CHAPITRE SEPTIÈME
s'entretiennent de l'avènement du Messie, que l'accomplissement des prophéties indique devoir être prochain. Zacharie est un beau vieillard de haute stature; il a d'ordinaire ses habits sacerdotaux; il parle toujours par signes ou en écrivant sur ses tablettes. Ils sont assis en l'une des ailes dô la maison, dans une salle ouverte qui donne sur le jardin. Marie et Ehsabeth sont assises au jardin sur un tapis, à l'ombre d'un gros arbre touffu; derrière cet arbre est un puits duquel l'eau jaillit quand on tire un ressort. Je vois aux alentours du gazon, des fleurs et des arbres chargés de petites prunes jaunâtres. Elles mangent ensemble des fruits et des petits pains, tirés du sac de voyage de Joseph : oh ! la belle, la touchante simplicité! Il y a chez Zacharie deux serviteurs et deux servantes que je vois aller et venir de tous les côtés. Ils disposent une table à l'ombre d'un arbre. Zacharie et Joseph étant venus rejoindre les deux cousines, on prend ensemble un repas. Joseph voulait retourner immédiatement à Nazareth, mais il restera encore huit jours. Il ne sait rien de la bénédiction que Dieu a accordée à la Vierge. Marie et Elisabeth gardent à ce sujet un profond silence; elles avaient entre elles les rapports les plus intimes et les plus mystérieux.
Plusieurs fois le jour, et surtout avant le repas , quand on était réuni les saintes femmes récitaient une sorte de htanies (1); saint Joseph priait aussi avec elles. Parfois je voyais, quand elles priaient, une croix apparaître entre elles; cependant il n'y avait
(1) On ne doit pas s'étonner de trouver ici, dans une scène de FAncien Testament, ce mot de litanies si familier à la piété chrélienne. Longtemps avant le Sauveur on trouve des prières d'une forme analogue à celle de nos litanies : ainsi le psaume 137® et une partie du psaume 118 sont réellement des litanies.
VIE DE LA TRÈS-SAfNTE VIERGE.
pas encore de croix alors, c'était comme si d^ux croix se visitaient (1).
3 JUILLET. — Hier soir ils ont mangé tous ensemble; ils sont restés jusqu'à minuit, à la lueur d'une iampe, sous l'arbre du jardin. Quelque temps après j'ai encore vu Joseph et Zacharie seuls dans un oratoire. Marie et Elisabeth s'étaient retirées dans leur chambre. Je les vis, en face l'une de l'autre, dans une sorte de ravissement céleste; elles récitèrent ensemble le Magnificat. Outre ce qui a été indiqué plus haut, Marie avait encore un voile noir transparent qu'elle baissait quand elle se trouvait avec des hommes.
Aujourd'hui j'ai vu Zacharie conduire saint Joseph en un autre jardin assez éloigné de la maison; Zacharie avait en toutes choses beaucoup d'ordre et de régularité. Ce jardin était planté de beaux arbres et fort bien entretenu ; j'y ai vu des huiits magnifiques. Il est coupé en deux par un berceau fort bien ombragé; on trouve, à l'extrémité du jardin, une petite habitation à m^oitié cachée dans les arbres, et dont la porte est sur le côté; on aperçoit dans le haut des fenêtres fermées par des châssis. On y trouve un lit formé de bois entrelacé et recouvert de mousse ou d'autres jolies herbes. J'y ai vu aussi deux tigures blanclies de la taille d'un enfant. Je n'ai pas bien su comment
(i)Il n'est pas facile de déterminer d'une façon bien précise ce ipïe la Sœur a voulu dire par ces moîs : Celait comme si deux croix se visitaient. Quiconque connaît les usages de la Weslphalie, sa catholique patrie, sait que quand plusieurs paroisses se réunissent en procession pour se rendre ensemble à queTque pèlerinage ou à quelque fête, elles portent avec elles leurs croix ou leurs images antiques de la Vierge, et on dit alors que les croix, que les Vierges se visitent. Peut-être, en voyant unt' croix apparaître entre Marie et Elisabeth, occupées l'une et l'autre à prier, a-t-elle voulu dire qu'elle avait cru voir se rencontrer, se visiter le Sauveur destiné à la croix, mais reposant encore à cette époque dans le sein de sa mère, et sa croix, instrument du salut, qui reposait encore dans le seiu de l'avenir.
elles se trouvaient là, ni ce qu'elles représentaient; elles me parurent cependant ressembler à Zacharie et à Elisabeth, tels qu'ils étaient longlemps auparavant.
Cet après-midi, j'ai vu Marie et Elisabeth travailler ensemble à la maison. La Vierge prenait part à tous les soins du ménage, elle préparait différents objets pour l'enfant que l'on attendait. Je les ai vues travailler ensemble, elles tricotaient une grande couverture, une sorte de tapis de lit pour les couches d'Elisabeth. Les Juives, dans leurs couches, se servaient de ces tapis, dont le miheu formait une poche telle que la mère pouvait s'y placer avec son enfant et y paraissait en quelque sorte emmaillottée. Grâce aux oreillers qu'on mettait derrière elle, elle pouvait à son choix y être couchée ou assise. On brodait sur le bord de cette couverture des fleurs et des maximes. Marie et Elisabeth préparèrent aussi différents objets qui devaient être distribués aux pauvres pour la naissance de l'enfant. — Pendant l'absence de la sainte famille, je vois souvent sainte Anne envoyer sa servante à la maison de Nazareth, afin de s'assurer que tout y est à sa place; une,fois:même je l'ai vue y aller en personne.
4 JUILLET.— Zacharie est allé se promener dans la campagne avec saint Joseph. La maison est isolée sur une coHine, c'est la plus vaste qui soit dans le pays; il y en a d'autres à quelque distance. Marie est un peu souffrante, elle est restée seule avec Elisabeth.
5 JUILLET. — J'ai vu saint Joseph et Zacharie passer la nuit dernière au jardin éloigné de la maison; ils la passèrent soit à se reposer un peu à la maisonnette, soit à prier au jardin en plein air. Au point du jour ils se mirent en route pour revenir. J'ai vu Elisabeth et la Vierge à la maison. Choque jour, matin et soir, elles récitaient le Magnificat que l'Esprit saint avait inspirera Marie au moment où elle reçut les salutations de sa cousine.
La salutaiion de l'ange fit de Marie une église. A ces mots : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait suivant votre parole, » le Verbe, la seconde personne de la sainte Trinité, salué par l'Eglise, par son humble servante, descendit en elle. Dès lors Dieu fut dans son temple, et Marie fut le temple et l'arche d'alliance du nouveau Testament. La salutation d'Elisabeth, le tressaillement de l'enfant sous le cœur de sa mère, fut le premier hommage rendu par 'les fidèles au nouveau sanctuaire. Quand la Vierge récita le Magiiificat, l'Eglise du nouveau Testament, de la nouvelle alliance, honora principalement la réalisation des promesses faites par Dieu à l'ancien Testament, à l'ancienne aUiance, et lui rendit grâces par une sorte de Te Beum. Ah î qui pourrait dire combien il était touchant de voir ces hommages rendus au Sauveur, même avant sa naissance 1
La nuit dernière, tandis que je voyais prier ces saintes femmes, j'ai eu d'abondantes lumières sur le sens du Magnificat et le saint Sacrement qui, du sein de la Vierge, se rapproche de plus en plus de l'humanité. Mes souffrances actuelles et de nombreuses distractions ont fait que j'ai oublié presque tout ce que j'ai vu. A l'occasion du passage : « Il a déployé la force de son bras, » j'ai vu plusieurs figures du Saint-Sacrement de Fautel dans l'ancien Testament : ainsi Abraham sacrifiant Isaac, et Isaïe annonçant à un roi impie quelque chose que celui-ci rejette; mais j'ai oubHé de quoi il s'agissait. J'ai vu beaucoup de choses d'Abraham à Isaïe et d'îsaïe à la Vierge, et toujours j'ai vu le Saint-Sacrement s'approchant de plus en plus de l'Eglise de Jésus-Christ, qui reposait encore sous le cœur de sa mère (1).
' (i) La mission du prophète Isaïe dont elle a oublié Tobjet est sans doute- sa prophétie au roi Achaz : Yoici qu'une Vierge concevraj « et le reste : [Jsai.yiiy 3-25).
Ensuite la sœur Emmerich récita les litanies du Saint-Esprit et l'hymne Veni, Sancte Spîritus, et s'endormit en souriant. Au bout de quelques instants, elle dit d'un ton tout pénétré :
' « Je ne dois plus rien faire aujourd'hui, ni recevoir qui que ce soit^ parce que je dois revoir ce que j'ai oublié. Si je peux avoir tant soit peu de tranquillité, je reverrai aussi l'objet trois fois saint renfermé dans l'arche d'alhance, le Saint-Sacrement de l'ancien Testament, et je pourrai en rendre compte. J'ai vu ce temps de repos, c'est un temps déhcieux; j'ai vu l'écrivain à mes côtés, je verrai de. bien belles choses 1 »
Alors son visage devint coloré et brillant comme celui d'un enfant qui dort, elle retira de dessous les couvertures ses mains honorées des stigmates et ajouta :
(( Comme il fait chaud en Terre-Sainte, là oiî est la Vierge. Ils sont lous maintenant au jardin de la maison. D'abord Zacharie et Joseph, puis Elisabeth et Marie. Une toile tendue sous l'arbre fait une sorte de tente; il y a d'un côté des sièges fort bas avec des appuis. »