‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 125 sur 304 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

plus basses une lanterne allumée qu'il portait ave» lui; c'est ce qu'on fait souvent dans ce pays quand on voyage la nuit.— Alors la Vierge, adressant à Dieu une fervente prière, le conjura de ne pas permettre que le froid la fit souffrir. Au même instant, elle se sentit pénétrée d'une chaleur telle qu'elle mit les mains dans celles de saint Joseph, afin de les réchauffer. Ils mangèrent des petits pains et des fruits qu'ils avaient avec eux et burent de l'eau de la fontaine, mêlée au baume que saint Joseph portait dans une cruche. Joseph s'efforça de consoler la Vierge; il est si bon, il souffre tant de voir que le voyage lui est pénible à ce point. — Gomme elle se plaignait du froid, il lui parla de l'excellent logement qu'il lui procurerait à Bethléem: il connaissait um maison, habitée par d'excellentes gens, il y trouverait pour elle un logement commode à bon marché; il valait bien mieux faire une petite dépense que de souffrir des intempéries de l'air. Il vanta beaucoup Bethléem et s'efforça de la consoler en tout point. — Gela me chagrina singulièrement, parce que je savais que les choses se passeraient d une façon toute différente. Ainsi un si grand saint comptait aussi sur les hommes.

Jusqu'ici ils ont eu à passer deux cours d'eau ; ils mU franchi le premier sur un petit pont Irès-éievé, tandis que les deux animaux passaient à gué. La jeune ânesse qu'on laisse courir en liberté est rarement auprès des voyageurs. Dans les chemins fermés, compris entre deux montagnes, où il était impossible de se tromper, elle était tantôt par derrière et tantôt de beaucoup en avant. Mais quand il y avait bifurcation, elle reparaissait toujours et indiquait la route qu'il fallait suivre; dans les endroits où les voyageurs devaient faire une station, elle s'arrêtait, comme ici sous le térébinthe. — Je ne saurais plus

dire s'ils ont passé la nuit à l'ombre de cet arbre oi?s'ils ont atteint un autre logement. — Ce térébinthe^. qui était très-vieux et généralement respecté, dépendait du bois de Moré près Sichem; Abraham, à son arrivée dans la terre de Chanaan, eut en cet endroit une apparition du Seigneur qui lui promit ce pays pour sa postérité ; à la suite de cette vision, il éleva un autel sous le térébinthe. Jacob, avant de se rendre à Béthel pour sacrifier a Dieu, enfouit au pied du même arbre les idoles étrangères de Laban et les joyaux que sa famille portait avec elle. Josué dressa encore sous cet arbre la tente qui renfermait l'arche d'alliance , et engagea le peuple assemblé en ce même endroit à renoncer solennellement aux idoles. Ce fut encore ici qu'Abimélech, fils de Gédéon, fut proclamé roi par les Sichémites.

Page 1