‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 113 sur 304 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

ÏIL

ARRIVEE DE MARiE ET DE JOSEPPÎ.

Des détails qui suivent, les uns appartiennent aux visions que la Sœur eut en juillet 1820 à l'occasion de la fête de la Visitation de la Vierge, et les autres proviennent des entretiens du vieil Essénien Eliud de Nazareth, qu'il lui fut donné d'entendre. Ce vieillard, ayant reçu la visite du Sauveur dans le mois de septembre de la première année de sa vie publique, alors qu'il se rendait auprès de Jean-> Baptiste pour recevoir le baptême, lui fit part d'un grand nombre de détails relatifs à l'histoire de ses parents et à celle de ^es premières années, car il avait été très-lié avec la sainte famille {Vie de Nolre- SeigneuT Jésus-Christ, tom. Ij chap. in, p. 59-74.)

L'habitation de Zacharié était située sur une colline isolée, d'autres maisons étaient groupées autour d'elle; non loin de là, un ruisseau assez important descendait de la montagne. C'était précisément le temps où Zacharié revenait chez lui après la Pàque. Elisabeth sentit en elle un vif désir de se porter sur la route de Jérusalem assez loin de chez elle, et Zacharié, en la rencontrant, fut effrayé de la voir, dans sa position, si loin de sa demeure. Elle lui dit qu'elle

maire àe la Sœur. Si elle dit qu'elle a dû faire à l'occasion de celte fleur quelque chose qu'elle a oublié, peut-être s'agit-il d'une méditation sur le passage indiqué du Cantique des cantiques. Comme, à cette époque, son bien-aimé était encore renfermé dans le sein virginal de sa m<ère, elle honorait peut-être, en considérant le fruit de cet arbuste, le développement auquel était arrivé le Verbe fait chair; et cette méditation pouvait être d'autant plus féconde pour elle que la petite grappe de Cypre dont on connaît le parfum singalièrement agréable s'appelle en hébreu la grappe de Copher, c'est-à-dire la grappe de la réconciliation, ce qui fait que plusieurs commentateurs traduisent ces mots : Mou bien-aimé est pour moiîa grappe de "Cypre, par ceux-ci : Mon bien-aimé a donné pour moi la liqueur de la grappe de la réconciliation. Comme d'ailleurs les Orientaux estiment singulièrement cet arbuste au doux parfum et l'offrent à ceux auxquels ils veulent se rendre agréables, la Sœur, en voyant la Vierge traverser des bosquets plantés de cet arbuste, a pu très-bien honorer le sang de

était extrêmement émue et qu'elle était toujours persuadée que sa cousine Marie de Nazareth venait la visiter. Zacharie chercha à la faire changer d'avis et s'efforça de lui dire, soit par gestes , soit au moyen de ses tablettes, combien il lui paraissait invraisemblable qu'une jeune femme, récemment mariée, entreprit un si long et si pénible voyage. Cependant ils retournèrent ensemble au logis. Elisabeth n'en restait pas moins attachée à son idée; ayant vu en songe qu'une femme de sa tribu était devenue la mère du Rédempteur promis, elle avait aussitôt pensé à Marie, elle s'était transportée auprès d'elle par un ardent désir et l'avait vue en esprit à distance. Elle avait fait préparer dans sa maison, à droite de la porte, un petit cabinet avec un siège. Le lendemain elle s'y étabUt pendant de longues heures, les yeux fixés sur la route; enfin elle se leva, se mit en route et alla assez loin sur le chemin de Jérusalem.

Elisabeth était grande et assez âgée; elle avait la figure petite et les traits fort doux; sa tête était enveloppée. Elle ne connaissait sa cousine que de réputation. Marie, l'apercevant à distance, la reconnut sans peine et hâta le pas pour la rencontrer plus tôt, laissant derrière elle saint Joseph qui resta un peu à l'écart par respect. Avant de rencontrer Ehsabeth, elle dut côtoyer plusieurs maisons, dont les habitants, frappés de sa merveilleuse beauté et de la dignité

la réconciliation du monde, mûrissant en quelque sorte dans ses chaste* entrailles. Elle voyait sans doute dans le passage cité plus haut du Cantique des cantiques ce sens mystérieux : « La vraie grappe de Cophcrj c'est-à-dire de la réconcilialion, mûrit pour nous dans le sein de la Vierge, » de môme que, à roccasion du verset précédent : « Mon bien-aimé est pour moi comme un bouquet de myrrhe, qui repose sur mon sein, » elle a pu contempler Marie portant dans ses bras Jésus enfant ou recevant sur son sein, à la descente de la croix, le Sauveur, embaumé avec de la myrrhe, alors qu'il était lui-même le vrai remèd« contre la corruption.

extraordinaire qui se manifestait dans toute sa personne, restèrent à une distance respectueuse. Elles se saluèrent amicalement en se présentant la main; en même temps la Vierge fut comme enveloppée de lumière, et je vis un rayon lumineux aller d'elle à Elisabeth et produire sur celle-ci un effet extraordinaire. Elles ne s'arrêtèrent point devant les hommes ; mais, se tenant par la main, elles traversèrent le jardin dans la direction de la maison; arrivée à la maison, Elisabeth souhaita de nouveau la bienvenue à sa cousine et rengagea à entrer.

Joseph, qui venait d'arriver avec l'àne, le laissa à un serviteur et se rendit auprès de Zacharie, dans une salle ouverte, à gauche de la maison. îl salua humblement le vénérable vieillard; Zacharie l'embrassa cordialement et conversa avec lui au moyen de ses tablettes; car il était resté muet depuis l'apparition de l'ange. Cependant Marie et Elisabeth, ayant pénétré dans la maison, se trouvèrent dans une chambre qui me parut être la cuisine. Là elles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre; Marie salua très-amicalement sa cousine, et elles se tinrent quelque temps embrassées. En ce moment, je vis de nouveau des flots de lumière passer de la Vierge en Elisabeth; celle-ci fut toute pénétrée de lumière, elle tressaillit dans son cœur et se sentit intimement unie à Dieu. Elle se relira un peu en arrière, en levant les mains, et s*écria avec une grande expression de joie, d'humilité et d'inspiration céleste : « Vous êl^s bénie entre toutes les femmes, et le fruit de votre sein est béni! D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur vient à moi? Au moment où votre salutation est arrivée à mes oreilles, mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Vous êtes bienheureuse parce que vous avez cru, et vous verrez s'accomplir ce qui vous a été promis de la part du Seigueur. » En finis-

saiit, elle conduisit Marie à la petite chambre qu'elle lui avait l'ait préparer, afin qu'elle pût s'asseoir et se reposer de ses fatigues. Elles n'en étaient qu'à deux pas. Cependant Marie laissa le bras de sa cousine qu'elle avait pris, croisa les mains sur la poitrine et dit d'un ton inspiré : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur, parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante; car en cela toute la postérité m'appellera bienheureuse. Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint. Sa miséricorde passe d'âge en âge envers ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras, il a dissipé les superbes avec leurs orgueilleuses pensées. Il a fait descendre les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. Il a comblé de biens ceux qui avaient faim, et il a réduit les riches au néant. Il a pris sous sa sauvegarde Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, comme il l'avait promis à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais (l). »

Je vis qu'Elisabeth, grâce à une inspiration divine, put réciter le Magnificat en même temps que la Vierge. Quand elles eurent fini, elles s'assirent l'une et l'autre sur des sièges peu élevés; à côté était une table assez basse, sur laquelle j'ai vu une petite coupe. 0 combien j'ai été heureuse ! J'ai récité toute la prière avec elles, puis je me suis placée à leurs côtés; combien j'ai été heureuse !

La Sœur redit cela le matin, comme l'ayant vu le jour précédent; dans l'après-micfi, elle ajouta, étant endormie:

Joseph et Zacharie sont maintenant ensemble et

(1) Elle ajouta : « Pendant l'entretien du vieil Essénien Eliud avec le Sauveur, j'ai entendu le divin Maître expliquer de la façon la plus admirable le cantique d'actions de grâces de la Vierge ; mais Je' ne me sens pas capable de reproduire cette explication. «

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