CHAPITRE SEPTlb:ME
qui retombait le long des deux pieds. Marie, lui ayant donné la position horizontale, avança, pour la soutenir, la moitié de l'un des pieds qui était divisé dans la longueur, et la petite table reposa dès lors sur trois pieds. La partie de la planchette qui s'appuyait sur ce troisième pied était ronde. Je remarquai sur cette' table un tapis rouge et bleu, relevé sur.la partie carrée de la planchette, il était garni de franges et retombait presque jusqu'à terre. Il y avait au milieu du tapis une figure brodée ou piquée, je ne saurais plus dire si c'étaient des lettres ou des ornements d'une autre nature. Un tapis blanc était roulé sur la partie opposée de la table. J'y vis aussi un rouleau d'écritures.
Après avoir disposé la table vers le milieu de la chambre, un peu à gauche, entre la porte et l'endroit où était son lit, —-il y avait en cet endroit un petit tapis sur le plancher, — et avoir mis devant un petit coussin rond pour se mettre à genoux dessus, la Vierge s'agenouilla, les deux mains appuyées sur la table. La porte de la chambre était devant elle à droite, elle tournait le dos à soft ht. Elle abaissa son voile sur son visage et croisa les mains, mais non les doigts, devant sa poitrine. Je la vis prier ainsi longtemps et avec ferveur, les yeux levés vers le ciel. Elle demanda à Dieu la rédemption, le roi promis, souhaitant d'avoir, par sa prière, quelque part à son avènement. Elle pria ainsi longtemps à genoux et dans une sorte de ravissement, ensuite je la vis baisser la tête sur la poitrine.
Tout à coup il descendit du plafond, à sa. droite, une telle masse de lumière que je me sentis refoulée v^rs la porte, et je vis dans cette lumière un jeune homme lumineux, aux cheveux blonds et flottants, venir planer devant elle. C'était l'archange Gabriel. En lui parlant, il agita légèrement les bras le long de son corps. Je vis les paroles sortir de sa bouche comme
des lettres lumineuses, je les lus et les entendis en même temps. Marie tourna un peu de ce côté sa tête toujours voilée, cependant par modestie elle ne le regarda pas. Cependant l'ange continua à parler, et Marie, sur son ordre, se tourna un peu de son côté, releva un peu son voile et lui répondit. L'ange parla pour la seconde fois. Marie releva son voile, regarda l'ange et prononça les paroles sacrées : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait suivant votre parole. »
La sainte Vierge était dans un complet ravissement. La lumière céleste remplissait la chambre. Je ne vis plus la lampe allumée, ni le plafond de la chambre. Le ciel me parut ouvert; une voie lumineuse me permit de voir au-dessus de l'ange; je vis dans une effusion de cette lumière une figure de la sainte Trinité, une lumière triangulaire et qui se reflétait elle-même, et je reconnus dans cette lumière ce qu'on peut adorer, mais non exprimer. Dieu toutpuissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit et cependant toujours un seul et même Dieu tout-puissant. Au moment où la sainte Vierge prononça ces mots : « Qu'il me soit fait suivant votre parole, » je vis apparaître le Saint-Esprit sous une forme ailée, mais un peu différente de celle de la colombe qu'on lui donne ordinairement. Sa tête était celle de l'homme, des masses de lumières, semblables à des ailes, se détachaient à droite et à gauche; enfin trois jets abondants de lumière, partant de son sein et de ses mains, se dirigèrent vers le flanc droit de la Vierge, où ils se réunirent. Au moment où cette lumière divine pénétra dans son sein, Marie devint toute lumineuse ou pour mieux dire toute transparente, il sembla que ce qu'elle avait d'opaque, comme une nuit sombre, fuyait devant cette lumière. Elle fut, en ce moment, tellement pénétrée de lumière, qu'il n'y eut