‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 116 sur 304 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

VENDREDI r» et SAMEDI 6 JUILLET. — Hier, daiîs Taprès-midi, vendredi 5 juillet, j'ai vu Elisabeth et la Vierge "se rendre ensemble au jardin que Zacharie possédait assez loin de sa maison. Elles portaient avec elles dans des corbeilles des fruits et des petits pains et se proposaient d*y passer la nuit. Plus tard, Joseph et Zacharie y étant aussi arrivés, je vis la Vierge alier au devant d'eux. Zacharie avait avec lui ses tablettes, mais l'obscurité ne lui aurait pas permis d'écrire, et je vis que Marie, obéissant à l'inspiration du Saint-Esprit, lui dit qu'il 4)ourrait parler ce soirlà ; il laissa ses tablettes et put en effet, ce soir-là, prier à haute voix ef s'entretenir avec saint Joseph. En voyant ce qui se passait, j'étais tellement étonnée que je branlais la tête et refusais d'y croire; alors mon ange gardien, mon guide spirituel, qui est * toujours à mes côtés, me dit en me montrant une autre scène : « Tu ne veux pas le croire, eh bien, regarde ce qui se passe là-bas. » Et, portant les yeux à l'endroit qu'il m'indiquait, j'y vis une scène appartenant à une époque beaucoup plus rapprochée de nous. Je vis le saint ermite Goar (J) dans un pays où l'on venait de faire la moisson. Il s'entretenait avec des gens envoyés par un évêque mal disposé à son égard et qui eux-mêmes ne lui étaient guère favorables, il se rendit avec eux au palais de l'évêque. A son arrivée, je vis qu'il chercha de tous côtés un crochet pour y suspendre son manteau, il n' en trouva

(4) Sa fêle tombait le jour même où la sœur Emmerich fit celle communication, c'ost-a-dire le 6 juillet, sans que celte circonstance fût aucunement connue dç l'écrivain. L'ayant ensuite appris en jetant par hasard un coup d'œil sur le calendrier, il vit dans celte coïncidence une preuve nouvelle d'un fait quiravait,si souvent surpris et édifié, c'est-a-dire delà relation i«time qui existait entre la viecontemplative delaSœur elle développement du cycle ecclésiastique. Goar, — c'était un saint prêtre originaire de l'Aquitaine, il vécut dans le milieu du vie siècle j — s'était consacré a tk vie solitaire au confluent

pas; comme un rayon de soleil pénétrait dans Fappartement par une fente de la paroi, dans la simplicité de sa foi il attacha son manteau au rayon, et le manteau resta en effet suspendu en l'air. J'admirai ce prodige opéré par une foi simple, et je ne m'étonnai plus de voir Zacharie parler. Ce prodige était dû à la sainte Vierge, dans laquelle Dieu lui-même résidait. Mon guide me parla alors de ce qu'on appelle prodige; je me rappelle encore distinctement ceci : « La foi vive et filiale en Dieu, jointe à la simplicité, donne à toutes choses l'être et la substance (I). » Ce simple mot m'a donné de grandes lumières intérieures sur les prodiges et les miracles, mais il ne m'est pas possible d'en rendre un compte exact.

SUITE BU SÉJOUR DE LA VIEBGE CHEZ ÉLISABETIi.

J'ai vu les quatre saints personnages passer la nuit dans le jardin ; je les ai vus tour à tour s'asseoir pour

du Rhin et du Mocheu, a l'endroit où s'élève maintenant la petite ville de Saint-Goar au diocèse de Trêves ; il amena a la foi par ses prédications un grand nombre de païens qai, dans leurs voyages, avaient reçu l'hospitalité dans sa cellule. Faussement accusé d'une faute contre la pureté et traduit devant le tribunal de Rustirus, évêque de Trêves il opéra le miracle qui fut présenté à la sœur Emmerich pour lui faire comprendre les effets de la foi simple et naïve. Rusticus, après Pavoir accusé de sortilège, fut tellement frappé d'un second miracle qu'il avait demandé de lui en preuve de son innocence, que, se jetant aux pieds du saint, il confessa sa faute et le conjura de la lui pardonner. Saint Goar retourna à son ermitage. Vivement pressé par Sigebert, roi d'Austrasie, d'accepter Vévêché de Trêves, il conjura Dieu instamment de le retirer de ce monde et vit sa prière exaucée vers la fin du vi« siècle. {\) Est autem fides sperandarum substantia rerum. Paul., ad

'chapitre septième.

prendre quelque nourriture, ou se promener deux à deux en priant ou en causant; parfois aussi j'ai vu tantôt les hommes et tantôt les femmes^dans la maisonnette où ils prenaient un peu de repos. J'ai entendu dire que, après le sabbat, saint Joseph doit se mettre en route pour Nazareth et que Zacharie l'accompagnera jusqu'à une certaine distance. Il faisait clair de lune, et le ciel était rempli d'étoiles.

Pendant la prière des deux saintes femmes, j'ai encore vu une partie des mystères du Magnificat; mais je dois encore revoir tout cela dans l'octave de la fête, dans la nuit du samedi au dimanche, et je pourrai alors en dire quelque chose; tout ce qu'il m'est permis de dire maintenant, c'est que le Magnificat est un chant d'actions de grâces pour la réalisation de la bénédiction du sacrement de l'ancien Testament. Pendant la prière de la Vierge, j'ai vu toute la suite de ses ancêtres. En parcourant sa généalogie, j'ai vu, dans la suite des temps, trois fois quatorze mariages successifs; dans chaque union le père était né de la précédente, et de chacune se détachait un rayon qui arrivait à Marie que je voyais telle qu'elle était maintenant dans la prière. Sa généalogie se développait devant moi sous la forme d'un arbre mystérieux, dont les rameaux lumineux devenaient de plus en plus brillants; enfin, à un endroit de l'arbre symbolique, je vis commencer, avec une masse de lumière plus vive, la chair sainte et sans tâche, le sang pur de Marie, duquel devait sortir le Dieu-homme, et je lui rendis aussitôt mes hommages avec la joie et l'impatience d'un enfant qui verrait se développer devant lui l'arbre de Noël Je voyais en même-temps le Verbe de Dieu se rapprocher de plus en plus de la chair qu'il devait prendre, et le Saint- Sacrement franchir la distance qui le séparait de nous. Il me semblait voir le froment mûrir pour le

pain de vie, après lequel je soupire sans cesse. Mais ce sont des mystères inexprimabies, je ne puis trouver des mots pour dire comment est devenue chair celle auquel le Verbe a emprunté sa chair. Comment ces grandes choses pourraient-elles cire révélées par une pauvre créature qui est encore dans la chair, dont le Fils de Dieu et de Marie a dit qu'elle ne sert de rien et que l'Esprit seul vivifie, lui qui a dit que ceux-là qui mangeraient sa chair et boiraient son son sang, auraient la vie éternelle et seraient ressuscités par lui au dernier jour? Sa chair et son sang, voilà la seule vraie nourriture; ceux qui y participent, demeurent èn lui et lui en eux.

Non, je ne saurais rendre ce que j'ai vu, le Dieu l'ait chair et le Saint-Sacrement de l'autel se rapprochant, dès le principe et de génération en génération, de la pauvre humanité, et une longue suite d'autres patriarches, appelés jusqu'au jour du jugement à produire, comme victime et comme nourriture, le Dieu vivant au milieu des hommes, dans rinstilution du sacerdoce que le Dieu-homme, le nouvel Adam, le réparateur a donné à ses apôtres, et que ceux-ci ont transmis par l'imposition des mains à ceux qui les ont suivis, et après eux leurs successeurs, perpétuant ainsi le sacerdoce de génétion en génération. En voyant tout cela, j'ai compris la raison mystérieuse qui a porté l'Eglise à faire chanter l'évangile de la généalogie du Sauveur devant le Saint-Sacrement exposé, le jour de la Féte Dieu. J'ai vu en môme temps que, de même que parmi les ancêtres du Sauveur selon la chair plusieurs, loin d'être des saints, ont été de grands pécheurs, sans cesser pour cela d'être^des échelons de l'échelle mystérieuse par laquelle Dieu est venu visiter l'humanité, ainsi des ministres indignes conservent la vertu de consacrer la sainte Eucharistie et de communiquer l'onclion

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