CHAPITRE IV
TROUBLES EXCITÉS DANS LA COXGRÉGATIOiN AU SUJET DES VOEUX QUE M. DE SAINT-VALLIF.R Y AVAIT PliF.SCRlTS.
La sœur Cliarly l'ut à peine placée à la tête de '•
la Gongrégation , qu'il s'éleva une violente tem- '^^jg^^i^^f^^ pète contre cet institut , à l'occasion des vœux 'et\Tulfor^ simples que M. de Saint-Vallier avait prescrits ^'Sid'^ en 1698. On peut se rappeler qu'avant de leur aux sœurs. donner ses règles, ce prélat avait fait diverses tentatives pour engager les sœurs , soit à embrasser l'institut des Ursulines, soit à vivre en clôture ; et que plusieurs fois il leur avait donné à entendre que tùt ou tard elles seraient obligées de se cloîtrer. Dès que M. de Vaudreuil, gouverneur général, et MM. Raudot, intendants du Canada, en remplacement de I\LM . de Callière et de Cliampigny , eurent pris connaissance des procédés dont M. de Saint-Vallier avait usé dans l'affaire des règles , ils jugèrent qu'il n'avait pas assez déféré aux désirs des sœurs , et craignirent qu'il n'entreprit de leur imposer la clôture. Ils cherchèrent donc l'occasion d'obtenir du roi une déclaration expresse qui la leur défendit pour toujours : étant convaincus que dès l'instant où elles vivraient en
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clôture, elles cesseraient d'être utiles à la colonie. L'occasion qu'ils cherchaient ne tarda pas h s'offrir.
M. Charon , fondateur de l'hôpital général à Villemarie , et instituteur d'une communauté d'hospitaliers pour le service des pauvres , touché de l'ignorance où vivaient les jeunes garçons dans la plupart des villages , conçut le dessein de former pour eux des maîtres d'école. Plusieurs prêtres du séminaire qui avaient déjà des sœurs de la Congrégation dans leurs paroisses, résolurent de s'imposer des sacrifices pour y et abhr aussi des frères ; et MM. Raudot, en vue de réaliser ce projet, demandèrent au ministre de la marine une pension de deux mille livres , en faveur de l'hôpital [D Archives général, où ces maîtres devaient être formés (1).
>le la marine;
lettre de M. Le miiiistre , M. de Pontchartrain, qui n'avait vu
Baudot père, '■
^" / ^" ,nTn' au' avec déplaisir M. de Samt-Vallier établir une
vemo/e 1707. 1 -c^
nouvelle communauté de religieuses hospitalières à Québec, et une autre d'Ursulines aux Trois- Rivières , sans dotation suffisante pour les faire subsister, écrivit à M. de Yaudreuil et à MM. Raudot pour savoir si ces frères faisaient des vœux. 11 ajoutait qu'il ne souffrirait pas qu'ils formassent entre eux une communauté religieuse : ces communautés non dotées, dans un pays nouveau, devenant une nouvelle charge pour le roi , comme
LA SGErn CllAULY, i' SUPÉRIEURE , 1708. 197
protecteur-né de ces sortes d'établissements. Us répondirent au ministreque lesbospitaliers étaient établis àTiustai' des sœurs de la Congrégation, et ne faisaient que des vœux simples ; et en même temps , pour empêcher qu'on imposât la clôture aux sœurs . ils demandèrent au ministre de leur défendre de l'embrasser jamais (1). Le ministre entra pleinement dans leurs vues; répondant à MM. Raudot, il leur disait: « Mais surtout, Sa <- Majesté vous défend expressément de souffrir « que ces filles soient cloîtrées; parce qu'il est « certain qu'au lieu d'être utiles à la colonie . « elles lui seraient à charge (2;. »
Cependant, M. Charon, pour tâcher de détourner l'orage qui menaçait sa communauté . prit le parti de passer en France et d'aller trouver le ministre à Versailles. Ayant répété à M. dePontchartrain que les hospitaliers de Villemarie étaient établis à l'instar des sœurs de la Congrégation, lescpielles faisaient des vœux simples sans être proprement religieuses, le ministre persista dans son dire ; il défendit de nouveau aux frères de faire aucime espèce de vœux , et écrivit le même jour à MM. Raudot une seconde lettre pour qu'ils défendissent aussi les vœux aux sœurs de la Congrégation. « Sa Majesté ne souffrira jamais, leur disait- « il, que ces filles soient cloîtrées, ni qu'elles fas-
(1) Archives d'; la marine; lettre de MM.
de VaudreuH et Raudot , du 15 novembre
'X Ibid. ; lettre de M. de Ponfrhartrain à MM. Raudot, du G Juin 1708.
A l'occasion des frères hospitaliers, un défend aux sœurs de faire des vœux.
198 HlSTOmE ItE LA CONGRÉGATION. — CH. IV.
« sent des vœux; et si elles en font, elle veut ab- (i)ibici Fo- « solument que vous le défendiez (1) (*). » Des
lume intitule : ^ v y \ y
^iaiesdpli'''de ^^^^^^ ^i précis devaient être exécutés sans délai; Tmm.'%mI et mm. Raudot, qui n'avaient pas pensé apparem-
dot: lettre du , , i rc i • . • i o •
6 juin 1708. ment qu on détendrait aussi aux sœurs de taire
des vœux, se virent contraints de rendre uneordon-
[r, Archives nance pour les leur interdire (2). Néanmoins ils
de la Conijve- -^ ^ '
r''?''f//^v' espérèrent que M. de Pontchartrain , par suite des déceml'.iios. observations qu'on lui ferait , se relâcherait sur cette défense, quelque expresse qu'elle fût; et qu'à la fm on obtiendrait des lettres patentes du roi qui permettraient aux sœurs de faire des vœux simples, et leur interdiraient pour toujours la clôture. Ce dernier point était l'unique objet qu'ils avaient eu en vue en provoquant la réponse du ministre. Aussi, comme pour ménager de loin cet accommodement , eurent- ils soin , dans les nouvelles lettres qu'ils lui écrivirent , d'insister beaucoup sur la nécessité de leur défendre d'être
(*) M. de La Tour, dans ses Mémoires sur la Vie de M. de Lat'al, a rappelé la défense faile aux sœurs ; mais n'en ayant parlé que d'après les bruits publics, sans consulter les archives de la marine, ni celles de la Congrégation, il ne s'est pas toujours exprimé sur cette alVaire avec toute l'exactitude désirable. Il semble même attribuer la cause de cette défense à la (V Mémoires malveillance de quelque particulier hostile a la Congrégation : sur la Vie de „ En 4709, dit-il, je ne sais sur quel mauvais mémoire le mi-
M. de Laval, . n • j ,is
livre vin, p. 145. « nistre d'Etat fit défendre aux sœurs de faire des vœux (1). »
LA SOEUR GIIAHLY, -i* SUPÉRIEURE, 1709.
jamais cloîtrées. De plus, M. Raudot père, en envoyant à la supérieure de la Congrégation Tordomiance qu'il avait été contraint de rendre pour interdire les vu'ux . lui conseilla d'adresser un placet à M . de Pontcliartrain sur ce sujet, en otfrant de le faire parvenir lui-même au ministre (1).
L'ordonnance rendue à Québec le 1 4 décembre 1708 fut signifiée à la sœur Charly le 18 janvier suivant. Les sœurs la reçurent avec une entière soumission aux ordres du roi, mais non sans une mortification très-sensible ; obligées par les règles de M. de Saint-Vallier, leur évêque , à faire des vœux simples, et accoutumées depuis dix ans à ces engagements, il était naturel qu'elles éprouvassent un singulier déplaisir de la défense qu'on leur faisait au nom du roi de se lier désor mais de la sorte. Cette défense était d'autant plus propre à jeter l'alarme parmi elles, que l'évêque de Québec , à c[ui il appartenait d'agir auprès de la cour, ou de leur donner conseil sur la conduite qu'elles auraient à tenir, était alors absent du pays, et même encore détenu dans les prisons d'Angleterre. D'ailleurs, lorsque l'ordonnance leur fut signifiée , elles se préparaient à la cérémonie de la profession de la sœur Ervieux , qui devait avoir lieu le 5 février , et dont tous les parents avaient été déjà prévenus
(1) Archivns de la Congrégation ; lettre de M. Raudot, du 4 janvier n09.— Lettre de la sœur Charly à M.
Raudot, rfw21 janvier 1709.
Embarras des sœurs
après
la défense
de faire
des vœux.
■200 HISTOIKE DE LA C0N(;RÉGATI0N. — CH. IV.
{\) Archivas et iiivitésfl). Eiifiii, une autre circonstance qui
de la Congrégation; lettre augmenta leur embarras, ce fut que le lende-
de la sœur ^ ' ■•■
Qiandiiet ^^' ""^^^"^ ^^ 1^ sigiiificatiou de l'ordonnance , elles reçurent ime lettre de M. Glandelet , par laquelle il leur marquait que l'ordonnance ne devait pas les empêcher de recevoir les novices à la profession . pourvu que la cérémonie et les vœux se fissent en secret. M. Glandelet engageait cependant les sœurs à montrer sa lettre à M. de Bel- (2) ibid. mont (2) , qui exerçait à Villemarie les fonctions de supérieur de la Congrégation et celles de grand -vicaire (*).
(*) Les soins que .M. (Jlaiulelet, grand-vicaire du diocèse et doyen du rliapilre de Québec , a donnés aux sœurs de la Conjrrégalion; la pari qu'il a prise aux diverses épreuves de cet institut ; la confiance que lesscpurs lui ont témoignée, et celle dont il a été honoré par MM. de Laval et de Saint- Vallier : tous ces motifs nous obligenl, quoiqu'il regrel, de faire ici une observation sur un écrivain moderne, l'auteur de l'Histoire du Canada, publiée à Québec en 184o, qui semble avoir traité , > „. . avec trop peu de ménagement la mémoire d'un homme si
'1) Htstoirc '^ 1 I
du Canada, df justement recommandable. Il affirme que M. Glandelet et M.
puis sa dècou- , ,, ,,,,.- i -, •
rerie jusqu'à de Villcrmaula furent les proseljtes del lieresie du, jansénisme
!v?/\T'car- en Canada, el eurent le malheur de penser comme l'auteur des
neai^ tom. i . Lettres proviiiciahs [i).
Quand il s'agit d'un fait dt^jà ancien, on ne peut l'établir que sur des témoignages contemporains dignes de foi, principalement si ce fait est de nature à blesser la réputation el même a flétrir le caractère d'un homme avantageusement connu jusque alors. Car c'est un principe inviolable d'équité naturelle , que personne ne doit être présumé méchant sans
lA SŒUn CIIAIU.Y, ¥ SUPÉHIKCIÎE. 1709. 201
Celui-ci ne jugea pas à propos d'user de ce p ^ J^- ^..
moyen , craignant avec raison qu'il n'offensât j^ Beimont les officiers du roi. 11 conseilla à la sœur Charly ch^i^y
d'écrire directement à M. l'intendant, pour lui m. Raudot.
preuve, surtout lorsqu'il s'agit d'un homme qui n'est plus, cl ne peut par conséquent répondre aux inculpations dirigées contre sa personne. Il est donc de la justice de produire la preuve qui établirait que M. Glandelet a eu le malheur dépenser comme l'auteur des Lettres provinciales ; et nous prions l'auteur de VHistoire du Canada de vouloir bien prendre la peine d'indiquer la source où il a fait celle découverte.
Si c'est dans les Mémoires sur la Vie de M. de Laval, comme le montre assez clairemenl tout ce que l'auleur de VHistoire ilu Canada dit sur l'article du jansénisme ; au lieu de mutiler le texte de M. de La Tour , et de le commenter avec la liberté qu'il se donne en chargeant comme il fait M. Glandelet, il aurait du, ce nous semble, reproduire dans son entier le passage des Mémoires. Nous suppléerons ici a cette lacune, pour t'tVacer les impressions défavorables que la lecture de VHistoire du Canada aurait pu laisser dans quelques esprits, sur l'ortbodoxie de M. Glandelet. M. de La Tour étant venu en Canada [ilusieurs années après la mort de cet ecclésiastique, et trouvant le clergé de Québec divisé par des brouilleries domestiques, recueillit bien des particularités qu'il entendit raconter dans son court séjour k Québec . et spécialement l'imputation de jansénisme faite ii M. (jlandelet par quelques esprits aigris cl trop prévenus. Après avoir rapporté cette inculpation dans ses Mémoires, il ajoute : « .le crois cependant qu'on soupçon- « nait mal h propos M. (^.landelet. Tout cequ'il y a de vrai, c'est '' que quelques démêlés personnels avec les jésuites, sur la « direction d'une religieuse ursuline, le rendirent insensi- " blement leur ennemi et le protecteur de leurs adversaires " (sans doute au sujet des cérémonies de la Chine i. Mais j'ai « vu dans un grand nombre d'écrits de toute espèce qu'il a
(i) Archives ^^posGr soii embarras, et savoir de lui la conduite
tatk,n;^îet't% qu'elle devait tenir (1); afin que, si sa réponse
de la sœur t, • . o ii »i» • i
c/iarly à M. était tavorahlc , on put s en servir au besoin
Glandelet,du • ,-p ,• ^ i i t
2i fée. 1709. comme a mie justilication auprès de la cour. La
« laissés, un sincère attachement a l'Église et au Pape, beau-
« coup d'estime et de respect pour la société (de Jésus), une
'< extrême vivacité à se défendre du soupçon de jansénis-
(1) Uémoires « me... (1). » Comment se fait-il donc que ce même M. Glan-
M. de Laval, p. delet, ainsi que le prétend l'historien du Canada, ait eu le mal-
^ ' heur de penser comme l'auteur des Lettres provinciales , après
que M. de la Tour, qui a eu entre les mains tous ses écrits, y a
trouvé au contraire tant de marques de son sincère altache-
menl a la foi? Car, lorsqu'un individu est incriminéen matière
de croyance , la raison aussi bien que la justice veulent qu'on
en croie son propre témoignage, sans quoi il dépendrait de tout
esprit malveillant et brouillon de rendre hérétiques ou suspects
dans la foi les hommes les plus orthodoxes.
Certainement , si M. de la Tour n'eût pas rapporté dans ses Mémoires cette accusation calomnieuse, personne, dans ces derniers temps , ne se fût avisé de mettre M. Glandelel parmi les disciples de Jansénius. Cette inculpation de non-valeur n'altéra point eu eflet l'orthodoxie de ce digne ecclésiastique dans l'opinion des hommes sages de son temps , les plus dévoués à la cause de l'Église. M. d'Esgli, évêque de Doryléeet ensuite de Québec, qui avait bien connu M. Glandelet, lui a rendu les témoignages les plus honorables. M. Gravé, ecclésiastique de mérite, avantageusement connu dans tout le Canada, écrivaita M. Montgolfier le 23 septembre 1779 : « M. Glandelel a était un homme d'une grande simplicité, mais d'une grande « vertu, dont la mémoire est en bénédiction auprès de tous ceux du' siminabe « çwj ont été à même de connaître son mérite (2). » Pour tout pke^-^yie'dflâ '^''''^ ^" ^^^ ' l'imputation que (juelques-uns lui tirent de jan-
sœiiv Barbier t,énisme , vint de ses démêlés personnels avec les jésuites ; et , lettre de M. ..
Grava. dans l'opinion de quelques esprits ombrageux et exagérés , li