiïi^M m- P'^i'^"**^ ^^^ ^*^'^' maternel n'était pas moins lio- ^te9ihi\onJrfi ^^ovoble , quoique moins illustre selon le monde. nlllèsse" de Elle eut pour mère Malhurine Godé, fille de Ni- MoinedeLun- colas Godé , ce fervent chrétien qui, s'étant voué
(jueil. -11 > i>
en 1641 avec toute sa famille a 1 œuvre samte
de Montréal, fut cruellement assassiné, à l'âge de
(3) Vie de 74 ans, par les Iroquois, le 25 octobre 1657 (3),
lasœurBour- ' ^ ^ ' ^ ^'
\ll^^—' 'fie- '^o"^"^*^ il ^ ét^ ^it. Mathurine Godé avait épousé paroisse'^ de ^^^ premières noces Jean de Saint-Père, aussi resépiJtures^û marquablo par la vivacité de son esprit et la solidité de son jugement, cjue par sa piété et ses vertus exemplaires, et qui, dans la rencontre dont
(*) Nous écrivons Le Moine, pour nous conformer à l'or-
Ihographe que la sœur Marguerile avait adoptée en signant
(1) Registres son nom; quoiiiue son père signât : Lemoyne; et son oncle: de la paroisse > i i • o ^ ;
de VUlcmarie. Le Moyne (i).
MARGUERITE LE MOhVE , 3* SUPÉRIEUUE, 1698. I i7
nous venons de parler, l'ut également massacré avec son beau-père, étant alors âgé de 39 ans. L'un et l'autre furent regardés comme martyrs par leurs concitoyens , et avec d'autant plus de raison , que , comme le rapportent la sœur Bourgeoys et M. DoUier de Casson, la tête de Saint- Père parla loreque les sauvages l'eurent séparée de son corps (*). Après la perte simultanée de son père et de son mari, Mathurine Godé épousa Jacques Le Moine. De ce dernier mariage nacpiirent plusieurs enfants , entre autres Marguerite Le Moine, qui vint au monde le 3 février (i)/}^^,-^^,.^,. 1664 (!)(**) et fut confiée dès son enfance aux 'delÛViHe;
11^ f ,• hoyjténies , 3
sœurs de la Congrégation. février i664.
{*) Pour honorer la mémoire de ces deux héros chrétiens, nous donnons ici le fac-similé de leur signature.
(*') Dans le recensement de 1666, elle est nommée par erreur Marguerite de Saint-Père, et sa mère est désignée sous les noms de Catherine Gaudé, au lieu de Mathurine Godé(ï). ae la marine.
(1; Archives
!'• La sœur Boursreoys reconnut bientôt dans la
La sœur Le Moin est élue
Le Moine jeune Marguerite une digne coopératrice pour son
'^"dtTa"'^*^ œuvre, et elle ne négligea rien de tout ce qui ongr ga icn. p^^^g^-^ jg^ fopn^ep ^^ l'esprit et aux vertus de sa
vocation. Après que la sœur Le Moine eut rempli divers emplois importants , spécialement celui de maîtresse des novices , elle fut élue supérieure et reçut le nom de sœur du Sai?ït-Es- {\)Vie(ie/a pyU (1)(*). A son entrée dans cette charge, quoi- Barbier. qu'elle eùt l'avautage de l'exercer sous les yeux de la sœur Bourgeoys , qui vécut encore près de deux ans depuis cette élection, l'humilité de la sœur du Saint-Esprit lui fit craindre que la communauté ne vînt à déchoir sous son administration. Elle craignait aussi que par suite des relâchements qu'elle appréhendait, les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice n'abandonnassent la conduite de la Congrégation, et elle en écrivit à M. Tronson, qui s'empressa de relever son courage par la lettre suivante : « Vous voilà supé- « rieure, à ce que vous m'écrivez. Comme vous
(*) Quelques mois après l'élection de la sœur Le Moine , la
Congrégation perdit l'un de ses plus fermes appuis, dans la
personne de la sœur Callierine Crolo , décédée le 28 février
1699, âgée d'environ 80 ans. Elle fut inhumée le même jour
de^Ja ^paroisse ^'^^^ l'église paroissiale, en présence de tout le clergé et d'un
de vuicmarie ; apand concours de peuple (1), attirés par la bonne odeur des
sépidtiires, 28 '^ i i \ /■> i
février im9. verUis de celte vénérable défunte.
« Fûtes par une légitime élection et par obéis-
« sancc, il y a tout sujet d'espérer que vous ne
« gâterez rien. Notre-Seignel r vous assistera;
« et pourvu que vous lui soyez fidèle, tout ira
<( bien. Vous ne devez point craindre que nos
« MM. cessent de vous rendre les services qu'ils
'( vous ont rendus jusqu'à présent , tant cjue vous
« servirez bien Dieu, et qu'ils vous seront utiles.
« Je suis bien aise que vous soyez toutes con-
« tentes d'eux ; ils me paraissent l'être aussi de
« vous autres. Il n'y a qu'à continuer de part et {})Lettresde
"^ ^ i il/. Tronson :
« d'autre, à bien faire son devoir; et Dieu ne /^f'r^"^«^"-
' peneiue des
« manquera pas de son côté de remplir chacun fdng relation, « de ses bénédictions (1). »
Dieu bénit en effet la Congrégation, tant à Villemarie que dans toutes les missions oii elle était répandue, ainsi que nous allons le raconter dans les chapitres suivants.