‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 78 sur 163 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

PBOJET D'ÉTABLIR A QUÉBEC IN NOVICIAT DE LA COGRÉGATIOW. ÉTAT DE LA MISSIO.V DE CETTE VILLE.

Les services que les sœurs rendaient à la co- i.

•t • -, ^'- de

lonie, la sagesse quelles faisaient paraître, la Saint - vaiuer

du 30 ma rs

veut bonne odeuv des vertus qu'elles répandaient par-

convertir i« .•

la mission ^Q^jt leur Conciliaient de plus en plus l'estime

de Québec

en chef- Heu. ^ | vénération universelle. Il arriva même que

pour oi xu. .

■ "voTiSr quelques personnes très-dévouées à la ville de Québec, et en vue d'honorer cette capitale du Canada , songèrent à y former un établissement de cet institut , indépendant de celui de Villemarie , qui lût dirigé comme ce dernier par une supérieure générale, et oîi l'on pût former des novices pour les envoyer en mission dans les pa- {\) Archives roisses de ces quartiers (i). Les citoyens de Qué-

fte la Congre- ,,.. , i.r.- j • i

galion ; lettre bec désiraient beaucoup 1 exécution de ce projet,

d'aviso M. l'e- i > <•

vêque de Que- g} afin de déterminer les sœurs a y consentir, on

bec touchant

le projet de ^ offrait d'asrraudir la maison qu'elles occu-

/ établisse- °

ment , ptc. ^^^^^ daiis cettc ville et de leur assigner un rey\) Mémoires yenu qui pùt les aider en partie à subsister (2).

sur la vie de

M. de Lovai, T^j^ ^q Saiut-Vallier , pour ménager sans doute

{parM.de La

Tour), livre Pexécutiou de cc desseiu, avait fondé, cette année

VIII, p. 14 '•

1698, une rente de 1000 livres, destinée à sub-

{i)Arc/dves vcuir aux nécessités de la mission de Québec,

fÙdeQi!S!Î; et à celles des autres missions qu'on pourrait

^^eduujuin ^^^^^.^^ ^^^^^^ ^^ voisinage (3) (*). Il avait même

(*) « Le soussigné, Jean - Baptiste de la Croix de Saint- « Vallier, évêque de Québec , « lit-on dans l'acte de celle fondation, « a dit que les ûlles de la Congrégation séculière de . Montréal s'étanl établies enlaxille de Québec, et n'ayant .< pas de quoi soutenir et entretenir leur maison de Québec,

AfARfilERITK LK MOIXi; , 3- SUPÉRIEIRE , 1699. loi

chargé un ecclésiastique de composer un mémoire sur l'opporlunité et les moyens de former ce nouvel établissement , et enfin on avait dressé déjà un projet d'ordonnance pour l'ériger dans les formes, dès c|ue le moment favorable à l'exécution serait venu f1\ La supérieure de la Cou- , {^)Arrhives

"^ ' i- (In la Congre-

grégation de Québec aurait eu sous sa dépen- ■l"l,'!l^l;J^^^Ye dance la mission de la Sainte-Famille , celle du luSem^j!"' Château -Richer et celle de Champlain , qu'on allait rétablir cette année. Comme la sœur Barbier , dite de l'Assomption , se trouvait alors à Québec pour s'y faire traiter , ainsi qu'A a été dit , on se proposait de la nommer supérieure générale ; et en outre on devait demander à la communauté de Montréal trois bons sujets de plus pour l'établissement de Québec, ce qui eût fait en tout douze sœurs : six à Québec , et deux dans chacune des trois autres missions (2). (2) ibid.

Avant d'en venir à l'exécution, on avait eu 1699. soin de pressentir les sœurs de Québec sur ce

« ni fournir tiux missions d'écoles qu'il faudrait dans les '< côtes de cette colonie, il désire de dounei et fonder de « nouveau un revenu annuel et perpétuel de 1000 livres, " argent du pays, pour donner plus de moyen auxdites filles « de la Congrégation de subvenir aux: nécessités de leur mai- " son de Québec, et aux missions établies ou à établir en « cette colonie, ainsi que Monseigneur ou ses successeurs " évêques jugeront à propos, etc. »

\ o2 HISTOIRE DE LA CONGRÉGATION. — CH. I.

projet et de les y disposer par les voies de la persuasion. Du moins l'auteur du mémoire composé par l'ordre de M. de Saint-Vallier , disait à ce prélat : « Pourvu qu'on ait l'agrément de la com- « munauté de Villemarie, il sera aisé de faire « consentir les sœurs de Québec , qui sont toutes « disposées à sacrifier l'inclination naturelle « qu'elles auraient à cet égard. C'est ce qu'elles « m'ont dit lorscpie je leur ai fait entendre « qu'on prétendait agir de concert avec leurs « sœurs, et qu'elles ne devaient pas craindre de « se voir désunies d'esprit et de cœur de celles « de Villemarie. Cependant, les sœurs qui sont « ici sentiront de la peine à quitter leur première « communauté pour passer à celle de Québec. » Une difficulté plus considérable qu'on appréhendait, c'était le manque de concours de la part de la communauté de Montréal. « Quoique les « raisons que j'avance soient plausibles , dit Vau- « teur du mémoire, je doute que la sœur du « Saint-Esprit, qui gouverne l'esprit de la plu- « part des filles de la Congrégation , surtout des « jeunes, qui sont ses élèves, et qui font le plus « grand nombre , y consente bien volontiers. « Elles feront probablement difficulté de conve- « nir que la communauté de Québec doive être « indépendante de celle de Villemarie. » Pour

ménager donc leur consentement , on eut soin

d'écrire d'abord à la sœur Bourgeoys (1), puis à ^(J) 'ïïc/,fl^,J/

toute la communauté. ''' projet.

Ce projet , si on le considère en général , n'au- ^^ '^j.-^.^^ rait rien eu sans doute que de conforme à ce qui conSibie se pratique dans la plupart des communautés ^îe DiEu*^dan"

^ K, t Tii ••£> ix l'institution

cloîtrées, dont chacune a son noviciat a part, et ^q la

. T . - , , , Congrégation.

lorme elle-même les sujets destines a la perpétuer; mais ce serait confondre les ouvrages de la sagesse divine , que de vouloir assimiler sur ce point toutes les communautés les unes aux autres. Quoique les sœurs de la Congrégation comprissent très-bien que le dessein qu'on leur proposait eût été sans inconvénient pour beaucoup d'autres instituts , elles jugèrent avec raison qu'elles ne pouvaient y donner les mains sans s'écarter des voies de la Providence sur le leur propre. Car en formant cette nouvelle communauté indépendante, destinée à fournir des sujets aux paroisses voisines, on prétendait établir à Québec un nouvel institut de la Congrégation , ainsi qu'on le donne à entendre dans le mémoire composé sur ce sujet. Mais les sœurs ne pouvaient contribuer de leur part à ce projet, sans contrarier les desseins de Dieu sur la Congrégation : la sœur Bourgeoys ayant reçu ordre de la former à Villemarie, et non ailleurs. «Il y a des marques,

geoys

\M HISTOIRE DE LA CONCtKÉGATIO.X. — CH. I.

« écrit-elle, qui montrent que la sainte Vierge a

« agréé qu'il y eût une troupe de filles qui s'as-

« semblassent à Montréal, dans une ville qui

« serait bâtie sous le titre de Villemarie, pour

« instruire les petites filles de la Nouvelle-France

« en bonnes chrétiennes, et en faire ensuite de

{\) Écrits ou- „ bonnes mères de famille (1) (*). » Il faut se

tof/raphes de \ / \ /

In smir Bour- rappeler en effet ({ue la formation de la Congrégation de Notre-Dame a été une dépendance essentielle du dessein de Dieu dans l'établissement de la colonie de Montréal. Dieu voulut v

(*) Il est vrai qu'en éUiblissanl à Québec la communauté dont nous parlons, on se proposait d'y faire observer les marnes règles qu'on suivait dans celle de Villemarie. Mais, pour former ce nouvel institut , il fallait que Dieu y répandît le même esprit qu'il avait donné a la sceur Bourgeoys. Les règles, dans chaque institut , sont un simple moyen de conserver l'esprit; elles ne le donnent pas, elles le supposent; et sans cet esprit , qui est la vie des communautés , quelque belle apparence qu'elles eussent, elles ne seraient que des corps sans âmes, incapables d'édifier l'Église et de la servir. Il est vrai encore qu'on avait dessein de mettre a la tête du nouvel établissement des sœurs déjà formées ii Villemarie. Mais à un corps qui devait durer toujours, il fallait un principe de vie permanent que DiE€ seul pouvait donner. Il fallait que lui-même ouvrit pour cet institut une nouvelle source d'esprit, qui se répandît d'âge en âge sur tous les membres; et comme on n'avait aucune marque que tels fussent ses desseins, on ne devait pas espérer qu'il fil en faveur de l'institut projeté, ce qu'il avait fait jusque alors pour celui de Villemarie, qui était indubitablement son ouvrage.

MAKGUERITE I.K MOINE, G*" SUPÉRIEURE, 1600. 155

l'aire honorer la sainte Famille par Irois communautés ; et par l'institut de la sœur Bourgeoys en particulier, il eut dessein de rendre visible l'esprit de la t rès-sainte Vierge après la Pentecôte ( 1 ) . ^^ ^Hur'Boia^- On doit donc conclure que la grâce de la Congre- 'Sl^uciion'. gation , cjui est une participation de celle de Marie, est attachée à ce lieu même; que c'est là que tous les sujets de l'institut doivent venir la puiser, dans celte ville, la seule de toute l'.Xmériquequi ait été fondée pour faire honorer Marie, la seule qui ait porté son nom , et qui lui ait été donnée pour apanage et pour douaire. Car les membres de la compagnie de Montréal , en con^ sacrant cette île à la sainte Famille, par les mains

2, Vie de

de M. Olier en 1642 (2^, prétendirent en trans- m. ouer , férer irrévocablement le domaine à la très -sainte ^37.

(3) Suppli-

Vierge, comme ils l'écrivaient peu après au sou- i"^ ^«s asso-

'^ ^ Clés au pape

verain pontife (3) (*); et c'est en effet Marie qui .^/.J^^^/^'^;

on a été jusqu'ici la véritable dame et maîtresse , ^J^Sels^^ '

comme étant celle de tout ce crue le séminaire de ,, i^.l. ^''■1-^''

Saint - Sulpice est censé posséder (4) . f^,^ }^^{ '^'^" Pour montrer visiblement qu'il n'agréait pas m.

, . Dieu montre

1 etabussement projeté, Diel permit sans doute son opposition

(*} Bealissime Pater... Insulam liane quam societas prsefaia jure possidebat, propriam fecit immaculalee Deiparse , omniumque in insula babitantiura Malrem et Dominam vo- U;il.

po"."", qu'on en fît la proposition aux sœurs de la Con-

ce projet, ^ i. r

^^lémolgnT^ grégation du vivant même de leur fondatrice , et Bourgeoys. ^I^^^ celle-ci , à qui il avait donné son esprit et sa lumière dans ce qui concernait son institut, manifestât elle-même par lettres et de vive voix son éloignement pour ce projet. Les vertus éminentes de la sœur Bourgeoys , son humilité profonde , la bénédiction que Dieu a répandue sur toutes ses œuvres , doivent faire regarder son sentiment en cette matière comme celui de Dieu lui-même. Car l'expérience a montré constamment, que les changements de bien moindre importance , qu'on a voulu, sous l'apparence d'un plus grand bien, introduire dans les usages et les pratiques laissés par la sœur Bourgeoys , ont toujours été funestes à la Congrégation. Ce fut cette considération qui porta M. Briand, évêque de Québec, à révoquer en 1774 tous ceux qu'y avaient faits déjà ses prédécesseurs. « Nous les annulons, dit-il, étant {i) Archives « couvaiucu que cette sainte fondatrice n'a été

de la Congrégation; tnan- « conduite en tout que par l'esprit de Dieu, qui

dément de M. ^11 ' ^

^Smf"^*' « ne change point (1). »

Du moins on ne peut pas croire que Dieu eût inspiré le dessein qu'on avait alors, de tirer quelques sœurs de la communauté de Villemarie, pour former un nouvel institut de la Congrégation à Québec. Il est vrai que, par amour pour

MAïuii Kurn; LK moinl;, ."J^ surKiviEUHi:, 1700. iriT

ses œuvres, Dieu a renouvelé quelquefois des ordres tombés en décadence, en suscitant dans ces ordres mêmes de saints personnages, dont il a autorisé la mission par des signes manifestes , et fju'il a remplis de l'esprit des fondateurs, pour ramener ces instituts à la régularité primitive. Mais on n'a jamais vu que lorsqu'un ordre était encore dans la ferveur de son institution , Dieu ait donné son esprit à quelque particulier de ce corps , pour en former un second , entièrement semblable , et du vivant même du fondateur. Aussi ne permit-il pas que le dessein dont nous parlons fût exécuté , quoique déjà on eût dressé là -dessus un projet d'ordonnance épiscopale, et qu'on fit à la maison des sœurs à Québec de nouvelles constructions , pour la rendre plus propre à servir de noviciat.

M. de Saint -Vallier, voyant en efTet que les sœurs de Yillemarie ne se montraient pas favo- ^ . }^-'\^„.

i Saint - \ allier

rables à son projet, ne voulut pas ériger contre se désiste leur gré ce nouvel établissement , ni les obliger ^°'^ projet. malgré elles d'envoyer de leurs sujets pour le former. Cette voie d'autorité , employée tout récemment par le prélat , pour contraindre les reli- ,^^ irdnves gieuses hospitalières de Québec à s'établir à l'hô- '^InShTde pital général de la même ville, avait eu d'assez de^'olébeT,

P* 1 f -, ., . . T po'" ^^' mère

lacheux résultats (1); et il craignit sans doute .luriœvenu. H. IC*

JoS HISTOntE TtE LA COXGRÉliATIOX. — Cil. I.

qu'elle n'eût encore ici les mêmes suites, et ne mît le trouble dans la Congrégation. On peut croire aussi que la lettre du roi à M. de Saint- Vallier. du 5 mai 4 700. relative aux hospitalières , ne contribua pas peu à lui faire abandonner le projet dont nous parlons. Ce prince, qui s'honorait des titres de roi très -chrétien et de fils aîné de TÉglise catholique , était considéré comme le patron-né des établissements religieux de ses États; et, en cette qualité, il soutenait en partie les communautés de filles du Canada par des gratifications annuelles. Craignant donc que ces sortes 'de charges ne fussent beaucoup augmentées par le zèle de M. de Saint - Vallier à créer de nouveaux étabHssements , il lui fit dire par son ministre dans la lettre du 5 mai 1700 : « Sa Majesté m'a commandé de vous écrire que « vous feriez chose qui lui serait très-agréable , <( de donner vos soins à perfectionner les ande il' marine: « cieus établissements , sans en faire de nou- 'dépèches du « veaux (1-. » Ce fut en effet le parti qu'on

Canada. 1700. i i z-i

Lettre à l'é- prit à l'égard de celui que les sœurs de la ton-

véque de Québec, du ^ mai. ffréffation avaient à Québec (*). Comme il pre-

(*) M. (le La Tour, d.ms ses Mémoires sur M. de Laval [i),

(l)lJrre \ni, ^ ' . ,, ,., • . j- ■

p. lUQ et siih: rappelle ce projet, d après ce qu il en avait entendu dire a

Québec, durant le coiiri séjnur ({u'il fil dans celte ville. Mais

comme il y avait alors '^0 ans qu'on avait abandonné ce des-

liait tous les jours plus de développement , la sœur Marguerite Le Moine j ugea qu'il était nécessaire d'y augmenter le nombre des sœurs missionnaires. Après qu'on eut donc abandonné le

sein, il n'esl pas étonnant qu'il ne se soit pas toujours exprimé Ik-dessus d'une manière exacte. Le jugement qu'il porte d'ailleurs sur le fond même de cette affaire, n'est peutêtre pas celui qu'en porteront tous les esprits calmes et désintéressés. C'est ce qui nous détermine à ajouter ici cette note pour servir de correctif aux méprises et aux appréciations de cet écrivain.

l" 11 suppose d'abord qu'en voulant établir un noviciat k Québec, on ne prétendait pas diviser la Congrégation en deux corps indépendants l'un de l'autre. Il a été en cela mal informé, comme le prouve nettement le //imo/re composé par (i) Archiver l'ordre de M. de Saint- Yallier (1). ',ï,ï ''""'"'''"

2» Il avance que la supérieure de la Congrégation refusa de consentir à l'établissement projeté, par la crainte de perdre une partie de sun autorité en la divisant (2). Il aurait été plus {2]Mf moires, réservé sans doute dans ses conjectures , s'il avait su que le projet dont il s'agissait fut d'abord proposé à la sœur Bourgeoys; et que celle sainte fondatrice, qu'on ne soupçonnera pas d'avoir été déterminée par un motif si peu chrétien , et dclaquelleM. de La Tour fait d'ailleurs un si bel éloge, refusa elle-même d'y donner les mains.

3° Voulant montrer que l'exécution de ce projet n'aurait eu aucun inconvénient, il allègue l'exemple de l'institut des filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul et celui des sœurs de S;iint-Maur, qui ont été obligées, dit-il, d'établir des noviciats dans divers lieux du royaume, quoique toujours soumises à la supérieure générale résidant a Paris. Mais en supposant, .'orame il le fait ici, que la dépendance aurait toujours persévéré dans la Congrégation, malgré la formation de ce noviciat à Québec, M. de La Tour n'esl pas d'accord avec lui-

p. l/iS.

projet d'une communauté indépendante , elle envoya à la mission de cette ville quatre nouvelles sœurs pour suffire aux besoins, et M. de Saint-Vallier parut satisfait.

même, puisqu'il avoue immédiatement après, que tôt ou tard

la maison de Québec aurait été indépendante de relie de Ville-

{i)!Hémoircs, marie (I). Au reste, quand celle indépendance n'eût pas dû

' ' ' avoir lieu, l'exemple des sœurs de la Charité ni celui dos

sœurs de Saint-Maur, ne seraient pas un motif suffisant pour établir des noviciats de la Congrégation. Il y a en eflVt, pour cette dernière communauté, des raisons particulières qui demandent que son noviciat demeure attaché au lieu même où l'inslilut a pris naissance, ainsi que nous l'avons dit : raisons qui pourraient ne pas exister pour celui des filles de la Charité, ni pour celui des sœurs de Saint-Maur. i" Mais en avançant que ces deux instituts ont été obligés {2)Mémoires, û'établir Jes noviciats dans divers lieux du royaume (2J, M. de

^' ' La Tour manque d'exactitude. Les sœurs de la Charité, depuis

leur formation jusqu'à ce jour, n'ont jamais eu, dans toute la France, d'autre noviciat que celui de Paris, connu sous le nom de séminaire. Si dans le dernier siècle elles avaient une maison préparatoire h Eu en ÎNormandie, supprimée depuis, cette maison, destinée seulement pour l'examen des sujets de ces (juartiers , n'était point un noviciat de l'inslilut. On n'y donnait l'habit :i personne; et il fallait que toutes les prétendantes fissent leur noviciat à Paris, sous les yeux de la supérieure générale, comme il se pratique encore aujourd'hui. C'est là en effet que toutes les sœurs des diverses provinces de France, et même celles d'Italie, de Smyrne, de Constanlinople, du Levant, celles d'Afrique, ont été formées aux vertus de leur état. Le temps du noviciat n'est que de sept à huit mois ; les sœurs ne faisant leurs vœux qu'au bout de cinq ans: et c'est ce qui est cause qu'il n'y a ordinairement que de 330 à 360 novices au séminaire, quoique les sœurs des

Depuis près de dix ans , les sœurs de la Congrégation habitaient la maison achetée de M. Hazeur par la sœur Bourgeoys. Cette maison devenant insuffisante au pensionnat et aiLx écoles,

La mission de Québec

a peine à subsister.

élablissemenls qui reçoivent leurs sujets de celte maison, soient au nombre d'environ 6000.

Quant aux sœurs de rinstruclion cliarilable du saint enfant Jésus, connues sous le nom de Saint-Maur, elles eurent, il est vrai, peu d'années avant la révolution française un noviciat k Nîmes; mais les inconvénients qu'on ne larda pas à remarquer dans ce nouvel arrangement, le firent supprimer; en sorte qu'elles n'ont aujourd'hui qu'un seul noNiciat, celui de Paris. La pratique de ces instituts, bien différente , comme on le voit, de ce qu'a prétendu M. de La Tour, montre au contraire que l'unité de noviciat y est considérée comme un moyen nécessaire pour conserver l'unité d'esprit d;ins toutes leurs maisons.

Nous pouvons ajouter que les sœurs de Nevers, qui sont environ 2000, n'onl jamais eu et n'ont encore aujourd'hui qu'un seul noviciat. 11 faut en dire autant des filles de la Sagesse, dont le nombre des sœurs de chœur s'élève k près de 1600, et celui des converses à 900. Elles n'ont eu jusqu'à ce jour d'autre noviciat que celui de Saint-Laurent, où il y a ordinairement 130 novices. Les sœurs de Saint-Joseph, qui sont au nombre de 2600, n'ont pareillement qu'un seul noviciat, celui de Lyon. 11 en est de même des sœurs de Sainl-Ciiarles de celle ville, appliquées aussi à l'instruction de la jeunesse, et qui sonl au nombre de 1500 sœurs. Cet accord de tant d'instituts non cloîtrés, voués k l'enseignement des jeunes filles, instituts si répandus et si nombreux, formerait seul un motif impérieux de ne pas changer l'ordre établi dans la Congrégation par la sœur Bourgeoys, quand il n'y aurait pas d'autre raison que cet accord unanime pour l'y maintenir.

5° Au reste, M. de la Tour, en énumérant les avantages

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