‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 83 sur 163 · IV. La prise de la Seine plonsrea tout le Canada · texte numérisé non relu

IV. La prise de la Seine plonsrea tout le Canada

Détresse ^ . .

du Canada, ^^us le deuil, Car ce vaisseau portait M. de Saint-

Vallier et dix-huit ecclésiastiques qui furent tous i-es sœurs

faits prisonniers de guerre, et détenus en Angle- *^'îai^'!^^'^^j[|"

terre jusqu'à la conclusion de la paix (1). Ce bâ- '^^'pôur'"*^ timent. et plusieurs autres navires crui eurent le "^ ''^^^^'

(1) Lettres

même sort, se trouvant d'ailleurs chargés d'effets deM.ieschas-

sier . 1703 ,

de première nécessité , que le Canada tirait alors l'^os. de la France, surtout de toiles et d'étofTes. les Canadiens se trouvaient réduits à la plus désolante misère , et à la veille de mourir de froid , faute de vêtements. « Je suis sensiblement tou- no^. « ché, écrivait M. Leschassier à la sœur du Saint- « Esprit . de l'état où je sais qu'est la Nouvelle- « France, et de la part cpie vous avez à la désola- '< tion générale de la colonie. Il n'est pas possible « que vous ne soufTriez et peut-être beaucoup de « la prise des vaisseaux de l'an passé, et du retar- <« dément de ceux qui sont chargés de marchan- « dises nécessaires au pays. Nous espérons pour- " tant de la miséricorde de Dieu qu'il n'abandon- (f nera pas cette colonie, cjui n'a été établie que « pour procurer sa gloire. Dans les nécessités les '^^J/'YeTtre'd « plus pressantes . c'est alors que nous devons saint-Espn", « redoubler notre confiance en lui (2). » i706.

Pour sidDvenir aux besoins urgents , M. Leschassier écrivit aux MM. du séminaire d'user de toute leur influence sur les citoyens , pour les engager à fabriquer eux-mêmes du linge et des

étoffes, qu'on ne pouvait que difficilement se

procurer de France, et qui d'ailleurs se vendaient

{\)LeUresde gn Canada à un prix excessif (1); et il s'empressa

M.Leschassier ^

à M. Gay, du ^^ YeuT euvover pour cette fabrication les outils

9 juin 1706 ; J r

fn-nni!^''' les plus nécessaires. Dans cette calamité publique, 1707. les sœurs de la Congrégation, autant pour subvenir à leur propre nécessité que pour donner l'exemple au peuple , et former leurs élèves à cette sorte de travail, établirent des métiers dans leur maison, et se mirent à fabriquer de l'étamine noire pour leurs robes. Plusieurs particuliers imitèrent en effet cet exemple ; et en peu de temps il y eut jusqu'à vingt-cinq métiers de toiles ou d'é- (2) Archives toffes daus Villemaric (2). Ces étofTes . comme il

1ettre'^de"M'. est aîsé de le penser, furent d'abord assez mal

Béqon au mi- i !,• r • j

nistre, du 12 coufectiomiées, à cause de rmexperience desper-

novemb. 1714. j j-

sonnes qui les faisaient , et du manque de divers iastruments qui leur auraient été nécessaires. Il faut cependant remarquer à la louange des sœure de la Congrégation, que , par leur industrie et leur adresse, elles fabriquaient leur étamine avec tant de perfection , qu'elle ne laissait rien à désirer. C'est le témoignage que leur rendait l'intendant du Canada écrivant au ministre de la marine : « A Montréal, lui disait -il, les sœurs de « la Congrégation m'ont fait voir de l'étoffe « qu'elles ont faite pour leur habillement, qui est

MAKGIERITE I.E MOINE , 3" SUPÉKIEURE , 1707. 187

« aiissi belle que celle qui se fait en France (1). « (i) ibiri. L'introduction de ces manufactures, quelcnie , , . '^ •

^ -"^ Résignation

utile qu'elle fût dans ces circonstances, ne pouvait ^es'^sœurs remédier qu'à une bien petite partie des misères con?régation dont la colonie était affligée. Depuis longtemps cetfecaïamité. elle ne s'était vue dans une si triste situation ; et ne recevant plus aucun secours de Fran<:e, épuisée elle-même par les guerres qu'elle avait à soutenir en Europe , la colonie était menacée des derniers malheurs . Les sœurs de la Congrégation, qui jusque alors n'avaient subsisté que du fruit de leur travail, étaient aussi plus exposées que personne à éprouver les rigueurs de cette calamité publique. Mais, en dignes filles de leur sainte fondatrice , elles surent trouver dans ces privations mêmes de nouveaux moyens de sanctification . par la soumission d'esprit et de cœur avec laquelle elles les acceptèrent. « C'est un grand sujet d'é- '( dification pour moi. répondait M. Leschassierà « leur supérieure , de receveur de vos lettres , et « d'y voir les marques de la patience que Dieu « vous donne et à votre communauté , pour sup- « porter les peines qui sont inséparables de vos « emplois , dans un pays exposé depuis plusieurs « années à quantité de disgrâces. Continuez . ma « chère mère . à encourager vos saintes filles et à « leur inspirer l'amour de la croix. C'est ce bois

« salutaire qui est la source de tous nos biens, et

« rien n'attire plus de grâces sur les âmes , que

« la participation à la croix de Notre-Seigneur et

« l'amour de ses souffrances. J'exhorterai M. de

« Belmont à vous procurer toute la consolation

« qu'il pourra dans la situation présente des affai-

la \œu/'du « res. Je vous demande part à vos prières et à

du&juin\u%. « cell-es de toute votre commmiauté (1). »

^, y^- M. de Belmont , dont parle ici M. Leschassier,

Témoignages ^ '

^rendus'' avait succédé à M. Dollier de Casson dans la supé- ^"deTa'^* riorité du séminaire de Villemarie. Ce dernier, ^"?our ^^"' l'année qui précéda celle de sa mort, donna aux

l6S services

qu'elles sŒurs de la Congrégation une dernière marque

rendent

à la coiQnie. de l'estime qu'il faisait de leurs utiles travaux pour la jeunesse, en leur accordant, de concert avec les marguilliers . le privilège d'avoir gratuitement leur sépulture à l'église paroissiale , dans la chapelle dite de l'Enfant-Jésus : « La paroisse, « lit-on dans l'acte de ce privilège , voulant avoir « cette reconnaissance pour leurs bons et pieux « exemples . et pour les services qu'elles lui ren-

{r,Reaisfres « dent par l'instruction des filles (2). » Ce témoi-

des délibéra- . .

iinnsdeiapo- s^uase doit être resrardé comme 1 expression sm-

roiase de Vil- ^ ^ ^ , , .

lemarie, 17 (.^fg ^q Festime publiciue que les sœurs s'étaient

jnnviev 1700. ^ i l^

acquise à Villemarie et partout où elles étaient répandues.

Il n'y a en effet qu'une seule voix parmi les

écrivains de ce temps pour rendre hommage aux importants services qu'en recevait la colonie. c( Les filles de la Congrégation . dit le Père Le « Clercq , récollet , produisent de grands fruits à « Montréal ; elles tiennent les écoles pour les ex- K ternes, entretiennent des pensionnaires, élèvent « les jeunes fdles non-seidement à la piété , mais « encore aux petits ouvrages de leur sexe , et force ment des maîtresses d'école pour les villages du « Canada fl). » M. de Champigny, écrivant au A)Premier

^ ^ 1 c j 7 étahlissement

ministre, lui disait : « Elles ont dans leurs écoles ^^ '^'/"o'» t. h.

« un grand nombre de petites filles . elles leur

« apprennent à travailler en couture, à tricoter,

« à faire toutes sortes d'ouvrages , et les élèvent

ic bien (2) . » M . de Ramezay , gouverneur de Mont- ^2) .4 rchh-es

réal , lui écrivait de son cote : « Les sœurs de la état des bienfaits que s. m.

« Con^réffation sont très-utiles pour l'instruction accorde,ihno-

° ^ / vembre\m&.

« des filles (3). » Enfin ce n'étaient pas seulement (3) \\m. ,

. ,- . . lettredeM.de

les magistrats , les religieux, les ecclésiastiques, Ramezay, du

12 novembre

les personnes de piété , qui professaient cette es- i^o?time ; les hommes les plus engagés dans le monde ne pouvaient s'empêcher de la partager eux-mêmes, dès qu'ils avaient fait quelque séjour clans le pays. Un militaire fort connu par V Histoire de l'Amérique septenlrionale , qu'il donna au public , M . Bacqueville de la Potherie , leur offrait vers l'année 1702 ou 1703 ce juste tribut d'hom-

(1) Histoire de l'Amérique septentrionale. \li-2,m-\'i, tome i,p. 339.

MM. Raudot, intenJants , demandenl des secours au ministre pour former de nouvelles missions.

(2) An/lice') de lu rudi ine:

lettresdeMM.

Raudot, 8 o'iohre 1708.

mage : « Les filles de la Congrégation établies à « Montréal, et dans les grandes paroisses du pays, c( rendent de grands services pour l'instruction et « l'éducation des filles, qui n'en sortent que trèsce bien élevées (1). »

Aussi MM. Raudot, qui succédèrent à M. de Champigny dans la charge d'intendant du Canada , ne manquaient pas . dans leurs dépêches à la cour, de faire l'éloge de la Congrégation et de demander des secours pour cju'on pût former de nouvelles maisons de cet institut dans les paroisses qui en manquaient, a Les sœurs de la Congréga- « tion , écrivaient -ils , ne peuvent être plus utiles « qu'elles ne le sont à cette colonie , par les « établissements qu'elles ont dans les villes et « dans les côtes ; elles apprennent à lire et à trace vailler aux jeunes filles , les prennent en pence sion, pour mie certaine quantité de blé et de lard (c qu'on leur donne par an ; et par leurs soins ce elles tirent une partie de la jeunesse de ce pays ce de l'ignorance crasse où elle serait sans elles. ce II y a encore plusieurs côtes où les sœurs de te la Congrégation ne sont point établies et où ce elles seraient très-nécessaires. Si vous voidiez . ce Monseigneur, accorder quelques fonds pour ces ce établissements, cela ferait un bien considérable ce au pays (2). Il serait aussi très-nécessaire que

« nous eussions pour l'éducation des garçons un « établissement pareil à celui de ces filles , et Sa « Majesté nepourriit faire une dépense plus utile « à la colonie. Nous pouvons juger par le grand « fruit que font les sœurs de la Congrégation à iJt\lfil^w'

on-

« l'égard des filles, de celui que produiraient des p.^ïs; /j//,.;

,,,,,, , (lu iO noveiii-

« maîtres d'école par rapport aux garçons. » hre itot.

Mais l'estime que MM. Raudot faisaient de la Congrégation , et le désir qu'ils avaient d'en multiplier les établissements , donnèrent lieu à une violente tempête contre cet institut , à l'occasion que nous allons raconter dans le chapitre suivant. Elle éclata au commencement de la supériorité de la sœur Charly, qui, en 1708, remplaça la sœur Le Moine.

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