CHAPITRE III
f.TAT DE I.A COMMINAI.TÉ DE VILLEMARIE.
J- La communauté de Villemarie , comme chef-
Etat '
*^'^ ^de^la^"^' ^^^^ ^^ l'institut , envoyait dans les diverses mis- Coiigrégatioii. g-Qjjg les sœurs cpii devaient en avoir la conduite, et les remplaçait par d'autres selon les besoins. En 1701 , la Congrégation se composait de cinquante-quatre sœurs, dont quarante-six professes, (i) Archives quatre novices et quatre postulantes (1). Ces sœurs
de la lua/'ine; ^ ^ '■ ^ '
des '^commù^. pi'«jf^sses n étaient cependant pas toutes en état de 'ioïre\io\ .^' vacpier aux emplois de leur vocation. Dans tous leurs établissements elles étaient obligées , après avoir instruit leurs élèves , d'employer au travail manuel les instants libres qu'elles avaient pendant le jour , et même une partie de la nuit. Un genre de vie si assujettissant avait bientôt épuisé leurs forces , et les mettait dans la nécessité de se retirer à l'infirmerie de la communauté de Villemarié, oîi il y en avait ordinairement de dix à douze entièrement incapables de rendre aucmi (2) ibid. service (2) ; en sorte que sur quarante-sLx professes que la Congrégation comptait en 1701 , il n'y en avait guère cpie les deux tiers qui pussent soutenir les emplois lal^orieuxde l'instruction. Ce nombre fut même diminué l'année 1703, par suite d'une
MARGUERITE LE MOLNE , 3" SUPÉIUErRE , I 70 î . 181
violente épidémie (1) (fui, m la seule mission dn , ('] f-ettres
^ \ / j aeM.Lesihos-
Sault au Récollet, enleva cinquante sauvages dans ^jlf' ^^'f^J,
l'espace de trois mois (2). Lasœur Le Moine en écri- "'JJ"'- ^^'^'^^^^
vit au séminaire de Saint-Sulpice de Paris , pour Lacoiomf!ièfe.
recommander aux prières de cette communauté 1704.
les sœurs que la Congrégation venait de perdre, de/tl^niission
M. Leschassier, qui avait succédé à M. Tronson, 'nerni/'et^ihU
et qui fut le digne héritier de son aliection sincère jui/M nos.
pour l'institut de la sœur Bourgeoys, lui répondit
au mois d'avril de l'année suivante : « Nous n'a- no',.
« vous pas manqué de prier pour vos chères sœurs,
« et nous continuerons à le faire pour la conserva-
« tion de celles que Dieu a garanties de cette terp
« rible maladie . dont le pays a été affligé. Je re-
« commande à vos prières , ajoutait -il , trois de
'( nos messieurs . morts dans le mois de février ,
« qui tous trois avaient édifié et servi très-ut ile-
, . 'yZ) Lettres
« ment notre communauté , et dont le plus jeune deM.i/^srhas- « était âgé de 70 ans (3). « i'?o4'.
La communauté de Yillemarie ne pourvoyait ^^^^ pas seulement au personnel de toutes ses mis- " Î\q\k^^ sions, elle s'imposait encore un grand nombre de sacrifices pour les aider à subsister : contribuant de sa part à bâtir les maisons destinées aux écoles, et fournissant même une partie du nécessaire aux sœurs missionnaires dans les paroisses pauvres . où leur travail manuel ne suffisait pas pour les
Congrégation.
entretenir. On a peine à comprendre comment cette communauté , tjui ne retirait rien d'aucun de ses établissements, pouvait suffire à toutes ses charges , surtout après l'incendie qu'elle avait essuyé, et après les efforts cpi'elle avait été contrainte de faire pour reconstruire la maison. « Ces « filles, qui entretiennent plus de quarante sœurs « dans le pays, écrivait en 1696 M. de Champi- « gny, intendant du Canada, ont fait de grandes {\)ArcJnves « dépeuses pour se bâtir (1): » et cependant, en
étnt des bien- 1791, elles avaient déià fourni pour le soutien de
ffiitsfjueS.M. ' «* ^
n<:corde,Tim- Jeurs missious ciua à six mille livres. Il est vrai
vemore 1696. ^
que la Congrégation possédait quelques terres , mais leur produit ne donnait seulement pas le pain aux sœurs qui résidaient à Villemarie. Pour les faire valoir , elles étaient obligées de tenir à gages quinze domestiques, à chacun desquels elles donnaient par année de 40 à oO écus ; et le produit de ces terres ne s'élevant qu'à sept ou huit cents minots de blé, elles étaient dans la nécessité, presque tous les ans, d'en acheter environ cinq cents minots pour suffire à leur subsis- (2) État f/M tance (2). C'était par la bénédiction que Dieu don-
fjiens des communautés , liait au travail de leurs mains, qu elles pouvaient
soutenir tant d'établissements. Car la gratification de 3000 livres qu'elles recevaient du roi . était employée en partie , et quelquefois en tota-
MARGUERITE LE >rOTNE , 3" SIPÉIUEIRE, ITOi 1 8.'^
lité , à l'entretien des petites sauvagesses. Enfin la rétribution qu'elles recevaient de leurs pensionnaires , là où elles avaient des pensionnats . était si modique qu'elle suffisait à peine à l'entretien des maîtresses : cette rétribution , à cause de la misère publique , ne consistant que dans une ,{^\^ mm-Tnecertaine quantité de divers comestibles qu'on leur /^JÎS f s ordonnait tous les ans (I). les/ ' '^ Il est même à remarquer que pour ces fonds , '"■
^ ^ ^ M.Lesihassier
de terre que la communauté de Villemarie avait ,., '''^'™S' ^!*
^ Congrégation
acquis dans l'île de Montréal . elle devait depuis d'hfdemîfué longtemps au séminaire une somme assez consi- ai "séminaire. dérable à titre d'indemnité. M. Leschassier , «à qui la sœur Le Moine en avait demandé la remise, la lui eût accordée volontiers, si les jurisconsultes les plus versés dans la coutume de Paris . n'eussent répondu que le séminaire n'avait pas le droit de remettre de son chef ces sortes d'indemnités , et que la Congrégation pouvait être contrainte à les payer dans la suite. Pour donner toute sécurité aux sœurs, il résolut de faire auto- -2; Lettres
de M. Leschas-
riser cette remise par une déclaration expresse du •>'<''■•■ ^^''';^
*- '■ (le l é ce que de
roi. Il aait dans ce dessein auprès de M. de Pont- f/*"^' «■>;'< •^^•
chartrain. ministre de la marine. Il le fit encore j'^^l^'/ër ÎtoH
solliciter par M. Godets - Desmarets , évêque de ieSas^er à
Chartres, très-puissant à lacour(2); et M. de Saint- sairîf-Esprit,
du mois da-
\ allier, alors à Paris, prit lui-même beaucoup de nii i704.
part à cette négociation. Avant que M. Leschas-
sier en connût encore le résultat , il écrivait à la
sœur Le Moine : « Vous pourrez apprendre par
« Ms'" l'évêque de Québec (qui retourne dans son
« diocèse) combien nous avons à cœur de vous
« accorder . avec toute sûreté , ce que vous nous
« avez demandé. Nous ne nous sommes pas con-
f< tentés d'employer les sollicitations ordinaires ;
« nous avons tout mis en usage pour réussir dans
« cette affaire. J'espère que vos prières y attire-
« ront bénédiction , et qu'enfin on nous accordera
« ce que nous désirons pour le soulagement de
« votre maison. Elle nous est très-chère , et il s'y
« fait trop de bien pour la regarder d'un autre
[v.Lettrerfe « œil (I). » Sur ces entrefaites, le roi rendit en
M. Leschas-
sier, ibid. effet uu arrêt qui accorda cette grâce ; mais l'arrêt ayant été mis sur le vaisseau appelé la Seine, qui portait les autres dépêches de la cour , ce vaisseau fut pris par les Anglais . alors en o^uerre avec
{<2) Archives i r o o
du séminaire \g^ Fraucc, et l'arrêt fut perdu. Au rétablissement
de Villema- ^
rie- lettre de ^^^^ |g p^j^ ^^ Lcschassicr sollicita la même fa-
M. Lesc/iassier 1
"montf^iu^il veur(2). qui fut accordée de nouveau, et insérée ^"fsl 'lois et ^^^ lettres patentes du roi . du mois de juillet rm«?/e'cS- 1714, conrernant la justice de l'île de Mont-
da, tome i, p. f i /on