avec cette angelique créature
Lalœur ^ue circoustaiice bien édifiante que nous ne
MARGUERITE LE MOINE, 3" SUP. RÉELLE, 171-1. llH'.]
croyons pas devoir dérober à nos lecteurs , c'est i>^ Ber ff^fie
"^ '■ des placps
giie , maleré le erand désir que la sœur Le Ber p?"'' '^?
1 ^ o c 1 pensionnaires.
avait de procurer la construction de ce bâtiment fait en partie à ses frais, elle n'en vit jamais ni le plan . ni même le local , quoiqu'il fût à quelques pieds de sa cellule. Elle était si fidèle en effet à garder sa réclusion . qu'elle ne s'approchait jamais de ses croisées , pas même pour y respirer l'air durant les chaleurs de l'été ; et que le bâtiment étant achevé, elle refusa de le visiter, pour ne pas sortir de sa clôture (1). Ce fut alors qu'elle ^'^^^•
(l) Vie de
exécuta enfin le dessein qu'elle avait formé de se /« vénérable
Jeanne Le Der,
dépouiller de tout , afin de mourir pauvre. Ayant p"'' '^^- '^^°''^'
donc réuni ce qui lui restait de bien, qui s'éleva à
la somme de 13,000 liATes , elle en disposa, par
contrat du 9 septembre 1714 , pour fonder des
places gratuites dans le pensionnat qu'on venait
de bâtir (*). « ne croyant pas, dit-elle dans l'acte
« de cette fondation , pouvoir faire , du peu de
{*) Il est vrai que les sommes données parla sœur Le Ber, pour perpétuer les fondations qu'elle avait faites, subirent bientôt des réductions considérables , comme tous les capitaux placés sur l'Élat. Ainsi les 6,000 livres qu'elle compta au séminaire en 1708, pour la messe de communauté des sœurs, et qui devaient produire 300 livres de rente annuelle, n'en donnèrent plus que 180 en 1714, et enfin rf,/'\çSa'fre 112 et 10 sols en 17-21 (1). Mais ces réductions ne dimi- S,,'!'/''7e%' nuent en rien la générosité de la sœur Le Ber devant les MaoïwnàM.cic
, ' Bclmont , du '4
nommes, m le mérite de sa religion devant Dieu. an-u 1721.
23i HISTOIRE DE LA CONGRÉGATION. — CH. VI.
« bien qui lui reste . un meilleur usage . et qui
« contribue plus à la gloire de Dieu , que d'en
« appliquer le revenu au soulagement d'im cer-
« tain nombre de filles dont les parents sont
« dans l'impossibilité de leur faire donner toute
« l'instruction etPéducation nécessaires. Que pour
« l'exécution de son dessein, elle a jeté les yeux
« sur les sœurs séculières de la Congrégation de
« Notre-Dame de Montréal, dont la conduite édi-
« fiante, jointe aux grands fruits qu'elles ont faits
« et qu'elles font encore journellement dans l'in-
(i) Vie de « structiou des jeunes fdles, lui font espérer que
jeameLeBer. « ses desseins aurout un heureux succès (*)(!). »
(*) Le vertueux frère de la sœur Le Ber, M. Pierre Le Ber, qni avait fait construire la chapelle de Sainte-Anne proche de Villemarie , mourut en réputation de sainteté à l'hôpital général de celte ville, où il fut inhumé. Il signala aussi sa générosité envers la Congrégation , en laissant , pour dernier bienfait à celle communauté, la somme de 10,000 livres. Il avait mis pour condition que le revenu n'en serait employé qu'a l'eulrelien de la communauté des sœurs ; et comme il était fort dévot a la très-sainte Vierge el a sainte Anne, il exigea qu'il y eût toujours, dans la Congrégation, deux sœurs qui portassent , l'une le nom de Sainte- Marie, et l'autre celui de Sainte- Anne. Il voulut enfin que son cœur
L'événement montra à n'en pouvoir douter J^'^^ que l'empressement de la sœur Le Ber à faire éle- riJ'"ia"sœnr ver ce bâtiment et à se dépouiller de ses biens pour les consacrer à sa fondation, était de sa part Teffet de quelque pressentiment secret de sa mort prochaine. Elle avait signé l'acte dont nous parlons le lendemain de la Nativité de Marie , le 9 septembre de cette année 1714, et elle ne vécut depuis que vingt-quatre jours. Elle fut atteinte d'une fluxion de poitrine qu'elle contracta en se levant la nuit, cr>mme elle le pratiquait dans certains temps de l'année , pour adorer le très-saint Sacrement dans l'église de la Congrégation. Pendant cette maladie, qui ne dura que quelques jours , elle ne manqua à aucun de ses exercices ordinaires ; du moins , elle invitait la sœur qui restait auprès d'elle pour la soigner à réciter , selon les diverses heures du jour , les prières qu'elle était dans l'usage de faire , et s'y unissait d'esprit et de cœur. Elle l'envoyait même tenir sa place devant le très-saint Sacrement, au temps où elle avait coutume de s'y rendre pour l'adorer. Le 2 octobre . veille de sa mort . on lui porta le
reposât dans l'église de la Congrégation, où son père avait déjà été inhumé , et qui devait être encore le tombeau de sa sœur.
saint Viatique avec toute la solennité que les sœurs de la Congrégation purent mettre à cette sainte action , à laquelle toutes furent présentes. EUe reçut son Sauveur avec une ferveur pro-
{DEhgesrle . ' ^ .
quelques per- portiouuée à l'amour si ardent qu'elle lui avait
sonnes mortes
en odeur de toujours témoififué : et enfin , dans ses derniers
sainteté o "^ o ^ i
M°'^*'de^'Bei- i^ioi^^^^^^ls . poui' s'uuir plus parfaitement à lui , ^T^icTvéné- '^^ ^1^ lii"^!" ^^^ rideaux de son lit et expira dou-
rahle Jeanne iio i-l i i • i ± ' -^
Le Ber , par ccmeut le 3 octoDre , dans la cmquante-troisieme
.1/. Montgol- ,
fier. année de son âge (1).
^^^- Aussitôt après, les sœurs de la Congrégation la
'^lu'on"' revêtirent de son habit de réclusion et l'expopourTsfestes aèrent la face découverte dans leur église, oîielle dMa'^sœur avait choisi sa sépulture (*). Toute la ville accourut à ce pieux spectacle, attirée par une sainte curiosité de contempler une concitoyenne si célèbre, et qpie le plus grand nombre n'avaient
(*) L'habit de réclusion de la sœur Le Ber, comme on l'a rapporté ailleurs, était de laine grise, avec une ceinture noire. Quoique sa robe fût tout ce qu'on pouvait s'imaginer de plus pauvre, néanmoins elle avait coutume de la porter si longtemps avant d'en prendre une nouvelle , qu'à sa mort il paraît que les sœurs de la Congrégation furent obligées d'en faire une neuve pour en revêtir son corps, afln de l'exposer avec quelque décence dans leur chapelle. C'est ce que M. de Belmont dit assez clairement dans l'oraison funèbre quciqncV%er- ^^ Cette Sainte recluse : « Son grand amour pour la pauvreté ei'"^^o(iel?r'^dc " ^'' qu'elle n'était vêtue que de haillons, qu'on n'a pas aainteté, p. 91. ,, jugés dignes de revêtir une moite (i). »
Le Ber.
MARGUERITE LE MOINE, 3* SIP. RÉÉLUE, 171 i. 237
jamais vue, bien qu'elle eût constamment vécu au milieu d'eux (1). Les circonstances de ce con- U) i^id. cours eurent tant de retentissement dans tout le Canada , que la mère Juchereau , quoique renfermée dans l'Hôtel-Dieu de Québec , n'a pas laissé de les rapporter dans son histoire de cette maison. « On l'exposa, dit-elle, pendant deux jours, « pour la consolation et la dévotion de tout le « Montréal et des environs, d'où l'on ^int en « foule regarder et admirer le saint corps de cette « vierge. On l'invoqua alors avec confiance; on « distribua ses pauvres haillons et jusqu'à ses « souhers de paille. Tous ceux c{ui purent avoir « cpielque chose d'elle s'en estimèrent heureux, « et le révérèrent comme des rehques. Plusieurs « personnes, affligées de différentes maladies, « s'approchèrent de son cercueil, et la touchè- « rent avec beaucoup de respect et de foi ; et on « assure qu'elles ont été guéries. Après ce grand « concours, le corps de la défunte fut porté à « l'église de la paroisse , où on lui fit de magni- « fiques obsèques ; on lui donna toutes les mar- « ques de la plus grande vénération; et M. de « Belmont , supérieur du séminaire et grand « vicaire , prononça une très-belle oraison funè- « bre à sa louange (2). » — Le corps fut reporté r Hôtel - Dieu
, . cl" Québec , p.
ensuite dans la chapelle de la Congrégation, et 036-537-538.
238 mSTOIRE DE LA CONGRÉGATION.— CH, VF.
inhiuné à côté de celui de M. Le Ber, père de la défunte. Les sœurs mirent au-dessus l'épitaphe suivante :
Cl-GIST VÉNÉRABLE SŒUR JeANNE Le BeR , BIEN- FAITRICE DE CETTE MAISON , QUI , AYANT ÉTÉ RECLUSE QUINZE ANS DANS LA MAISON DE SES PIEUX PARENTS, EN A PASSÉ VINGT DANS LA RETRAITE QU'eLLE A FAITE
(l) Vie de ICI. Elle EST DÉCÉDÉE LE 3 OCTOBRE 1714, ÂGÉE DE
la vénérable ^^ / , \
Jeanne leBev. ^^ ANS \\).
"viH- On pourra iuser par les traits crue nous allons
Eloge funèbre i J c r l
de lasœur rapporter de son éloge funèbre . quelle haute estime de sainteté la sœur Le Ber avait laissée dans tous les esprits. M. de Belmont, faisant allusion aux services qu'elle avait rendus à sa patrie par ses puissantes intercessions auprès de Dieu , ne craignit pas de la comparer à Judith , et de lui appliquer ces paroles qui lui servirent d'exor-
{i) Eloges de de (2) : « C'est vous qui êtes la gloire de notre
quelques personnes mortes peuple. » 7m honorificentia populi nostji (3).
en odeur de *■ ^
sainteté à « L'illustro vierse . pour qui nous prions auiour-
Montréal. C 1 ^ r j
(31 Livre de « d'iiui, dit-il, a trop bien mérité de sa patrie ; elle
Judith , chap.
XV, V. 10. „ a fait trop d'honneur à cette ville et à cette « égUse , pour que nous puissions nous dispenser « de donner à sa mémoire des marques éclatantes « de notre estime. Elle a, par ses exemples de « vertus, attiré tant de grâces célestes sur les « âmes ; elle a , par ses prières , détourné tant de
« fois de dessus nos têtes les fléaux de la guerre « et de la peste, que nous ne pourrions sans « ingratitude nous abstenir d'accompagner son « départ de ce monde, ou plutôt sa triomphante « sortie de cet exil , du témoignage de nos admi- « rations. La vie de cette célèbre recluse va d'ail- « leurs donner à cette ville un avantage qui éga- « lera ces derniers temps aux premiers âges de « l'Église. Oui, je ne crains pas de le dire, notre « siècle est trop déchu pour offrir de tels exem- « pies, et à peine trouvera-t-on ailleurs, dans « l'étendue de la chrétienté, une fdle qui ait « eu le courage de renouveler, comme elle l'a « fait, la vie sublime des anciens anachorètes. « Car la vie admirable de cette innocente vierge « peut la faire passer pour le prodige de notre « temps, pour le phénix de son siècle, à qui « sans miracle personne ne succédera.
« EUe n'a pas été inférieure à ce que l'anti- « quité nous offre de plus frappant dans ce genre. « Nous y voyons , il est vrai , une multitude d'a- « nachorètes ; mais ce sont des pénitents , autre- « fois grands pécheurs , qui viennent immoler à « la justice de Dieu les restes d'une vie crimi- « nelle. Au lieu que notre heureuse anachorète « n'apporta dans sa prison qu'un cœur innocent. « et revêtu de toute la blancheur qu'il reçut dans
(1) Âpocd- « les eaux du baptême. A la suite de VAqneau (1 ),
lypse, chap. ^ ^ \ /
XIV, V. 1. ^^ gUg entra dans ce jardin fermé (2). sans avoir
(2) Cantique
des Cantiques, « jamais souillé la ro6e blanche qu'elle avait lavée
chap. IV, V. 12. *•
(3) Apom- « da?is son sang (3). Elle y apporta la couronne
lypse, chap. . . „ , . .
VII. V. 14. « des lis de la virginité, jamais fanée, jamais « flétrie.
« L'histoire nous montre dans les solitudes des « Madeleine, des Marie d'Egypte : c'étaient des « pécheresses. Ici nous rencontrons une imitatrice « de Madeleine amante de Jésus, mais non de « Madeleine pécheresse ; de Madeleine attachée (4) Évangile « aux pîeds de son Sauveur (4) , mais non de Ma-
seloîi saint
Luc. chap. X , « deleine livrée au monde. Enfin ce que l'antiqui-
« té n'a vu que rarement: nous trouvons ici réu-
« nies la mortification avec l'innocence , la force
« avec la déhcat esse. Notre admirable anachorète
« s'est renfermée et comme ensevelie toute vi-
a vante dans son étroite cellule ; et là, dans Fat-
« tente de contempler mi jour Jésus-Christ, elle
« a fermé les yeux à tout le reste , comme il est
« dit de saint Jean-Baptiste son patron, s'inter-
« disant la vue du monde et même celle du ciel.
« Cette vie seule est un miracle , et ce miracle
« était réservé à notre Église.
« Comment parler dignement de son amour
« pour la pauvreté , de son humilité , de sa sim-
« plicité , des nombreuses austérités qu'elle exer-
« çait sur sa chair virginale! Elle a pris tant de « soin de cacher ses vertus dans les ombres de sa « soHtude! Qui pourrait dire sa dévotion envers « les saints anges, et son application à leur res- « sembler par son oraison continuelle? qui dira ce sa fidélité à imiter la vie de Marie dans le Teni- « pie? cjui pourra surtout parler de la ferveur de « son amour envers Jésus- Christ au très-saint « Sacrement? Dites-nous, divin Jésus, caché dans « ce mystère d'amour . dites-nous ce qui s'est « passé entre vous et votre épouse , lorsque , ce reposant tout auprès de votre personne sacrée, ce elle semblait jouir dans son sommeil du pri vite lége que vous accordâtes au disciple bience aimé dans votre dernière Cène. Xe lui disiezcc vous pas , à travers cette mince cloison qui vous « séparait d'elle . ces paroles du Cantique : <e Ouvrez-moi, ma sœur, mon épouse, oiivrez- « moi (1 ) ? Combien de fois , se réveillant de son (i; canùgue ce sommeil, ne s'est-eUe pas dit à elle-même : charv?"'!: ce Le voilà qui regarde à travers les treillis, der- « rière la muraille (2) ; je dors , mais mon cœur (2) ibid « veille (3). Elle a brûlé, pendant vingt ans. ''(3'; " ibid'î « devant votre tabernacle, comme une lampe ^^^p-^'^-^ce ardente et luisante (4). Lorsque tous les autres (MÉcangUe ce hommes étaient ensevelis dans le sommeil ^^««', ciiap! v! ee et c[u ils restaient muets cà vos louanges, dans u. 16
(1) Psaume IV, V. 3.
« le silence de la nuit, votre servante, comme « une avocate dévouée, priait pour toute l'É- « glise ; comme une sentinelle vigilante , elle était « debout pour sa patrie. Quels doux colloques, u quelles ineffables communications! Ah! ce que « les murs de sa cellule ne peuvent déclarer, a sera connu au jour de la manifestation gé- « nérale.
« Filles de Montréal , serait-il possible que cette
« vie incomparable fût si élevée au-dessus de la
« portée de notre siècle , pour que vous n'en re-
« tirassiez d'autre fruit qu'une stérile admira-
« tion? Filles des hommes, jusqu'à quand suivrez-
« vous le mensonge, et aimer ez-vous la vanité (1)?
« Sera-t-il dit que votre concitoyenne, qui a
« respiré le même air que vous respirez, qui fut
« composée d'un corps et de sens semblables
« aux vôtres, ne soit pour vous qu'un sujet
« de condamnation? que le récit d'une vie si
« belle, si édifiante, n'ait d'autre effet cjue de
« vous reprocher l'inutilité et la vanité de la
« vôtre ; que la mortification de sa vue ne serve
« qu'à condamner la liberté que vous donnez
« à vos regards; la pauvreté de ses vêtements,
« le luxe et l'immodestie de vos parures; son
« silence profond , le peu de retenue de vos con-
« versations ; son amour pour la retraite , votre
« facilité à vous répandre dans les compagnies « du monde, où la vertu est exposée à tant de « dangers? La sœur Le Ber était une sainte , « dites-vous; pour moi ^ je suis du monde, je ne « prétends pas à ta sainteté! Mais quoi, n'êtesvous pas appelées à vous sanctifier chacune dans votre condition? et si vous ne travaillez pas efiicacement à être des saintes , pourrezvous é\dter au jour du jugement d'être condamnées par votre concitoyenne? Que dis-je , soyez plutôt . ô âme chérie de Diei: , soyez notre avocate à tous. Oui, âme de grâce que j'invoque en mon cœur, et que rien ne m'empêche d'appeler sainte, que la défense de l'Église, nous nous repentons tous de vous avoir si peu imitée jusqu'ici. Priez pour vos concitoyens, afin que nous puissions être les imitateurs de « vos vertus et les compagnons de votre gloire. »