POUR DES PENSIONNAIRES. SA SAINTE MORT
^,.J' . Le mauvais succès de la tentative des ennemis
Edincation
que répand la q^ ranima ainsi la dévotion envers Marie et la
sainte ^
^ '^ Le Ber."^""^ ferveur, devait augmenter aussi la vénération
pour la sœur Le Ber, déjà si respectée dans la ville
et même dans tout le Canada, quoique cachée
depuis seize ans dans sa cellule. Car cette sainte
fdle, qui semblait ne travailler qu'à sa propre
sanctification, ne laissait pas de répandre au
dehors , par la bonne odeur de ses vertus , une
grande édification dans tout le pays. Huit ou neuf
ans avant les alarmes dont nous venons de parler,
M. Bacqueville de la Potherie, frappé de tout ce
qu'il en avait entendu dire à Villemarie , ne put
s'empêcher d'en faire mention clans son Histoire
de l'Amérique septentrionale, a Je ne peux passer
« sous silence , dit-il . un trait de vertu tout à fait
« extraordinaire, d'une demoiselle qui fait son
« séjour dans la communauté des sœurs de la
« Congrégation , M'" Le Ber, fille unique du plus
« riche commerçant du Canada... Elle a un
« appartement où elle est renfermée, n'ayant
« rommiiiiicatioii que par une fenêtre qui donne
« dans la chapelle. On lui apporte à manger par
« une petite ouverture qui est à la porte de sa
w chambre. Elle couche sur la dure; elle est
« gouvernée par M. Séguenot , ecclésiastique de
M Saint-Sulpice , et ne voit M. Le Ber, son père,
« quune ou deiLX fois Tannée. Elle s'est fait un
« nouveau tempérament dans cette solitude ,
« où elle est depuis huit à neuf ans, de sorte
M qu'elle aurait de la peine à vivre d'une autre
« manière. Elle a cependant l'esprit fort aisé et
« fort docile; le genre de vie qu'elle mène ne
(( consiste point dans des spéculations abstraites
« de l'oraison mentale ; elle y emploie cependant ^iJj'\^J^!,fll
« deux heures par jour. Elle s'occupe tout le reste fjtTrdeBac-
« du temps à des ouvrages dont elle fait présent 'ji^otherle, ^\n-
« aiLX communautés (1). » pt'339.
Ce fut surtout en faveur des sœurs de la Con- . H-
La sœur
grégation , que cette sainte fille signala sa gêné- ^'j-a^oration ^ rosité. Non contente d'offrir à Dieu pour elles ce ^sacreméït?^
,11 -i j 1 ' • ' X > j" la messe de
quelle avait de plus précieux , c est- a -dire ses communauté,
, , ., , . . ,,. n et détermine
austérités , ses oraisons , sa vie angelique , elle les sœurs à
j / • r> 1 . • 11 11 * 1 construire le
désira , afin d attirer de plus en plus les grâces de pensionnat. Notre Seigneur sur cette maison, d'y voir établir l'adoration perpétuelle du très-saint Sacrement pour toutes les heures du jour; en sorte qu'en tout temps, excepté certains jours où l'adoration
devait avoir lieu à l'église paroissiale , il y eût continuellement, depuis la prière du matin jusqu'à celle du soir , une sœur en adoration devant le très-saint Sacrement au nom de toute la communauté. Elle assigna pour cette fondation une somme de 3,000 livres, et M. Dollier de Casson,
(1) Contrat commc grand vicaire, approuva une si religieuse
c^^^^lO octobre ^^ g- ^^-^^ institution (1).
Enfin, après la mort de son père, la sœur Le Ber voulut se dépouiller , en faveur des sœurs de la Congrégation , de tout ce qui lui restait de son patrimoine , pour leur donner le moyen d'étendre le bien qu'elles faisaient par l'éducation des jeunes filles , et de remplir leurs fonctions avec plus de faciKté. Elle avait déjà fondé une messe quotidienne qui devait être célébrée à perpétuité dans leur chapelle par un prêtre du séminaire; et, pour cette fondation , elle avait donné un fonds de 8,000 livres, dont 2,000 furent remises aux sœurs pour servir aux frais du
(2) Vie de lumiuaire et dcs oruemeuts (2). Mais elle méditait
In vénérable . -irii mr-i t ^•
Jeanne Le lier, im dcsseui plus cousiderable . G était de réaliser
par M. Mont-
goifier. — A» \q désir quc la sœur Bourgeoys avait exprimé à leur et Adhë- ggg gj^gg .^^ g^jg^ (jgg bâtimeuts de leur commu-
mar, notaires, «J
iio&^-Left7e nauté. Considérant que l'œuvre de la Congrésier 'à !ï. ^d'e gatiou avait pris en peu de temps un grand déve- 6juin iik. loppement , cette sage fondatrice , comme on l'a
dit , leur recommanda , avant sa mort , d'ajouter à leur maison de nouveaux bâtiments, pour le pensionnat et pour les écoles externes , lorsque la Providence leur en fournirait le moyen. Depuis ce temps, elles n'avaient pas été en état d'exécuter ce dessein , à cause tant des dépenses faites pour diverses missions, que du peu de ressources qu'elles avaient pour suffire à leur propre entretien. Par un efTet de sa grande affection pour leur institut, la sœur Le Ber nourrissait dans son cœur le désir d'effectuer elle-même la recommandation de la sœurBourgeoys. Elle ne se proposait pas seulement de construire des bâtiments convenables pour le pensionnat et pour les écoles , elle voulait encore fonder un certain nombre de places pour les filles du pays dont les familles n'avaient pas le moyen de soutenir les frais de la pension. Jusque alors la crainte de n'avoir pas les fonds nécessaires à ces deux objets , lui avait fait différer l'exécution de son dessein. Mais l'année 1713, i7i3. comme si elle eut connu qu'elle touchait déjà à la fin de sa vie. après avoir recommandé son projet à la très-sainte Vierge . et aussi aux saints Anges, pour lesquels elle avait une singulière dévotion, elle jugea que le moment était venu (i) vie df d'y contribuer autant qu'elle en serait capable , et jeanneieBer, décida entin la communauté a 1 exécuter (1). goifier.
"I- « Elle témoigna souvent beaucoup d'empres-
On commence ^ ^ '^
.^^ ^. « sèment pour faire commencer ce bâtiment, «
construction i '
an bâtiment ^^^^^ j^ ^^^j^. yjarg^grite Trottier, dépositaire, qui pensionna . ^^g^^ j^^ faculté de parler à la sœur Le Ber ; « assu- « rant que c'était la volonté de Dieu . et que les « saints Anges nous aideraient. Elle ajoutait « que si nous ne le commencions pas cette « année, nous ne le pourrions plus, quelque « besoin que nous en eussions. Sur cette décla- « ration, qu'elle faisait avec assurance, etconmie « d'un ton inspiré , nous mîmes en efTet la main « à l'œuvre, quoique nous n'eussions alors « ni matériaux, ni argent. » On choisit pour asseoir ce bâtiment la partie de la grande cour de la Congrégation qui est au nord -est. Les fondements ayant été creusés, M. de Belmont bénit et posa la première pierre de l'édifice le 28 mai 1 7 1 3 , et le dédia à Marie sous le titre de Notre-Dame des Anges. L'inscription qui fut mise dans les fondements est un témoignage trop (1) Vie de touchant de la piété des sœurs de la Congré-
la vénérable . . • / \
Jeanne Le Ber, gation, pour ne pas la rapporter ici en entier (1). Très-sainte Vierge, Reine des Anges, le refuge et le salut des hommes , agréez , s'il vous plaît , que nous de^iandions en toute confiance votre sainte protection pour commencer et conduire a sa fin le batiment que votre servante et notre
BONNE Mère . Marguerite Bourgeoys , nous a
RECOMMANDÉ DE CONSTRUIRE ; DÉSIRANT DE TOUT NOTRE COEUR QU'iL SERVE A AUGMENTER VOTRE GLOIRE ET CELLE DE VOTRE DIVIN FiLS. Ne SOUFFREZ PAS,
ô Vierge immaculée, que le péché mortel entre
JAMAIS DANS CETTE MAISON. ORDONNEZ, s'iL VOUS PLAÎT. AUX SAINTS AnGES DE VEILLER SI BIEN A LA CONDUITE DE TOUTES CELLES QUI l'hABITERONT , QUE VOUS Y SOYEZ TOUJOURS AIMÉE ET SERVIE COMME
NOTRE Dame et souveraine. Ainsi soit-il.
« Quelque grand que fût mon empressement P'-
a pour cet ouvrage , dit encore la sœur Trottier , '^'^^JànTiï"*'
« j'avais cependant une extrême répugnance à '^o"^^™^^"^"
• • 1 f 1 , 1 -Il pensionnat.
« m en voir chargée . n ayant pas de quoi 1 en- « treprendre. Mais je n'eus pas plutôt exposé mes « craintes et mes embarras à M"' Le Ber , qu'ils « se dissipèrent à l'instant. Elle était toujours « prêteàm'encourager. Elle m'assurait que tout « réussirait; qu'elle prierait les saints Anges « d'avoir soin de faire avancer l'ouvrage, et de « me fournir tous les moyens nécessaires pour « l'achever. Il me semblait ensuite que je ressen- « tais l'effet de ses promesses . et que je trouvais « des facilités et des ressources auxquelles je ne « me serais jamais attendue. J'ajouterai même « que , quoiqu'elle m'eût permis de m'adressera « elle dans mes besoins , je ne fus jamais dans
« le cas d'user de cette permission , sinon avec « beaucoup de réserve. Nous avons en effet tout « sujet de croire que les saints Anges nous ont « bien protégées. Les ouvriers eux-mêmes , qui « étaient en très-petit nombre , ont souvent été « étonnés , le matin en se remettant au travail , « de voir qu'ils en eussent tant fait la veille ; et « ils publiaient partout cpi'ils travaillaient le (1) Vie de " jour , et les Augcs la nuit. Plusieurs personnes jenmwLeBer, « ^6 la ville uous disaient aussi la même chose
par M. Mont- ,, , /« \
goifier. « avec etonnemeiit (1 ). »
Le bruit que rapporte ici la sœur Trottier n'était pas renfermé dans l'enceinte de la communauté, ou dans le voisinage de cette maison. La mère Juchereau. qui écrivait à Québec , parle aussi elle-même de l'assistance que M"* Le Ber recevait des saints Anges , spécialement dans les ouvrages de broderie et autres que cette sainte recluse faisait pour les églises. Sans avoir presque appris à faire ces sortes d'ouvrages, elle donnait à tout ce qui sortait de ses mains un certain éclat qui faisait admirer son adresse et son bon goût , « n'étant aidée dans ses travaux . dit cette reli- « gieuse. que par les Anges avec qui elle conver-
rnôieV-Dieu « sait, et qui se plaisaient sans doute beaucoup
de Québec , p. ,