‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 109 sur 304 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

plus en elle rien de ténébreux, rien de caché; elle fut comme lumineuse et transparente dans tout son être. Après cette pénétration mystérieuse, l'ange disparut, la voie lumineuse de laquelle il était sorti remonta au ciel; le courant lumineux me parut être denouveau comme aspiré par le ciel, et au moment même où il disparut, j'en vis descendre sur la Vierge un grand nombre de roses blanches et fermées, ayant chacune une petite feuille verte.

Tandis que tout cela se passait dans la chambre de la Vierge, j'eus de mon côté beaucoup à souffrir. J'étais dans une angoisse continuelle, comme si l'on me tendait quelque piège, je vis même un affreux serpent parcourir la maison, monter les degrés et arriver ainsi à la porte contre laquelle je me tenais. Jusqu'au moment où la lumière pénétra la sainte Vierge, il resta sur le troisième degré. Celle horrible bête, dont la taille était à peu près celle d'un enfant, avait la tête grosse et plate, elle avait à la poitrine deux pattes courtes et membraneuses avec des griffes assez semblables aux ailes des chauves-souris et dont elle se servait pour avancer. Elle Èivait sur le corps un grand nombre de taches de couleurs différentes et me rappela le serpent du paradis terrestre, cependant elle était encore plus horrible à voir. Mais au moment où Farchange sortit de la chambre, il foula aux pieds la tête du monstre qui venait de ramper jusqu'à la porte; et celui-ci poussa des cris affreux qui me remplirent d'épouvante. Bientôt je vis paraître trois esprits qui le rejetèrent hors de la maison, en le foulant aux pieds et en le frappant de leurs armes.

Quand l'ange eut disparu, je vis la sainte Vierge plongée dans un profond ravisssement et comme étrangère à tout ce qui l'entourait : je vis et je reconnus en elle le Verbe fait chair sous la forme d'un corps humain infiniment petit, mais lumineux et ad-

1S8 VJK DE LA TKÈS-SAIXTE VIERGE.

mirablement conformé efc complet dans toules ses panies.— 0 combien Nazareth diffère maintenant de Jérusalem ! A Jérusalem les femmes ne peuvent entrer dans le temple, elles doivent rester dans le parvis, les prêtres seuls ont le droit de pénétrer dans le Saint; ici au contraire, dans cette église, une vierge est le temple môme, et le Saint des saints est en elle, et le, grand-prêtre est en elle, et elle est seule avec lui. 0 combien tout cela est beau et admirable et en même femps simple et naturel! Alors ont été réalisés ces mots du roi-prophète : « Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle. Dieu est au milieu délie, elle ne sera pas ébranlée (1). »

Il était environ minuit quand s'accomplit le mystère. Bientôt je vis sainte Anne venir à la chambre de la Vierge avec les autres femmes. Un mouvement extraordinaire dans toute la nature les avait fait sortir de leur sommeil, une nuée lumineuse planait sur toute la maison. Ayant vu la Vierge prier à genoux sous la lampe dans un profond ravissement, elles s'éloignèrent avec respect. Au bout de quelque ' temps, Marie se releva et s'approcha de son petit autel adossé à la muraille. Elle baisa l'image roulée contre le mur qui représentait un petit corps humain enveloppé, assez semblable à celle que j'avais vue chez sainte Anne, lors des préparatifs de la présentation de la Vierge au temple (2). Elle alluma la lampe attachée à la muraille et pria quelque temps debout devant elle. Des rouleaux écrits étaient devant sur un pupitre- élevé. Vers le matin, je la vis aller à son ht.

Alors mon guide m'emmena ; en passant par le ves-

(1) Sanctificavit tabernaculiim suiim AltissinuiSj Deus in medio €|us, non commovebilur. Ps. xlv.

(2) Voir plus haut chap. v, p. H5.

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